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Une comparaison simplisteCe n'est pas en fouillant dans les poubelles de l'hitlérisme qu'on peut comprendre le nationalisme canadien-français en 1920-1930
René Durocher Ledevoir 20 août 1998
Dans ce même mémoire, P. Asselin veut aussi démontrer la parenté idéologique de Lionel Groulx et du groulxisme avec Hitler et le nazisme. Le cas pathologique d'Hitler et de son idéologie totalitaire sont uniques et ne peuvent être comparés à l'idéologie nationaliste du Québec des années 1920 et 1930. L'idée simpliste de cette comparaison aurait dû immédiatement discérditer un projet de maîtrise aussi saugrenu. Il y a eu dans le monde occidental, en particulier de la fin du 19e siècle à la Deuxième Guerre mondiale, un antisémitisme plus ou moins virulent, y compris au Québec. De même il est indéniable qu'il y eut une fascination, au sein des démocraties libérales, pour l'expérience des régimes autoritaires européens dans cette période de désarroi qu'a été la Dépression des années 1930. Tout cela doit être étudié et débattu dans un cadre rigoureusement historique. Ce n'est pas en fouillant dans les poubelles de l'hitlérisme qu'on peut comprendre le nationalisme canadien-français des années 1920 - 1930, mais bien dans le contexte historique, social, économique et culturel du Canada français. Il y a eu dans le monde et il y a encore des émules de Hitler et des admirateurs du nazisme, des Faurisson, des Zundel, des Keegstra et de nombreux groupes néo-nazis. Nous avons eu dans les années 1930, un Adrien Arcand qui n'était pas, malheureusement pour l'auteur du mémoire, un groulxiste. Pis encore, il avait pour disciples une poignée de marginaux tant du Canada français que du Canada anglais. A ce vrai nazi, l'auteur ne consacre que quelques lignes, car cela ne correspond pas à la thèse qu'il veut démontrer. Pour essayer de trouver une parenté idéologique entre Groulx et Hitler l'auteur nous brosse un tableau superficiel de l'histoire des idées au Québec. Il fait un usage singulier de la chronologie et son texte contient des exagérations, des contresens, des citations tordues. Quelques exemples: L'auteur écrit: «L'ascension de Hitler à la chancellerie allemande en janvier 1933 semble donner l'impulsion décisive pour la mise en chantier d'un plan d'action politique. Le 9 mars 1933, 13 ecclésiastiques sont convoqués par l'E.S.P à cet effet» (p. 79). Le programme de l'Ecole sociale populaire sera la base du programme de l'Action libérale nationale appuyé par Groulx et ses disciples. Il serait fort utile pour la thèse de l'auteur qu'il y ait un rapport entre le programme de l'E.S.P et Hitler. En fait le seul rapport est que les deux événements, indépendamment l'un de l'autre, sont survenus en 1933. L'auteur récidive (p. 134) en écrivant: En mars 1933, alors que Hitler assoit son pouvoir à Berlin, l'E.S.P publie un plan de restauration politique axé sur la représentation des corps professionnels et l'étatisation des bastions industriels dominés par les étrangers. C'est ce qui s'appelle utiliser abusivement la chronologie. En d'autres cas, l'auteur cite des textes qui paraissent d'une clarté évidente et irréfutable. Ainsi la page 81 il écrit: «En octobre 1935, en pleine campagne électorale provinciale, Minville voit dans le IIIe Reich le modèle par excellence sur lequel les Québécois devraient prendre exemple. Si on retourne à l'article publié dans L'Action Nationale on y trouve une association maladroite entre Hitler et Groulx. Mais si on lit le texte de Minville en entier on constatera, qu'en fait, les idées prêtées à Groulx n'ont rien à voir avec le nazisme. On ne fait pas de l'histoire avec des bouts de texte mal interprétés. Encore moins avec de simples associations de mots utilisés pour tenter de justifier une thèse. C'est ainsi que l'auteur arrive à faire de Lionel Groulx un disciple de Nietzsche. D'après l'auteur l'oeuvre de Groulx contient des exemples remarquables de l'idéologie qui inspirait le nazisme. «Si en arrire-plan [il parle de l'oeuvre de Groulx] régnait toujours l'esprit le plus chrétien, maints propos à forte saveur nietzschéenne n'ouvraient pas moins la porte à une religiosité proche des Walkyries de Wagner (p. 164). Pour étayer son affirmation il cite un texte de Groulx de 1935. A des jeunes hommes et des jeunes filles épris d'un idéal absolu, ambitieux de pousser jusqu'à l'ultime développement de leur personnalité, il serait montré que leur naissance dans un milieu et dans la foi catholique leur vaut cet incomparable privilège d'avoir devant les yeux, pour idéal moral, l'infinie perfection du Christ, et pour terme de leur développement spirituel, cette élévation de la personnalité qui peut faire d'eux, s'ils le veulent, des surhommes et des dieux». Voilà, le mot surhomme est lâché, donc Groulx est nietzschéen et nazi! Dans un article du Devoir en 1933, Omer Héroux écrit: «Si l'abbé Groulx est historien, il est aussi un soldat» ce qui, selon l'auteur, constitue un autre trait qui le rapproche de Hitler (p. 177). Ailleurs l'auteur prétend qu'une forte convergence nouait le groulxisme au droit hitlérien. Elle s'illustrait dans la contestation du droit constitutionnel canadien, en particulier l'A.A.N.B., considéré comme un article d'exportation britannique». On ne voit guère de rapport avec le droit hitlérien et, chose certaine, cela ne s'applique pas à Groulx qui ne demandait que le respect de la lettre et de l'esprit de la constitution.
Cette concoction idéologique pseudo-historique est profondément offensante pour le peuple juif et sans valeur pour la compréhension de l'histoire du Québec de l'entre-deux guerres. Elle ne fait qu'obscurcir une histoire complexe et répandre des mythes au lieu de faire avancer nos connaissances comme on s'y attendrait d'un travail universitaire.
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