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Lionel Groulx, un géantGérald Leblanc La Presse du 31 mars 1996
Coïncidence troublante! Au moment où l'on m'apporte un livre sur notre chanoine national controversé, je lis une dépêche du B'Nai Brith demandant de donner le nom de Yitzhak Rabin à la station de métro Lionel-Groulx. Après avoir lu les 204 pages de Pierre Hébert, je crois qu'il faudrait trouver un lieu important à Montréal pour immortaliser le nom de Rabin, mais qu'il ne faudrait pas effacer celui de Groulx, un géant du Québec français durant la première moitié du siècle.
Pierre Hébert, un historien de l'édition et du livre, voulait un ouvrage sur le roman L'Appel de la race, mais il a finalement élargi l'entreprise pour nous présenter l'ensemble de l'oeuvre du chanoine.
Bien écrit et bien documenté, clair et articulé, le livre du professeur Hébert permet de faire un retour intelligent sur un géant de la scène québécoise.
Curé, professeur, journaliste, conférencier, historien, romancier... Lionel Groulx en menait tellement large qu'il s'est souvent caché derrière des pseudonymes pour contourner les interdits de ses supérieurs, tantôt pour annoncer et louanger ses propres oeuvres. Et le petit chanoine de Valleyfield savait manier la plume, comme en témoigne un recueil de contes, Les Rapaillages, maintes fois réédité, pour atteindre les 60 000 exemplaires, un total mirobolant pour l'époque.
C'est sous le pseudonyme d'Alonié de Lestres, le nom d'un compagnon de Dollard des Ormeaux, que Groulx publie L'Appel de la race, en 1922, qu'on rééditera à neuf reprises. Il s'agit d'un roman à thèse, d'une oeuvre de propagande patriotique, d'un livre-événement qui appelle à la lutte contre l'assimilation. L'action s'y déroule à Ottawa, à l'heure de l'infâme règlement XVII qui bannissait le français des écoles ontariennes. Jules de Lantagnac, un Franco-Ontarien marié à une Anglo-Ontarienne, Maud Fletcher, s'anglicise pour ensuite se reconvertir au français, devenir député et mener la lutte scolaire jusqu'au parquet des Communes.
Sous le couvert d'un roman, Groulx appelle à la lutte pour la survie française en Ontario, mais surtout, plaide contre les mariages mixtes, ultime infamie selon la pensée franco-catholique de l'époque.
Est-ce un livre raciste? Question incontournable - étant donné le totem qu'est devenu celui qui proclamait, en 1937 au Colisée de Québec «Notre État français, nous l'aurons» - à laquelle je laisse Pierre Hébert répondre.
«Si le racisme consiste à promouvoir ou préserver l'unité, l'homogénéité de la race, le roman de Groulx est alors raciste... De la race, il y a dans ce roman, une doctrine de l'unité.
«Si le racisme, en revanche, consiste à affirmer la supériorité d'une race sur une autre, alors L'Appel de la race n'est pas raciste. Certes, avait d'abord affirmé le père Fabien (le guide de Jules), "nul ne peut porter dans son âme l'idéal de deux races, quand ces deux races s'opposent". Mais Jules de Lantagnac est clair: "Que me parlez-vous de race supérieure et de race inférieure? Je crois à la supériorité de la vôtre; en plus, je crois aussi à la supériorité de la mienne; je les crois différentes...»
Hanté par cette utilisation du mot «race», Groulx écrivait dans ses Mémoires, en 1971 :
Le livre du professeur Hébert nous renvoie au personnage réel que fut Lionel Groulx en son temps, un personnage incontournable.
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