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Discours électoral(1 juillet 1820)
Leader des Patriotes, grand homme politique, Louis-Joseph Papineau (1786-1871) est au coeur des controverses et des luttes qui marquèrent le début et le milieu du XIXe siècle A la suite de la mort du roi d'Angleterre Georges III (avril 1820), de nouvelles élections sont déclenchées pour renouveler le parlement du Bas-Canada. Dans un discours électoral prononcé le 1er juillet 1820, Papineau compare les gouvernements de la France et de l'Angleterre. Par ailleurs, il décrit ce que doivent être les exigences du peuple à l'égard de ses représentants. Il n'y a que peu de jours que nous nous sommes réunis dans ce lieu pour le même objet qui nous y rassemble aujourd'hui; le choix de Représentans. Ce choix étant occasionné par une grande calamité nationale, la mort du souverain bien aimé qui a régné sur les habitans de cette province depuis le jour où ils sont devenus sujets Britanniques, il est impossible de ne pas témoigner ici les sentimens de la reconnaissance pour les [biensfaits] dont il nous a [comblé], et ceux du regret pour sa perte, qui a été ressentie si vivement ici comme en toutes les autres parties de ses vastes états. Et comment pourroit-il n'en être pas ainsi, chaque année de son long règne ayant été marquée par de nouvelles faveurs conférées à ce pays?
Telle étoit la situation de nos pères: voyez quel changement George III monarque révéré pour son caractère moral, sa fidélité à ses devoirs comme Roi, et son amour pour ses sujets, succède à Louis XV, prince alors, justement méprisé pour ses débauches, son inattention aux besoins de son peuple et sa profusion des deniers publics qu'il prodiguait sans mesure à ses favoris et à ses maîtresses... Choisissons pour représentans des hommes dont l'intérêt privé soit intimement lié avec l'intérêt public; des hommes qui, amis zélés du pays, en examineront avec attention les besoins, et se pénétreront bien des principes de sa constitution: car ceux qui entendront ces principes doivent les estimer; et en les estimant, ils doivent se montrer les fermes amis de tout ce qui tend au bien général, et les ennemis inflexibles de tout ce qui pourroit le mettre en danger. Ils feront en sorte que de bonnes lois soient formées et dûment obéies... Ils feront en sorte que l'administration de la justice soit pure, peu coûteuse, prompte, impartiale et honorée de la confiance publique. Ils accorderont un revenu public proportionné aux moyens du pays et aux besoins de gouvernement, distribué avec cette sage économie qui doit refuser à la sollicitation ce qui devroit être réservé pour récompenser le service méritoire; mais suffisant pour mettre le gouvernement toujours en état de se prévaloir des talens des personnes les plus propres à remplir ses charges. Ils regarderont comme sacrée la liberté de presse, cette puissante machine, le plus ferme appui de toute sage institution politique, le meilleur excitateur et conservateur de l'esprit public. Il multiplieront les écoles, sachant bien que les hommes ont des moeurs, et sont industrieux et libres, à proportion que leurs esprits sont éclairés. Ils laisseront l'agriculture, le commerce, les arts mécaniques, aussi exempts de fardeaux et aussi peu restreints par des règlements et des privilèges qu'il sera expédient; persuadés que la liberté et la concurrence assureront généralement des productions à bon marché, abondantes et améliorées. Enfin ils connaîtront, aimeront, et procureront le bien général dans la société. Ce texte repris dans les journaux de l'époque a été retranscrit en respectant la grammaire et l'orthographe. (Note: les paragraphes sont de Vigile) |