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Le drapeau des Québécois
Gilles Lesage
LeDevoir 16 janvier 1998 |
Il y aura 50 ans mercredi prochain, le premier ministre Maurice Duplessis faisait hisser le fleurdelisé au mât de l'Hôtel du Parlement et l'Assemblée législative adoptait à l'unanimité une motion le décrétant drapeau officiel du Québec.
Pour commémorer cet événement - dû en grande partie à la ténacité du député indépendant René Chaloult -, le président de l'Assemblée nationale et celui de la Commission de la capitale nationale avaient prévu inaugurer une exposition et lancer un ouvrage sur le fleurdelisé. En raison de la tempête désastreuse qui a secoué le Québec, l'invitation a été remise à une date ultérieure.
Cette sage décision devrait être un signe avant-coureur de la sobriété requise quand il s'agit d'un symbole et d'un anniversaire controversés. Un drapeau, c'est un objet de fierté et de ralliement, pas de division et de rejet. On a vu ce qui arrive lorsqu'un gouvernement et une ministre - en l'occurrence, Sheila Copps - tentent de fouetter l'ardeur nationale canadienne à coups de dizaines de millions. Au Québec à tout le moins, l'écrasante promotion de l'unifolié a tourné à la propagande éhontée et à la dérision envers la responsable du Patrimoine canadien.
Même s'il a fait des gorges chaudes sur l'intempestive initiative fédérale, le gouvernement québécois a été tenté, semble-t-il, de la contrer, en l'imitant, pour promouvoir le fleurdelisé et fouetter l'ardeur nationaliste. Projets de fête et de congé férié pour le drapeau ont mijoté dans les officines ministérielles, en panne d'inspiration et en quête de symboles pour reprendre l'offensive. Pour aller de l'avant, le gouvernement s'appuyait sur un sondage selon lequel quatre Québécois sur cinq - 80% - souhaitent que l'on souligne le 50e anniversaire du fleurdelisé.
Mais il y a commémorer et commémorer.
En ces temps difficiles, les citoyens comprendraient mal que leur gouvernement dépense sans compter et s'approprie, insidieusement, un symbole qui appartient à tous les Québécois. Surtout à la veille d'une campagne électorale cruciale, l'État doit prendre garde de donner une allure et un style partisans à des événements qui, à l'évidence, se situent au-dessus de la mêlée politicienne. A preuve, si Duplessis avait des visées électoralistes, il y a 50 ans, il n'en reste pas moins que, les uns après les autres, les partis et gouvernements qui lui ont succédé ont adopté le fleurdelisé et lui ont donné, à tous égards, le statut de drapeau national.
C'est ce qu'il importe de préserver et de promouvoir. En dépit des bobards rabâchés par les pisse-vinaigre (The Gazette et Cité libre confondus), pour qui le nationalisme québécois n'est qu'objet de mépris, le fleurdelisé mérite honneur et respect. Quoique en toute modération, sans flonflon patriotard ou revanchard.
Le gouvernement l'a compris puisque la commémoration relève, désormais, de l'Assemblée nationale - donc de l'ensemble des députés - et de la Commission de la capitale nationale. Que les deux gardent en mémoire l'impair de Mme Copps et de sa Maple Leaf: trop fort casse!

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