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L'année de la TerreurIl y aura 150 ans ce week-end que le parlement du Canada uni à Montréal fut mis à feu, entraînant son déménagement à Toronto. LeDevoir 21 avril 1999
Le directeur de la recherche à la Bibliothèque de l'Assemblée nationale, l'historien Gaston Deschênes, a retrouvé un récit extraordinaire de ces événements par l'un des principaux émeutiers, de surcroît capitaine des pompiers. Alfred Perry a publié au soir de sa vie, près de 40 ans après cette émeute, le récit de l'invasion du parlement, sa bagarre avec le sergent d'armes et un député, le saccage de conduites de gaz, et la mise à feu du parlement. Avec ses amis, il brûla la bibliothèque du Parlement, soit 25 000 livres, les archives du Canada, les documents anciens étant détruits par autodafé. Ce commerçant avait foncé à la tête des insurgés. Il fit ces révélations étonnantes dans le Montréal Star de février 1887, pour un numéro spécial. Ce texte oublié jusqu'à ce jour rappelle les hauts faits d'armes des torys de Montréal contre le gouvernement de Louis-Hippolyte LaFontaine. Ceux-ci n'acceptaient pas l'amnistie aux Patriotes, 12 ans après l'insurrection générale, ni la sanction royale à la Loi des indemnités pour les victimes des incendies allumés par la troupe en 1837. En 1849, l'historien signale qu'il y avait 43 000 habitants à Montréal, dont seulement 19 000 francophones. Le commerçant Perry était le capitaine d'une brigade de pompiers volontaires et il explique que si un pompier était intervenu trop tôt pour éteindre le feu, il aurait été pris à partie. Le notaire et le bélierIl raconte qu'avec le notaire John Isaacson, il dirigea l'attaque contre la porte du parlement avec un bélier de 35 pieds. Puis, il fonça avec une hache à l'encontre du sergent d'armes Chisholm et bouscula le député Sandfield Macdonald, qu'il jeta par terre avant de frapper l'horloge de l'Assemblée avec sa hache, atteignant les becs de gaz tout près.Alfred Perry écrit: «A mon deuxième coup, j'ai frappé le chandelier et des jets de gaz fuirent. Les tubes de gaz étaient de composition fragile. Une fois les brûleurs déplacés, le gaz continua à brûler et le feu se répandit au plafond.» A côté de lui, un émeutier décrocha le portrait de Papineau et le piétina tandis qu'un Ecossais sauva le portrait de la reine Victoria en le sortant du parlement. Pierre Turgeon vient de publier un roman, Jour de feu, chez Flammarion, sur ce jour où Montréal perdit le titre de capitale. Pour ce, il a fouillé les journaux d'époque et le journal de lord Elgin, qui, à 15h, avait sanctionné la loi au parlement installé dans le marché Sainte-Anne, un lieu où il n'y a qu'un stationnement aujourd'hui. L'auteur de ce roman historique rappelle qu'Elgin était le gendre de lord Durham. Il avait été choisi pour mettre en vigueur la politique de lord Durham, visant à donner au Canada un gouvernement responsable. Eric MolsonPierre Turgeon raconte: «Quand l'Assemblée nationale adopte la Loi des indemnités, Elgin accorde la sanction royale. Ce geste transforme en émeutiers une partie de la population britannique, notamment les grands bourgeois. Vous savez, Eric Molson était au Champ-de-Mars avec 6000 Anglais et Ecossais. Les mémoires d'Elgin sont très explicites, détaillés. Ce livre de 1872 publié à Londres n'a jamais été réédité.»L'écrivain dit que le gouverneur aurait pu appeler la troupe pour protéger le parlement de Montréal et disperser les émeutiers. De plus, le chef de police avait offert de constituer une police spéciale avec des Canadiens français mais Elgin refusa, ne voulant pas envoyer la police contre des Britanniques.
Il faut dire que les émeutiers incluaient le député George Moffatt et le colonel Gugy. En fait, les torys regroupaient l'establishment. Pierre Turgeon parle de 10 000 soldats dans les casernes tout près, mais la troupe n'intervint pas.
Comme en ChineL'écrivain fait ce rapprochement avec ce qui s'était passé à Montréal: «Le même homme est gouverneur et laisse brûler le parlement du Canada uni à Montréal. Le parlement était sur le point de s'installer pour de bon à Montréal, il y avait l'exécutif, la Chambre des députés et la Bibliothèque du Canada, les manuscrits et les documents sans copie. Ce fut une destruction de notre mémoire collective, des journaux, de la correspondance, des récits de voyages du Régime français.»
Il juge cet acte délibéré et resté impuni: «Lord Durham dit: les Canadiens français sont un peuple sans histoire, et dans ce pays où on commence à assembler notre histoire, son gendre arrive 12 ans plus tard. Il aurait pu empêcher l'incendie en envoyant les régiments stationnés à côté du parlement, il aurait donné l'ordre et la foule se serait dispensée. Il n'y aurait pas eu de combat.»
Après avoir fouillé le sujet pendant deux ans, il dit: Le péril orangisteL'historien Gaston Deschênes dit que l'année 1849 était appelée l'année de la Terreur. On parlait du péril orangiste. «Le 15 août, il y a eu la deuxième attaque de la maison de LaFontaine dès qu'on a annoncé des arrestations.» Puis, les torys ont mis le feu à l'hôtel Donegana, à des maisons, à l'hôtel Cyrus et à l'hôtel Têtu. Hector Berthelot a raconté cette attaque:«En arrivant vis-à-vis de la maison de M. LaFontaine, qui est isolée dans un verger, rue de l'Aqueduc, les émeutiers, au nombre d'environ 200, forcèrent la porte d'entrée de la cour qui s'ouvre sur la rue, les plus effrontés entrèrent dans la propriété et commencèrent à lancer des pierres sur la maison. M. LaFontaine n'était pas chez lui ce soir-là, et la garde de la maison avait été confiée à une poignée d'amis déterminés, armés de fusils et de pistolets. La petite garnison était sous le commandement de E.-P Taché.»Le futur premier ministre Taché menait la résistance. Berthelot ajoute: «Les émeutiers ramenaient avec eux un jeune Mason, atteint au côté d'une blessure mortelle, et six autres grièvement blessés. Mason était le fils d'un forgeron de la rue Craig, près de la rue Saint-Urbain. Il expira le lendemain. Avant de mourir, il avoua que l'intention des émeutiers était d'incendier la maison du premier ministre et de le pendre lui-même à un arbre de son jardin, puis de traîner son cadavre dans les rues.» Cela fait conclure à cet historien qui codirige les Editions du Septentrion: «C'était un méchant pays de cow-boys, Montréal, à cette époque-là.» Le rédacteur en chef et principal propriétaire de la Gazette, James Moir Ferres, avait été arrêté le 26 avril, au lendemain de la mise à feu du parlement, mais il fut relâché sous la pression de la foule.
Ferres avait écrit un tract incendiaire se concluant en ces termes:
Le Times de Londres allait dénoncer la Gazette. Pourtant, peu d'historiens ont écrit sur cet événement considérable. L'éditeur du Septentrion dit:
Pourtant, LaFontaine était premier ministre du Canada de 1848 à 1851, au moment où commence la responsabilité ministérielle. L'historien conclut: «Il démissionne en 1851, Morin devient le porte-parole des Canadiens-français. Puis Taché. Ils ont vu la rébellion, ils ont été projetés dans la rébellion, Papineau est allé en France, LaFontaine à Londres, Morin s'est caché, ils ont adopté une attitude réformiste, puis ils ont été cassés.»
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