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Provocation et répression Les Loyalistes sont impliquésLa mobilisation des forces loyalistes, ainsi que leur glissement vers des groupes armés, précède de beaucoup celle des Patriotes.
n° 160-161
Wolfred Nelson décrira bien l'état de la situation: «Ils [les bureaucrates] voulurent forcer le peuple à prendre les armes et à assumer la défense pour leur vie et leurs propriétés. Ils représentèrent ensuite cette action comme une rébellion contre la Couronne d'Angleterre.»(1) Un autre militant patriote, O'Callaghan, un Irlandais d'origine, comparera la situation qui prévaut au Bas-Canada à celle de son «pays» d'origine : «On voulait comme Castlereagh en Irlande, pousser le peuple à la violence, puis abolir ses droits constitutionnels. Dans l'histoire de l'union de l'Irlande avec l'Angleterre, vous retracerez comme dans un miroir, le complot de 1836-37 contre la liberté canadienne.»(2) C'est à cela que devait penser Edmund B. O'Callaghan en affirmant que le gouvernement a sciemment armé des volontaires, émis des mandats de façon arbitraire pour exciter le peuple et ensuite crier à la rébellion une fois le peuple affolé.(3) Le Doric Club provoque les Fils de la libertéLa provocation atteindra un sommet le 6 novembre 1837 à l'occasion de la réunion mensuelle des Fils de la liberté. Comme les bureaucrates ont fait circuler des rumeurs sur l'état des forces des Patriotes, des magistrats émettent une proclamation qui interdit toute procession, toute démonstration [sic] - notons que les bureaucrates avaient obtenu une réforme du personnel judiciaire au début novembre et qu'ils avaient placé aux postes de magistrats des partisans loyaux. Les Fils de la liberté acceptent donc d'annuler leur parade et de se rassembler sur un terrain privé pour tenir leur assemblée, le tout sans arme.La veille de l'assemblée, des bureaucrates avaient tapissé la ville de Montréal d'affiches invitant les loyaux à un rendez-vous à 12hOO sur la Place-d'Armes «pour écraser la rébellion dans l'oeuf». Ainsi, les loyaux et le Doric Club se réunissent sur la Place-d'Armes pour provoquer les Fils de la liberté. Les magistrats ne firent rien pour disperser les loyaux, bien qu'ils aient interdit toute «démonstration». Les loyaux marchent jusqu'à l'auberge Bonacina où sont réunis les Patriotes pour y lancer des pierres par-dessus la clôture. La bagarre a évidemment éclaté et s'est terminée par la lecture de «l'acte des émeutes». Par la suite les Fils de la liberté se sont dispersés, pour être poursuivis à travers la ville par des membres du Doric Club. Ce soir-là, des Loyalistes ont tenté de s'en prendre à la maison de Papineau et ont saccagé les locaux du journal patriote le Vindicator.(4) Des mandats contre les chefs patriotes...L'échauffourée du 6 novembre et les propos enflammés tenus par des leaders patriotes à l'assemblée des Six-Comtés du 23 octobre, permettent au gouvernement d'émettre des mandats d'arrestation contre les principaux chefs patriotes pour «déclarations subversives» ; ils émettent également des mandats en blanc. On porte des accusations de «haute trahison» plutôt que de «propos séditieux» ce qui marque une certaine démesure.(5)Pris de court, les chefs patriotes cherchent à fuir. On assiste à des arrestations arbitraires dans plusieurs régions qui forcent partout les Patriotes à fuir ou à s'organiser tant bien que mal pour résister. Les Loyalistes participent à la répression des troublesLes Loyalistes ne se contenteront pas de jouer un rôle essentiel dans la provocation des troubles, ils participeront de façon active à la répression. Ils se joindront aux forces régulières de l'armée britannique pour «écraser la rébellion» dans les bastions patriotes. Cette répression de la rébellion passera souvent par la destruction de villages.C'est en ces mots que le polémiste Adam Thom encouragera le pillage des villages canadiens-français : « L'histoire du passé prouve que rien de moins que la disparition de la terre et la réduction en poussière de leurs habitations ne préviendra de nouvelles rébellions au sud du Saint-Laurent, ou de nouvelles invasions de la part des Américains. » (7) L'attitude des volontaires royalistes lors de la bataille de St-Eustache et dans l'incendie de St-Benoît illustre bien ce que prônait Adam Thom. En décembre 1837, se mettent en branle vers Deux-Montagnes les troupes de Colborne, formées de 2000 hommes, ainsi que des volontaires, soit les Dragons Légers de la Reine, la Cavalerie volontaire de Montréal, les Fusiliers volontaires de Montréal et les Volontaires de Globenski, qui sont originaires de St-Eustache.(8) L'incendie de Saint-BenoîtAprès avoir vaincu les Patriotes à St-Eustache, les volontaires, aidés de quelques soldats, se sont adonnés au vol et au pillage du village, qui fut d'ailleurs brûlé.(9) Le lendemain, ils étaient en route vers le village voisin de St-Benoît. Alertés par des éclaireurs de l'ampleur des troupes en route vers le village, Jean-Joseph Girouard, le leader patriote local, conseille aux citoyens de rester chez eux et de cacher leurs armes: les forces britanniques étaient trop importantes pour tenter de les combattre. Des émissaires allèrent donc en informer Colborne, agitant un drapeau blanc et l'enjoignant de ne pas s'en prendre aux maisons, ce qui fut promis ... (10) Sa parole ne fut pas tenue puisque les loyaux mirent le village à feu et à sang, sous prétexte qu'on ne voulut pas indiquer l'emplacement de la cachette des Patriotes.Une tactique de provocation efficace !Il semble que la tactique de provocation des britanniques ait porté fruit puisque l'Union des deux Canadas était proclamée peu de temps après les troubles, plaçant de fait en minorité les Canadiens français au sein d'un État élargi. 1867 allait consolider la marginalisation des Canadiens français, dotés de pouvoirs culturels et sociaux dans la Province de Québec, tout en les plaçant sous le parrainage d'un Etat fédéral pas très éloigné de ce dont rêvaient les Loyalistes de 1837.
1 Christie IV p. 509-510 in Histoire des patriotes, p. 296
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