DEUX PIERRE
QUI S'ENTRECHOQUENT

Lettre de Pierre Milot à/sur Pierre Falardeau
ou
L'art de se pendre soi-même

Jean-Luc Gouin

[En réaction au texte de Pierre Milot , paru dans Le Devoir du 21 sept. 1996. Texte dont la vacuité du contenu, il m'est d'avis, n'a d'égale que la fatuité de l'auteur]




Je ne délaisse pas Rorty (je préfère Merleau-Ponty) ni Bärtschi (je préfère Richter) pour attraper la balle au vol, monsieur le «chercheur affilié au Centre interuniversitaire d'analyse du discours et de sociocritique des textes». En ce matin doux du 21 septembre, je lis tout banalement mon Devoir en écoutant un Jacques Michel de 1971 mâtiné d'un Sylvain Lelièvre de 1975. Non, ce ne sont pas des vins. Mais de fichus bons crus tout de même, il faut dire.

Je ne serai pas long: je vous laisse en exclusivité les interminables. Je veux tout d'abord saluer en priorité l'intelligence du Devoir, lequel accepta de vous publier à nouveau par le biais d'un texte hachant menu votre ami Falardeau. Des félicitations au journal, en effet, car votre article est pour ainsi dire plein (de suffisance surtout) et n'appelle par conséquent aucune réplique: il se réplique à lui-même par un débordement où la jactance dispute à l'ostentation. Tant d'arrogance, de condescendance et de pédantisme au cm2 frappe l'imagination et déboussole l'intelligence... comme s'il suffisait de s'affirmer anti anti-intellectualiste pour se métamorphoser du coup en intellectuel (et ça, vous savez, c'est du mauvais Hegel: la Negativität der Negativität, c'est autre chose). La lecture de votre texte, M. Milot, m'a soudainement fait souvenance d'un ancien collaborateur du Devoir, Albert Brie, qui écrivait qu'«il y a des individus qui ne s'instruisent que pour ajouter à leurs préjugés.» Hélas! vous ne connaissez sans doute pas ce triste sire qui n'est pas allé à Yale ou Harvard, d'autant plus que l'intellectuel que vraisemblablement vous pensez être ne lit pas le seul quotidien d'idées au Québec, et que par conséquent vous devez vous en remettre à des amis pour vous prévenir qu'on s'y paie allègrement votre tête. Mais ce n'est pas très important. Après tout, il est vrai qu'il y a quelques intellectuels aux États-Unis, ce Jardin des merveilles de l'anti-intellectualisme. «Il y en a même un qui s'appelle Alice,» comme nous le chantait Diane à l'époque où elle interprétait Plamondon.

Je m'inquiète pour vous, M. Milot. À force de patauger dans votre soupe à l'alphabet en espérant, par hasard sans doute, élaborer des bouts de phrase intelligibles, vous risquez fort d'indisposer votre employeur qui a déjà passablement de difficultés avec sa crédibilité scientifique. Soyez prudent: les emplois sont rares.

Bien que ce ne soit pas l'envie qui me retienne, je n'irai pas plus loin et je dépose de suite les armes - plume et clavier inclus. Permettez-moi tout de même en quittant de vous convier à une autre pensée de l'ex-silencieux du Devoir: «Il existe aussi des analphabètes de l’intellect; ils savent tout mais ne comprennent rien.» Bonne réflexion, monsieur le «chercheur affilié au Centre intergalactique...».

Jean-Luc Gouin
Ph.D. Philosophie... et patati et patata.
Ce 21 septembre 1996