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Une communauté inclusiveOn souhaite que ce débat puisse nous permettre de démontrer au moins deux choses. Tout d'abord, la notion de peuple fondateur, qui rend adéquatement compte d'une partie de notre histoire et qui renvoie au peuple canadien français, ne peut plus rendre compte de la conscience nationale actuelle des Québécois et Québécoises. Ceux-ci croient maintenant majoritairement (77%) en l'existence d'un peuple québécois. La notion de peuple fondateur est toujours utile pour caractériser la perception que les Québécois et Québécoises se sont faite, en 1867, du pacte qui a donné lieu à la création de la fédération canadienne. Il s'agissait alors, selon eux, d'un pacte entre la nation canadienne française et la nation canadienne anglaise. Soit dit en passant cette interprétation n'a jamais été partagée par le Canada anglais. Quoi qu'il en soit l'expression «peuple fondateur» est maintenant trompeuse aux yeux des Québécois et Québécoises eux-mêmes, car elle ne peut servir à désigner le peuple québécois actuel. Elle laisserait en effet entendre que ce peuple est composé seulement de «Canadiens français». Or, presque plus personne au Québec n'emploie l'expression «canadien français» pour désigner le peuple que nous sommes devenus. Depuis les années soixante, le Québec est passé d'une conception purement culturelle de la nation canadienne française à une conception de la nation québécoise incluant l'ensemble des citoyens québécois. Voilà pourquoi nous ne devons plus utiliser l'expression «peuple fondateur» pour désigner le peuple québécois. Telle est la première chose qu'il nous faut retenir. Une majorité nationaleLa seconde chose à dire est qu'il n'existerait pas de nation québécoise si la majorité de langue maternelle française n'existait pas sur le territoire québécois. Même si la nation québécoise est inclusive et qu'elle rassemble l'ensemble des citoyens québécois, elle n'existerait pas si elle ne contenait pas sur son territoire la majorité des individus qui ont à la fois la langue maternelle française, ainsi que la culture et l'histoire québécoises. En effet, il ne suffit pas d'affirmer une citoyenneté comme pour parler d'une nation québécoise. Après tout, il existe bien une citoyenneté ontarienne commune, et pourtant il ne viendrait à l'idée de personne de parler d'une nation ontarienne. La raison est que l'Ontario ne rassemble pas la majorité des individus ayant à la fois comme traits caractéristiques communs la langue maternelle anglaise, ainsi que la culture et l'histoire canadienne anglaise. En somme, sans la majorité nationale des francophones québécois, il n'y aurait pas de nation québécoise. Mais cela ne veut pas dire que les «véritables» Québécois et Québécoises sont ceux dont la langue maternelle est le français. L'expression «véritables Québécois» est odieuse et elle n'est employée que par les adversaires du nationalisme québécois et que par quelques nationaleux attardés. Ainsi, pour comprendre la nation québécoise, il ne faut pas considérer seulement ce qui rassemble l'ensemble des citoyens du Québec, car il faut aussi tenir compte de certaines différences importantes au sein de la population. La nation québécoise n'est pas qu'une communauté politique, car elle est aussi sur le plan sociologique composée d'une majorité nationale de francophones, d'une minorité nationale (ou historique) d'anglophones (au sens où ces derniers sont l'extension majoritaire d'une majorité nationale voisine), et d'individus ayant d'autres origines. La nation québécoise est pour cette raison une nation pluriculturelle et multiethnique. Les deux idées que je viens d'expliquer sont au fond très simples. Elles tiennent compte à la fois de la nature civique de notre nationalisme et de la perception que les Québécois se font d'eux-mêmes, car tous ressentent que la présence d'une majorité nationale de francophones joue un rôle déterminant dans l'existence de la nation québécoise. Ces deux idées peuvent être admises par tous, que l'on soit fédéralistes ou souverainistes, nationalistes ou anti-nationalistes. Si on les accepte, on s'éloigne alors autant d'une conception ethnique ou purement culturelle de la nation, que d'une conception exclusivement civique. Quelques questions non résoluesComment se fait-il qu'il soit si difficile de faire admettre l'existence d'une nation québécoise inclusive qui n'existerait toutefois pas sans la présence d'une majorité nationale francophone québécoise? Pourquoi sommes-nous encore confrontés à un débat sur cette question? La première raison est fondamentalement politique. On cherche à tout prix à caricaturer la nation québécoise comme un regroupement ethnique pour invalider le nationalisme québécois et laisser entendre qu'il est fondé sur l'exclusion. On espère de cette manière éloigner les Québécois et Québécoises qui sont tentés de souscrire à la souveraineté du Québec. Mais par-delà les enjeux politiques, on invoque aussi parfois l'importance de l'adhésion volontaire à la nation. Selon certains, plusieurs Anglo-Québécois et plusieurs allophones ne semblent pas entretenir un sentiment d'appartenance à la nation québécoise. Or, ne faut-il pas une telle adhésion pour parler d'une nation? Comme nous le verrons demain, la réponse à cette question nous oblige à faire quelques distinctions fondamentales entre la citoyenneté juridique, la citoyenneté au sens politique de l'expression, et le sentiment d'appartenance.
Citoyenneté juridique et politiquePour appartenir à la nation québécoise, il faut plus que simplement s'établir au Québec, mais il ne faut peut-être pas plus qu'une participation citoyenne activeDeuxième d'une série de deux textes
Pour parler d'une appartenance à la nation, il faut plus que la simple décision de s'établir au Québec, car cela ne confère qu'une citoyenneté juridique, mais il ne faut peut-être pas plus qu'une participation citoyenne effective, au sens politique de l'expression, pour appartenir à la nation. Un sentiment d'appartenance?Doit-on requérir plus pour être en mesure de dire que les membres de la communauté anglophone ou les allophones appartiennent à la nation québécoise? Certains voudront peut-être ajouter qu'il faut un sentiment d'appartenance, un lien affectif particulier, et ils prétendront que, sans un tel attachement, il n'y a pas de véritable inclusion passible au sein de la nation. Mais la vérité est que les Québécois ont tous un attachement différent à leur nation. Cet attachement varie d'un individu à l'autre, et varie aussi dans le temps. Chacun a son propre palmarès d'allégeances, et il n'est pas nécessaire d'accorder une place de choix à cette allégeance particulière pour se représenter comme un membre de la nation québécoise. Certains accordent plus d'importance à leur vie de quartier, à leur ville, à leur famille, ou à leurs confrères ou consoeurs de travail. On peut même ne ressentir aucune fierté nationale. Tout cela n'a au fond que très peu d'importance dans la définition de la nation. L'important est d'être un citoyen actif qui profite des institutions et qui s'y conforme, qui vote et qui veut faire respecter ses droits. Les liens affectifs sont des sentiments qui varient trop pour s'en servir comme d'un critère d'appartenance nationale. Bien entendu, il n'y a pas de nation sans conscience nationale. On appartient à une nation seulement si l'on se représente comme un membre de cette nation, mais cette condition subjective d'appartenance ne peut être mesurée efficacement qu'en se servant de critères objectifs, comme la participation citoyenne effective. Le respect des autresQue dire cependant de ces concitoyens qui se défendent explicitement d'appartenir à la nation québécoise? La plupart de ceux qui adoptent cette attitude se font de la nation québécoise une vision étriquée correspondant à la conception ethnique ou purement culturelle (tricotée serrée). Ils nous demandent de tenir compte de la représentation qu'ils se font d'eux-mêmes, mais ils ne tiennent pas compte du désir d'inclusion de la vaste majorité des Québécois. On voit mal alors pourquoi il faudrait tenir compte d'une autoreprésentation qui fait elle-même d'emblée violence à l'autoreprésentation entretenue par la majorité des citoyens québécois. En effet, la plupart des francophones qui croient (à tort) que la nation québécoise est composée exclusivement d'individus de langue maternelle française ont quand même une attitude d'ouverture à l'égard des minorités. Ils souhaitent les traiter comme des citoyens égaux aux autres au sein de la communauté politique. Plusieurs ne demanderaient d'ailleurs pas mieux que d'être en mesure d'inclure tous les citoyens du Québec dans leur nation. S'ils appuient une conception ethnique ou culturelle de la nation québécoise, c'est peut-être tout d'abord parce qu'ils traduisent maladroitement ce qu'ils sentent intuitivement à savoir qu'il n'y aurait pas de nation québécoise sans l'existence de la majorité francophone. D'autres croient que les anglophones et allophones ne veulent pas appartenir à la nation québécoise. S'ils se sentent alors obligés de ne pas les inclure au sein de la nation québécoise, c'est parce qu'ils croient qu'ils doivent respecter leur choix. Qu'à cela ne tienne, il existe quand même une volonté d'inclusion partagée par la plupart des citoyens francophones, et c'est cette volonté d'inclusion que l'on exprime en adoptant une conception de la nation québécoise qui inclut l'ensemble des citoyens québécois. Si les anglophones et les allophones tiennent compte de la volonté inclusive des Québécois et Québécoises et respectent ainsi la représentation que la majorité des Québécois se font d'eux-mêmes, ils devront alors admettre que la nation québécoise est dans l'ensemble une nation inclusive qui peut en principe rassembler l'ensemble des citoyens. Si certains d'entre eux persistent ensuite à s'exclure de cette nation nouvellement définie, cela équivaut à ne plus vouloir faire partie de la communauté politique québécoise. Il ne faudrait alors certes pas les retenir contre leur gré au sein de cette communauté politique, parce qu'ils ont le droit sacré de s'en retirer s'ils le désirent. Cette auto-exclusion signifie en effet maintenant qu'ils ont la volonté de partir, et il faut leur reconnaître ce droit même si nous souhaitons ardemment les garder dans la grande famille québécoise.
L'appartenance des minorités linguistiques et culturelles du Québec à la nation québécoise est compatible avec l'appartenance simultanée à la nation canadienne. Elle est aussi compatible avec le fait de reconnaître les droits collectifs de la minorité nationale anglo-québécoise. On peut, en effet, avoir des identités multiples et celles-ci doivent être reconnues. L'appartenance de la minorité linguistique anglophone et des minorités culturelles à la nation québécoise peut enfin être acceptée par tous, quelles que soient leurs convictions politiques. La plupart des Québécois et Québécoises ont d'ailleurs accepté depuis toujours d'être membres de la nation québécoise tout en étant membres de la nation canadienne, c'est-à-dire de ce pays qu'est le Canada. Mais les Canadiens et Canadiennes refusent depuis toujours de reconnaître cette identité multiple, puisqu'ils refusent depuis toujours de reconnaître la nation québécoise. C'est la raison pour laquelle les citoyens du Québec sont de plus en plus nombreux à souscrire à la souveraineté. Mais que le Québec devienne souverain ou non, il existe une nation québécoise qui rassemble tous les citoyens du Québec.
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