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| Bloc québécois et Parti québécois face au Kosovo Oui au droit d'ingérence au Kosovo
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Le grand drame en Yougoslavie vient du fait quavec la chute du Rideau de fer, le problème des minorités, longtemps occulté mais jamais résolu, a refait surface dans les Balkans. Cest à la faveur de la
velléité internationaliste du marxisme que cette épineuse question
avait été enterrée sous le boisseau de lidéologie. Depuis 1989, les
vieux problèmes ont refait surface.
Pendant des décennies, la phrase-choc : «Prolétaires de tous les pays,
unissez-vous» avait servi de ciment unificateur aux nations qui
vivaient sous les parapluies étatiques de lUnion Soviétique et de
lex-Yougoslavie. Grâce au «centralisme démocratique» pratiqué par
les partis communistes de ces deux États, on avait limpression que le
marxisme avait consacré la mort du nationalisme : une valeur
essentiellement bourgeoise.
Le problème nétait en fait que masqué puisque lidéologie communiste permettait à un nouvel impérialisme - russe et serbe, cette fois-ci - de se développer sous le parapluie de la lutte des classes. Avec les privilèges inhérents à leur fonction, les
apparatchiks de ces deux peuples pouvaient en toute légitimité
sinstaller, qui en territoire ukrainien ou lithuanien, qui en
territoire slovène ou croate, sans que, dictature du prolétariat
aidant, personne ne puisse même rouspéter. Après tout, ces gens du
parti étaient porteurs dune grande mission: préparer le grand soir,
celui de légalitarisme.
Avant 1969, en ex-URSS comme en ex-Yougoslavie, dimportantes minorités
de la nation dominante sétaient donc installées sur les territoires
des peuples soumis à la dictature du prolétariat. Mais après la chute
du Rideau de fer, sest dissout le ciment internationaliste qui avait
permis à ces minorités privilégiées dêtre perçues par les nations
autochtones comme étant des éléments «civilisateurs». De plus en
plus, les minorités russes et serbes étaient perçues comme des
colonisateurs.
Compte tenu dun contexte historique différent, Russes et Serbes ont
réagi différemment à la résurgence du nationalisme des peuples,
laquelle avait été si longtemps mise sous cape. Il ne faut pas oublier
que, dans le contexte de la fin de la guerre 14-18, le «pacifiste»
Lénine sétait permis de reconnaître le droit à lautodétermination des
peuples admis à faire partie de lUnion soviétique. Il y a aussi le
grand paradoxe dune Russie qui, comme État fédéré, en soixante-quinze
ans, na pas tellement profité de sa domination sur les quatorze autres
républiques. Pas surprenant alors que limplosion de lEmpire sest
faite à Moscou et que plusieurs Russes de la diaspora aient voté pour
lindépendance avec les autochtones. Cela na pas empêché la grande
bavure de la Tchétchénie, ni celles moins grandes des pays baltes, ni
la minorité russe de Moldavie de se faire entendre. Mais enfin, tout
ceci nétait rien par rapport à ce qui allait se passer en Yougoslavie.
Tout a mal commencé en 1989, à loccasion du Six centième anniversaire
de la défaite des Serbes contre les Turques. Slobodan Milosevic a alors
promis aux Serbes très minoritaires au Kosovo quil ne les lâcherait
pas. À partir de cet engagement, tout a basculé dans la fédération
yougoslave. Rentré en Serbie, Milosevic mit son programme en
application : la constitution instaurée par Tito, accordant à la
majorité albanaise du Kosovo une large part dautonomie, tombe en
désuétude. Un tel changement dans la structure politique de la
fédération yougoslave fait peur aux citoyens des républiques slovènes
et croates. Par voie de référendum, ceux-ci manifestent
majoritairement leur volonté de devenir indépendants. Les Serbes ont
immédiatement répliqué en envoyant larmée dans les deux territoires
sécessionnistes. Le risque était grand pour les soldats de cette armée
doccupation en Slovénie puisque ce pays avait une très faible minorité
serbe. Cétait une toute autre question en Croatie, dans les régions
frontalières, comme en Slavonie, où la minorité serbe est importante.
Là-bas, larmée yougoslave sest retirée en laissant tout son arsenal à
des milices serbes. Le nettoyage ethnique venait de commencer. En
1992, le même scénario devait être repris en Bosnie-Herzégovine.
Depuis un an, cest au tour des Kosovars de goûter à la médecine.
Yvon Breton nous déclare que le droit des peuples à lautodétermination
devrait pousser les Québécois à sopposer à lingérence de pays tiers
dans les affaires internes de la nation serbe. Je ne peux être
daccord sur ce principe car si on ladmet, qui reprochera un jour à
dautres peuples de singérer dans les affaires canadiennes, si jamais
le Canada anglais décidait de ne pas se conformer à la volonté
clairement et démocratiquement exprimée des Québécois à loccasion dun
référendum de se détacher du Canada, et ferait intervenir larmée contre
nous. Par la reconnaissance internationale, nous Québécois pourrions
un jour demander «lingérence» dautres peuples dans les affaires du
"plus meilleur pays du monde". Après tout, nous aussi, nous connaissons
ce que veut dire perte constante dautonomie !
Quoiquen pense Yvon Breton, le droit dingérence dans les affaires des
empires qui abusent de leur pouvoir existe depuis la première guerre
mondiale. Cest à partir de lassassinat de larchiduc dAutriche en
1914 que la France et lAngleterre sont entrées en guerre pour
permettre aux Serbes de se libérer du joug dun certain empire. Dans
les années cinquante, les États-Unis donnaient des leçons à la France
et à la Grande-Bretagne et les enjoignaient fortement à se délester des
pays que ces deux États dominaient dans le Tiers-Monde.
Le problème aujourdhui, cest que le nouvel empire américain se montre
sélectif dans son devoir dingérence. Il ne fait rien, bien au
contraire, pour les Palestiniens. Il laisse les Kurdes se faire
massacrer par les Turcs, sous le seul prétexte que ceux-ci sont de
bons alliés. Et, finalement, en ce qui concerne le Kosovo, il semble
bien que lexpérience de la Bosnie nait pas servi : hier, les frappes
aériennes ont été inutiles ; aujourdhui, elles accentuent le nettoyage
ethnique. Qui plus est, les accords de Dayton ont légitimé la
partition de fait de la Bosnie et ont ainsi légalisé le nettoyage
ethnique pratiqué impunément sur ce territoire par les amis de
Milosevic.
Yvon Breton aurait raison sil déplorait le fait que le Bloc québécois
na pas assez insisté sur le fait de la diminution du rôle des
Nations-Unies dans le conflit. Ni sur le fait que lEurope occidentale
semble trop facilement accepter de devenir de simples vassaux des
États-Unis dans ce conflit. Il est grand temps que des souverainistes
sallient aux mouvements de la gauche américaine qui réprouvent la
manière que cette guerre est conduite et sur le fait que le droit à
lautodétermination ne sapplique que pour les pays qui ne sont pas
sous la tutelle de pays amis des Américains.
Peut-être que le Bloc et le Parti québécois doivent tenir compte du
jour où la reconnaissance des États-Unis pourrait nous être utile.
Malheureusement, notre système électoral ne permet pas lémergence de
voies divergentes...
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