Quelques remarques à propos du débat sur le conflit au Kosovo.
D'abord, je peux difficilement mettre sur un même pied ce qui s'est
passé au Manitoba en 1890 et la crise actuelle. Ici, on a démontré que
la constitution de 1867 était celle du Canada anglais et qu'elle avait comme but de getthoïser les Canadiens français. De les placer dans la
grande réserve de la province de Québec. Dans les Balkans, on tue les
hommes, on brûle les maisons, on jette vieillards, femmes et enfants
sur les routes. On vide le pays. Dans ces conditions, le nettoyage
ethnique est un crime contre l'humanité bien plus grave que ce que
Grandchamp appelle le nettoyage culturel. Si on veut comparer, on devrait le faire avec la déportation des Acadiens de 1755.
Quant à dire que la situation n'est pas la même qu'en Bosnie parce que
celle-ci est un État fédéré, je n'achète pas cela. Le Kosovo, avant
1989, avait un important degré d'autonomie à l'intérieur de la Serbie.
Après cette date, il l'a perdu et les journaux de langue albanaise
étaient interdits. La démocratie avait été écrasée. Ceux qui font
tous les procès à l'UCK ont tort. Quand on empêche la libre
circulation des idées, on ne doit pas être trop regardant quant aux
moyens que prennent les dissidents pour se faire entendre. Qui
sommes-nous pour leur faire alors la morale?
Quant à l'Otan, je crois que tous les pays d'Europe sont responsables
de l'emprise que les Américains ont prise dans le monde, pas seulement à
travers cette institution, mais aussi et surtout à travers les grandes
institutions internationales que sont l'OIC, le FMI et la Banque
mondiale. Et cela, avec un affaiblissement croissant de l'ONU. Si des
gouvernements européens avec des chefs socialistes ne sont pas capables
de renverser l'opinion publique pour un meilleur équilibre
international, que peuvent faire le Bloc et le Parti québécois, des
partis qui auront bientôt à cogner à la porte du State Department pour
que l'on nous reconnaisse comme peuple.
Que doivent faire les Québécois face à un tel imbroglio?
Le Québec a quelque chose à dire sur la question du Kosovo.
Mais même si nous ne sommes pas d'accord avec la manière dont les
choses ont été faites, nous ne devons pas nous opposer au principe de
l'ingérence qui, ici, se devait d'être mis de l'avant. Tout nettoyage
ethnique est un crime infâme contre l'humanité.
Complément de réponse:
Peu importe ce qui s'est déjà passé dans l'histoire des Balkans, je
persiste à croire que, depuis 1990, le nettoyage ethnique dans cette
région du monde a été l'apanage des Serbes plus que des Musulmans et
des Croates. Si les Croates ont utilisé les mêmes méthodes, quand avec
l'aide des Américains ils ont libéré le Krajina, ils sont autant à
condamner. Même chose quand ils ont agi ainsi contre les Mulsulmans
dans la région de Mostar. Il reste que, dans le premier cas, beaucoup
de Serbes sont partis d'eux-mêmes parce qu'ils avaient peur qu'on leur
serve le même traitement utilisé quelques mois plus tôt contre les
familles croates. Dans le second cas, il faut croire que les Croates
restent très méfiants vis-à-vis des Musulmans, même si plusieurs
décennies de communisme ont rendu ceux des Balkans moins religieux,
moins attirés qu'ailleurs dans le monde par le militantisme islamique.
Vous dites que les pays arabes, sauf quelques riches émirats sont
contre les frappes de l'Otan. Je veux bien croire, mais s'ils sont
contre, c'est surtout parce que, sous le couvert de l'ONU cette fois,
les Etats-Unis se sont servis des mêmes méthodes: frappes avec "faibles
dommages collatéraux" pour abattre Saddam Hussein en Iraq. Avec les
résultats que l'on sait. Ce qui me fait le plus peur actuellement,
c'est que le nettoyage ethnique qui se produit un peu partout dans le
monde, transforme le monde en blocs: orthodoxe, chrétien et musulman,
chinois.
Je pense que nous sommes à la croisée des chemins. Avec le
néo-libéralisme imposé par les puissants de ce monde, nous allons tout
droit vers un darwinisme social et inter-nations qui ne peut provoquer
que frustrations et meurtres en séries, nettoyages ethniques, guerres
civiles et guerres incontrôlables comme celle qui prévaut actuellement
dans les Balkans. Littleton n'est que le présage de ce qui nous attend
partout sur la planète si nous ne revenons pas à plus de raison dans
nos rapports, à plus d'humanisme.
Que vient faire le Québec dans tout cela? Chacun d'entre nous doit
prêcher un retour à la raison et à l'humanisme dans un monde en
dérive.
Claude G Charron
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