![]() |
Des positions figéesÀ l'instar de la majorité anglo-Johnson, les chefs du PQ et du PLQ refusent de reconnaître et d'affirmer clairement que nous sommes bel et bien un peuple
Maurice Champagne LeDevoir 23 juin 1998
«Toutes les dérives idéologiques risquent de se retourner
Sans la survivance de quatre siècles de la langue française et de la nation canadienne-française, concentrée sur le territoire du Québec et animée par nos institutions politiques propres, le Québec serait une province comme les autres et nous n'aurions pas le droit de revendiquer la reconnaissance politique de notre statut de peuple non plus que d'aspirer légitimement à telle ou telle forme de souveraineté. C'est dire la primauté de nos droits linguistiques. La prochaine élection québécoise, qu'il faut lier à la dramatique décroissance démographique francophone à Montréal - et fort mal comprise en général dans les régions -, risque d'être notre dernière chance de nous faire reconnaître comme peuple et maîtres exclusifs de nos droits linguistiques. Dans ce contexte, les déclarations de guerre de William Johnson, qui reflètent, hélas rigoureusement la position figée de 80% de la communauté anglo-québécoise depuis l'adoption de la très légitime loi 101, sont en elles-mêmes injustes, antidémocratiques et immorales. Et nous avons accumulé les preuves que cette communauté ne veut pas nous reconnaître comme majorité et s'accepter elle-même comme minorité. Elle jouit pourtant non seulement de droits exceptionnels par rapport aux autres minorités équivalentes dans le monde, mais de privilèges. Son statut au Québec fait ressortir le sous-développement des minorités de la nation canadienne-française dans le Canada anglais. Incontestablement, elle est devenue le fer de lance des Canadiens anglais et des fédéralistes extrémistes qui nient le droit de la majorité francophone québécoise à être en français: To be or not to be. C'est elle qui a dressé ceux et celles des Québécois de diverses origines ethniques qui semblent contre notre peuple, qui les reconnaît pourtant à part entière. Elle en a fait malgré eux des otages du conflit Québec-Canada, comme les autochtones. Eh oui, eue est devenue un appui naturel du «plan B» et de la filière Trudeau, dans laquelle William Johnson rejoint ses frères de la familia, Mordecai Richler et Howard Galganov. Par ailleurs, cette perte de contrôle de la dignité dans cette minorité a ses équivalents dans le souverainisme-indépendantisme-séparatisme et dans l'ambiguïté péquiste insécurisante et menaçante, même pour la majorité. Et si j'appartenais à la communauté anglo-québécoise, je n'accepterais pas facilement d'être minoritaire au Québec, parce que le Québec m'obligerait à rejeter le Canada et mon identité séculaire de Québécois canadien, par une séparation unilatérale à la Parizeau, par exemple. Aussi y a-t-il un impérieux et urgent devoir de transparence pour le PQ et pour le PLQ de présenter aux Québécois et aux autres Canadiens dans leur programme électoral: leur plan de sauvetage des droits politiques fondamentaux du peuple québécois, dont la reconnaissance politique interne et internationale de notre statut de peuple et la maîtrise exclusive des droits linguistiques de la majorité et des autres communautés constituant avec nous notre peuple. (J'ai indiqué dans Le Devoir du 24 mai dernier les autres éléments «d'une politique de bon sens pour le peuple québécois»; une politique du juste milieu pour les uns et pour les autres, pacificatrice, conciliatrice et stimulante pour l'économie québécoise et canadienne.) Pas de démocratie québécoise ou canadienne d'ici la prochaine élection sans l'accomplissement de ce devoir de transparence par le PQ et le PLQ et sans réaction conciliatrice et pacifiante de la communauté anglo-québécoise, des Canadiens et des fédéraux. Mais je suis conscient, en disant cela, que les partis politiques et leurs leviers extrémistes et guerriers vont peut-être, une fois de plus, préférer des stratégies de pourrissement, du genre: «Laissons les Anglais et les fédéraux faire la preuve à la William Johnson qu'ils ne veulent pas du Québec dans la justice et la démocratie, et alors, nous ferons le grand soir bleu de l'indépendance séparatiste!» Voici plutôt le rappel de quelques principes et fondements de justice de nos droits linguistiques. Principes et fondements de justice de nos droits linguistiques
Parlons franchement, après avoir évoqué GandhiLe fond du problème Québec-Canada anglais est que les Canadiens anglais, au Québec d'abord, sauf exceptions, ne nous aiment pas, nous, les Québécois canadiens-français; et nous, nous ne les aimons pas davantage, depuis des générations, depuis des siècles. Et pour causes multiples et répétitives dont, à la base, l'ignorance réciproque des uns et des autres, dans ce corridor qui va d'un «océan à l'autre» et où le principal problème du Canada est de ne pas avoir d'autre identité que celle des puissants sudistes américains et du melting pot culturel à la Trudeau. Questions pour aujourd'hui et demain?
Alors, depuis le temps que nous, les Québécois, marchons sur les genoux, bons catholiques romains jusqu'à la bonasserie, le Canada anglais peut-il devenir plus conciliant, plus humaniste, plus humain? Charles Taylor, mon ami, vous qui ne pensez pas que les Québécois forment un peuple «politiquement», mais culturellement et ethniquement, vous qui êtes l'un des plus grands philosophes québécois et du monde, comment pourrions-nous faire mieux? Ou devrons-nous apprendre à la majorité francophone le droit à la désobéissance civile à la Gandhi?
![]() |