![]() |
Quête identitaire Gorges chaudes sur la question du «peuple» ... et la récidive «ethnique» de ParizeauLe Canada - un gros pays multiculturel, multilingue, multicolore, et à plusieurs facettes... Gilles Lesage LeDevoir 6-7 décembre 1997
Le columnist de The Gazette à Ottawa estime que l'on n'a pas fini d'entendre parler de la question «peupliste» (sic dans le texte), même si le premier ministre Bouchard s'est employé à tuer le ballon d'essai lancé au conseil national du PQ, en fin de semaine dernière. Paul Wells explique que l'idée de peuple, telle que véhiculée par le PQ, est exclusive, coercitive et unilatérale. Mais pourquoi les autres n'ont-ils pas droit aussi à leur pays indivisible? «Imaginez trois référendums sur la question peupliste, conclut Wells, à trois niveaux. à travers le Canada, au Québec, et parmi les Cris. «Pourquoi un seul devrait-il compter?» Selon Rhéal Séguin, correspondant pour The Globe and Mail, c'est «Parizeau qui a pris charge de la ligne du parti» à la suite des incidents du week-end. Le numéro 2, le ministre Bernard Landry, y a perdu son titre. «Le premier ministre Bouchard a peut-être le plein contrôle sur son gouvernement mais, désormais, celui qui dicte la ligne partisane sur la souveraineté, c'est son prédécesseur.» «Un peuple?», ironise The Ottawa Citizen en titre d'éditorial en allemand. Il se réjouit de savoir que les Québécois ne dépenseront pas 50 millions pour se définir comme un peuple, mais il déplore que ce soit parce que, selon M. Bouchard, la réponse est évidente. Ils le sont. «Mais s'ils forment plus un peuple que les Ontariens, cela fait ressortir clairement le mensonge du "nationalisme civique", l'idée voulant que tout un chacun est un Québécois et, donc, fait partie du "peuple" qui vit au Québec. Le nationalisme du Québec va plus loin que le nationalisme ontarien précisément parce qu'il s'appuie sur une base ethnique. Ce qu'il est.» D'où l'allusion (subtile?) en titre allemand. Un autre édito du même Citizen conclut: «Jusqu'à ce que la population anglophone rétrécissante et les communautés allophones en expansion - avec leurs passés complexes, leurs loyautés partagées, leur diversité raciale et ethnique - soient poussées hors Québec, le rêve de Bouchard entrera en collision avec la réalité. Quand elles seront parties, il aura enfin la nation qu'il souhaite, mais quelle sorte de nation ce sera?» «La question du peuple est pour les oiseaux», se moque Earl McRae dans The Ottawa Sun, imaginant toutes sortes de réponses référendaires, dont les suivantes: «Non, je suis un ouvre-boîte; un rouleau de papier de toilette; une poignée de porte; un suspensoir; une tranche de fromage Kraft... » The Calgary Herald évoque «le désespoir de Bouchard», disposé à en appeler au peuple si la Cour suprême ne reconnaît pas le droit du Québec à faire une déclaration unilatérale d'indépendance. Mais peut-être que des élections, comme le dit le ministre Stéphane Dion, permettront de clarifier les vrais enjeux. Dans The Vancouver Sun, Barbare Yaffe écrit que «le trait d'union porte atteinte à la fierté» d'être tous des Canadiens. «Il faut cesser de différencier les citoyens. Nous formons désormais un gros pays multiculturel, multilingue, multicolore, et à plusieurs facettes.» Dans une autre chronique, Yaffe pousse un soupir de soulagement à la lecture du récent «Canada Clock» du Fraser Instituts. Le compteur a été fixé à 11 minutes avant minuit. Ce qui est pas mal mieux qu'en avril: les coups de sonde indiquaient alors seulement six minutes avant minuit. The Telegraph Journal, de Saint-Jean (Nouveau-Brunswick), commente les propos de M. Parizeau dans l'Ouest, la semaine dernière, reprenant mot pour mot ses déclarations du 30 octobre 1995. Il est vrai qu'une solide majorité francophone serait suffisante pour faire l'indépendance du Québec. Mais cela ne compte pas compte tenu de la différence et suscite de l'appréhension. «M. Parizeau ne mérite peut-être pas d'être condamné comme un grand démagogue, mais il fait son possible pour le devenir. Des excuses seraient appropriées. Mais nous n'y comptons guère.» «Parizeau est assez franc pour dire carrément ce que des expressions doucereuses comme "société distincte" ou "caractère unique" tentent de maquiller, conclut pour sa part Andrew Coyne, columnist de Southam News. Le Québec ne peut prétendre être différent du Canada que dans la mesure où l'on supprime les différences à l'intérieur même du Québec. Ou ces minorités perturbatrices doivent être spécifiquement exclues de la définition de société québécoise - comme le fait Parizeau - ou, comme les premiers ministres [des provinces anglophones] le préfèrent, elles doivent être tout simplement ignorées. De toute manière, les implications ne sont pas jolies.» «M. Parizeau dit qu'il ne faisait qu'appeler un chat un chat quand il a parlé des communautés juives, italiennes et grecques. Sûrement, conclut Jennifer Robinson, dans The Gazette. Et chaque fois qu il ouvre la bouche, M. Parizeau nous rappelle de quel bois se chauffe le Parti québécois.» «Un nationalisme qui dit que tous les citoyens sont membres à part entière de la communauté, et qui agit en conséquence, est le meilleur qui soit, conclut The Globe and Mail en un édito intitulé «L'argent et les ethniques, deux ans après». «Ce nationalisme peut le mieux se développer dans un Canada uni, pas dans les deux petits États [statelets] fracturés qui résulteraient d'une sécession.» «Parizeau: un hypocrite d'hier, («Yesterdays bigot»), titre Marianne Meed Ward dans The Toronto Sun. «Il est temps qu'on arrête de l'écouter. Ses propres mots l'ont pendu depuis longtemps.» «Malheureux Jacques», titre The Calgary Sun. «A cause de son étroitesse d'esprit, de sa pétulance et de son hypocrisie, il [M. Parizeau] est destiné à ne laisser que le souvenir d'une verrue dans le visage de l'histoire canadienne. C'est peut-être la raison véritable pour laquelle il est si amer»
Jacques n'en finit plus de finir, se lamente The Calgary Herald. Il chancelle, mais il refuse de rester sur le plancher; il s'imagine que la troisième fois (référendaire) sera la bonne.
«Va prendre l'air», supplie Paul Stanway, dans The Edmonton Sun: «Merci pour la visite, M. Parizeau, et adieu. Ça n'a pas été agréable de vous revoir»
![]() |