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«Je choisis le Québec»Charest met en garde les Québécois
Jean Dion
«Ma décision est prise, je choisis le Québec», a déclaré M. Charest lors d'une conférence de presse particulièrement courue - les médias de tout le Canada et quelques-uns des États-Unis étaient présents - dans son fief de Sherbrooke. Et «c'est mon choix à moi», «un choix que j'ai fait avec mon cur», a-t-il tenu à ajouter en guise d'assurance du fait qu'il n'était le bras droit de personne. Quelques minutes plus tard, prenant la parole devant quelques centaines de partisans, il les a appelés à joindre le PLQ afin de «répéter à la grandeur du Québec ce qu'on a fait dans les Cantons-de-l'Est», à savoir le rapprochement entre gens de toutes couleurs politiques et toutes appartenances linguistiques. S'il choisit donc le Québec, M. Charest n'en a pas moins profité de ses exposés pour mettre vigoureusement en relief ses convictions fédéralistes et annoncer l'une de ses intentions les plus fermes: «éviter un nouveau dérapage référendaire». Il a relevé à plusieurs reprises l'absence de contradiction, à ses yeux, entre le fait d'être Québécois et Canadien, et a lancé ses premières attaques bien senties contre le gouvernement péquiste, allant jusqu'à prédire que Lucien Bouchard reviendra sur sa parole de tenir un autre référendum si le PQ l'emporte aux prochaines élections. «Premièrement, au moment même où je m'adresse à vous, le gouvernement du Parti québécois s'est mobilisé pour me discréditer personnellement. La population du Québec sera soumise à un épisode d'inflation verbale sans précédent. Deuxièmement, Lucien Bouchard prépare déjà, fidèle à sa marque de commerce, un nouveau virage. Il cherchera par tous les moyens à vider le Parti québécois de sa raison d'être en évacuant sa promesse solennelle de tenir bientôt un nouveau référendum», a lancé M. Charest. Interrogé sur les raisons qui l'incitaient à parler ainsi, le chef du PC - sa démission prendra effet le 3 avril - a répondu: «Je connais Lucien Bouchard. [...]. Il sait qu'une majorité écrasante de Québécois ne veulent pas d'un autre référendum, et il prépare un changement de stratégie. Quant à savoir si le PQ se mettra à genoux devant lui, on verra.» De concert avec cette tentative initiale de renvoyer dos à dos le chef du PQ et l'aile la plus militante du parti, M. Charest a pris soin d'énumérer les conséquences nuisibles des «vieilles querelles, [des] interminables chicanes cultivées et entretenues par les leaders souverainistes [et qui] épuisent nos énergies», et prévenu l'électorat de ne pas se laisser berner puisque «l'astuce qui s'annonce, plutôt que d'éliminer l'incertitude politique, aura exactement l'effet contraire: celui de garantir un contexte permanent de ralentissement et d'incertitude économiques». Au delà de la question constitutionnelle, il n'a toutefois guère fait allusion à la politique provinciale comme telle, sinon pour évoquer les faibles prévisions de croissance du Québec pour 1998, son «niveau record de pauvreté» et la «grave crise dans notre système de soins de santé». Et dans l'intention visible d'amadouer les nationalistes modérés, il a ajouté avoir l'intention de «toujours défendre avec fermeté les responsabilités de l'Assemblée nationale du Québec». «Je veux dire haut et fort que le Québec n'a pas de permission à demander à quiconque pour être ce qu'il est», a-t-il lancé. Au plan idéologique, Jean Charest a réitéré sa conviction qu'il pouvait vivre avec le programme du PLQ. Celui-ci et le PC, a-t-il précisé, «sont depuis longtemps des alliés naturels sur de nombreux sujets fondamentaux», qu'il s'agisse de l'appui au libre-échange ou à l'Accord du lac Meech ou de l'opposition au renvoi fédéral devant la Cour suprême des questions afférentes au droit du Québec à une démarche d'indépendance unilatérale. Après deux semaines d'intense réflexion qui suivaient elles-mêmes une semaine passée à dire catégoriquement non à un passage au PLQ, M. Charest a donc cédé à la pression qui ne cessait de s'accumuler sur ses épaules afin qu'il aille se battre en duel avec M. Bouchard, un rival qu'il ne porte pas en odeur de sainteté depuis l'épisode, en 1990, du «rapport Charest» diluant Meech et de la démission à l'emporte-pièce de celui qui est aujourd'hui premier ministre. Il semble en effet le seul chef potentiel - les candidatures à la direction du PLQ sont ouvertes jusqu'au 30 avril, quoique le principal intéressé ne semble pas douter de son couronnement, ainsi qu'il l'a laissé échapper hier en disant: «Je deviens le chef du PLQ» - à pouvoir entretenir des chances légitimes de gagner les prochaines élections, qui auront lieu à l'automne 1998 ou au printemps 1999, et d'ainsi éviter ce qu'il appelle «un nouveau dérapage référendaire». Au sujet de ce refus initial qu'il avait exprimé sans détours, M. Charest a assuré que son enthousiasme à la perspective de diriger le PLQ serait tout de même sans failles. «Dans la vie, il faut faire face aux circonstances, et parfois, les circonstances changent. La réaction générale [à la suite de la démission de Daniel Johnson] a été beaucoup plus forte que tout ce à quoi nous nous attendions. Il restait à poser deux questions: qu'est-ce qui est bon pour ma famille, et où pourrais-je être le plus utile? La réponse s'est imposée d'elle-même.» Mais encore une fois, d'un messie venu délivrer le Canada, pas question. «Certains voient en ma candidature une occasion de refaire l'unité canadienne. Je veux être très clair: le Canada n'a pas besoin de sauveur, il est plutôt en mal de leaders. [...] Mon leadership ne peut pas être un substitut à la responsabilité que nous partageons tous, qui est de faire fonctionner ce pays», a-t-il déclaré. La candidature de M. Charest officiellement annoncée, il reste maintenant à voir ce qu'il adviendra de l'engouement populaire manifesté à son endroit. Hier encore, un sondage Léger et Léger - Le Journal de Montréal - The Globe and Mail donnait près de 14 points de priorité (52,8 % des intentions de vote contre 39,4 %) sur le Parti québécois à un PLQ mené par Jean Charest. De même, le NON à un éventuel référendum prenait du coup, selon le sondage, une avance de 58 % contre 42 %. Mais M. Charest n'a à ce jour pris position sur aucun des grands enjeux provinciaux, et il ne fait aucun doute que le PQ l'attend avec un dossier fort bien documenté sur ses antécédents politiques et ses déclarations du passé. Et déjà, M. Bouchard ne s'est pas privé de rappeler que son futur adversaire est «l'homme d'Ottawa»; le week-end dernier, il l'a même identifié à un lieutenant du premier ministre Jean Chrétien.
La campagne au leadership de Jean Charest, sa deuxième en moins de cinq ans,
commence dès ce matin avec une tournée médiatique. Une tournée sur les
chapeaux de roues, soit dit en passant. Il accordera ainsi neuf interviews bien
comptées à la radio et à la télévision... avant 9h.
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