Charest offre la solution ...
et l'espoir aux Québécois

Gilles Lesage

LeDevoir 28 mars 1998



Jean Charest est la solution au «problème particulier du Québec» et il offre de l'espoir aux Québécois. Avec quelques bémols, la presse anglophone, après l'y avoir fortement incité pendant trois semaines, salue avec enthousiasme la décision du chef conservateur de venir faire la lutte aux séparatistes sur leur propre terrain.

«L'amour du Canada, la fierté envers le Québec, l'énergie de la jeunesse, un esprit qui regarde vers l'avenir, écrit d'emblée The Toronto Star en éditorial. Et le zèle pour combattre ceux qui veulent briser cette nation. Tout cela était dans le discours de Jean Charest hier [jeudi] soir en se portant candidat à la direction du PLQ. Il a démontré pourquoi il est le chef fédéraliste qui peut battre le PQ de Lucien Bouchard à la prochaine élection et rallier les Québécois pour un nouveau départ dans la Confédération.»

Dans le même Toronto Star, Richard Gwyn prévient qu'il ne faudra pas se surprendre que Charest prenne des positions pro-Québec une fois couronné chef libéral. Tous ceux qui l'adorent au Canada le détesteront peut-être, de la manière qu'ils abhorraient Robert Bourassa. Il faudra même faire des concessions au «caractère unique» du Québec. Mais c'est le prix à payer pour qu'il devienne premier ministre et mette ainsi fin au cycle sans fin des référendums.

«Les architectes de la véritable humiliation du Québec ne sont pas à Ottawa ou dans le reste du pays, écrit-il en éditorial, mais plutôt dans les élites politiques de la province. Elles ont présidé au déclin du Québec quant à la parité virtuelle avec l'Ontario en tant que moteur dynamique du progrès économique et social du Canada...» Après avoir analysé «le mal québécois» (en français dans le texte), le quotidien torontois estime que M. Charest ravive l'espoir des Québécois.

«Il arrive dans une province dont les citoyens ont leurs propres ambitions: éviter un autre référendum et l'éprouvante incertitude qui empêche le Québec de progresser et d'assumer sa place dans la nation. C'est M. Bouchard désormais qui doit faire face à la sombre réalité et au statu quo du séparatisme. Et c'est M. Charest qui parle d'espoir.»

Dans The Financial Post, Rafe Mair craint que, tout comme Bourassa naguère, Charest se fasse élire en promettant l'impossible («goodies») au Québec. Avec de tels amis, tonne l'animateur radio de Vancouver...

C'est aussi l'avis de John Robson qui, dans The Ottawa Citizen, raille sur la «mission implausible» (sic) de Jean Charest face au démagogue «Lucien» et à l'ogre de Québec inc. «Malheureusement, la route que vous devrez suivre au Québec est si inusitée qu'il vous sera impossible d'apporter quelques principes avec vous, si ce n'est quelques camarades.»

The Ottawa Citizen se moque également de Joe Clark, qui avait conseillé à son jeune successeur de rester à Ottawa. «Rappelez-vous que, dans le passé, le jugement politique de M. Clark lui a fait dire que des gouvernements minoritaires devraient se comporter comme des majorités, que des chefs avec deux tiers d'appuis partisans (son cas en 1983) devraient démissionner et que le pays avait besoin de l'accord de Charlottetown. S'il dit que c'est le temps de rester, c'est le temps de partir.»

Les populistes Sun, aussi bien celui de Toronto que celui d'Ottawa, se réjouissent du saut de Charest au Québec. Le premier écrit que tout ce qui le rendait faible à Ottawa - succès limité, sans lien avec plusieurs torys, en faveur de Meech et de Mulroney - devient une force pour lui au Québec et pour affronter un autre «mulroneyite»... Il aura besoin d'aide, car s'il faillit, il y a risque que le Canada sombre aussi. A Toronto, on prévoit que la lutte contre le séparatiste sera fort rude mais que Charest est capable de faire face à la brise.

A Saint John's, Terre-Neuve, par contre, The Evening Telegram met en garde contre le «culte fédéraliste» envers Jean Charest. «Si l'avenir de tout un pays dépend de ce qu'un tory fédéral change de parti et d'arène, il faut se demander ce qui nous garde unis.» Le columnist rive le même clou, évoquant la difficulté de cette province à se faire entendre dans l'Est. «Que l'affable et charmant M. Charest soit à Ottawa ou à Québec ne changera pas grand-chose. Il n'est pas un de nos amis.»

Plus près de nous, The Gazette salue l'opportunité - ou la chance? - de M. Charest, qui constitue déjà un adversaire formidable contre Lucien Bouchard. Il peut à la fois insuffler une nouvelle direction au PLQ et relancer sur des bases nouvelles le débat sur l'avenir du Québec. Ni Robert Bourassa ni Daniel Johnson, prétend le quotidien montréalais, ne savaient ce qu'ils pouvaient attendre du reste du pays. M. Charest le sait lui. Certes, il défendra les intérêts du Québec. «Mais il aura aussi l'habileté unique de travailler avec le reste du pays, y compris avec le gouvernement Chrétien à Ottawa, pour mettre fin au long isolement du Québec du processus politique canadien.»

Dans la même veine, le chroniqueur Paul Wells écrit que Charest a fait un excellent départ et donne le goût de partager son rêve d'un beau et grand pays qui s'appelle le Canada, ainsi qu'il a eu le courage de le clamer avec ferveur.

Chacun à sa manière, depuis des semaines, les chroniqueurs Norman Webster, Don Macpherson et Giles Gherson mettent en exergue les atouts du successeur de Daniel Johnson. Charest est le meilleur propagandiste qui soit pour sa propre cause, clame le premier. De gros nuages s'annoncent pour Bouchard, prédit le second, prenant en compte le fléchissement de la popularité du PQ et l'arrivée de Charest. Quant au troisième, il prévient que le nouveau chef libéral a une tâche capitale: faire en sorte que le PQ n'emprunte pas une voie d'évitement, mette en sourdine l'enjeu référendaire.