L'effet Charest, le facteur Dumont et la nouvelle donne politique au Québec
La lutte sera féroce pour le soutien de l'électorat nationaliste modéré La réélection du gouvernement Bouchard n'est plus assuré mais demeure possible
RICHARD NADEAU
Département de science politique,
Université de Montréal
JEAN-MARC LÉGER
Président de Léger et Léger,
Recherche et stratégie marketing
LeDevoir, 27 mars 1998
Quelle est l'image de Lucien Bouchard, de Jean Charest et de Mario Dumont au moment du couronnement virtuel du député de Sherbrooke comme chef du PLQ? Quels sont leurs principaux appuis? Quelle pourrait être la dynamique électorale au Québec au cours des prochains mois? Un sondage Léger et Léger effectué dans les jours qui ont précédé l'arrivée de Jean Charest sur la scène politique québécoise offre des réponses nuancées à ces questions. L'ampleur de l'effet Charest surprend, mais Lucien Bouchard possède encore une longueur d'avance chez les francophones, et bon nombre d'électeurs se reconnaissent dans la politique constitutionnelle de Mario Dumont. L'arrivée de Jean Charest a manifestement transformé la donne politique au Québec. La réélection du gouvernement Bouchard, que plusieurs estimaient acquise, n'est plus assurée. Mais elle n'est pas hors de portée non plus.
L'image des chefs
Trois questions ont été posées pour mesurer l'opinion des électeurs sur Lucien Bouchard, Jean Charest et Mario Dumont. Ces questions demandaient aux répondants lequel de ces chefs était le plus apte à défendre les intérêts du Québec, lequel présentait la position sur l'avenir du Québec la plus proche de leur propre position et lequel ferait le meilleur premier ministre.. Afin d'évaluer non seulement l'impact de l'effet Charest mais aussi celui du facteur Dumont, l'échantillon total a été divisé en deux sous-échantillons aléatoires. Dans le premier, le choix offert se limitait à Lucien Bouchard et à Jean Charest, alors que dans le second, le nom du chef de l'ADQ était aussi présenté aux répondants.
Les résultats du tableau ci-dessous montrent que confronté à la solution alternative Bouchard-Charest, les électeurs affichent une préférence pour la position constitutionnelle de l'ancien chef conservateur et apparaissent très partagés quand il s'agit de déterminer qui pourrait le mieux diriger le Québec et défendre ses intérêts (colonne 1). Ce portrait se modifie toutefois chez les francophones parmi lesquels Lucien Bouchard domine largement pour ce qui est de la défense des intérêts du Québec et de façon moins nette en matière de préférences constitutionnelles (colonne 3). L'effet Charest, s'il présente d'indéniables lignes de force et surprend par son ampleur, affiche certaines limites dans l'électorat francophone.
L'inclusion de Mario Dumont parmi les choix offerts montre que l'attraction exercée par le chef de l'ADQ n'est pas négligeable et, résultat intéressant que la mention de son nom fait reculer les appuis à Lucien Bouchard et Jean Charest dans les mêmes proportions (quatre points de pourcentage en moyenne pour l'ensemble de l'électorat et
six points chez les francophones; colonnes 2 et 4). Les résultats sur les positions constitutionnelles des chefs sont particulièrement intéressants. Le fait que près d'un électeur francophone sur six se reconnaisse dans la position de Mario Dumont et que les appuis à celle de Jean Charest se retrouvent surtout dans la clientèle libérale traditionnelle (83% chez les non-francophones et 56% chez les plus de 55 ans) laisse présager une lutte féroce pour le soutien de l'électorat nationaliste modéré, une lutte dont l'issue est encore incertaine.
La nouvelle donne
En neutralisant, pour le moment du moins, l'avantage que procurait au Part québécois la domination de Lucien Bouchard sur Daniel Johnson, l'arrivée de Jean Charest à la tête du PLQ a rendu la donne politique au Québec plus complexe et plus imprévisible. Il reste maintenant à voir ce qui adviendra de la popularité de Jean Charest lorsque sa période de grâce avec les médias sera terminée et que sa confrontation avec Mario Dumont et Lucien Bouchard prendra, en particulier dans le dossier constitutionnel, un caractère plus direct. A cette inconnue s'ajoute celle, probablement plus décisive encore, de l'évolution de la satisfaction envers le gouvernement. Le fait que la satisfaction actuelle envers l'administration Bouchard, environ 50% selon le dernier sondage Léger et Léger, se situe presque à mi-chemin entre les seuils qui dans le passé ont entraîné la victoire ou la défaite des gouvernements sortants ne fait qu'ajouter au caractère imprévisible de la conjoncture politique québécoise dans les mois à venir.
L'image des chefs politiques
L'image des principaux chefs politiques au Québec, selon Léger et Léger.
(Consultez le texte pour la signification des colonnes.)
| (1) | (2) | (3) | (4)
| | Sans | Avec | Sans | Avec
| | Dumont | Dumont | Dumont | Dumont
| Le plus apte à défendre les intérêts du Québec
Ensemble des francophones
| | Lucien Bouchard | 43 | 39 | 49 | 44
| | Jean Charest | 41 | 39 | 34 | 31
| | Mario Dumont | - | 10 | - | 11
| La position constitutionnelle la plus proche
| | Lucien Bouchard | 39 | 34 | 46 | 39
| | Jean Charest | 49 | 40 | 40 | 32
| | Mario Dumont | - | 12 | - | 14
| Le meilleur premier ministre
Ensemble des francophones
| | Lucien Bouchard | 41 | 36 | 47 | 42
| | Jean Charest | 45 | 41 | 39 | 33
| | Mario Dumont | - | 8 | - | 10
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Données d'un sondage Léger et Léger effectué entre le 19 et le 24 mars 1998.
Taille totale de l'échantillonnage: 1001. Tailles des sous-échantillons: 503 et 498.
Taux de réponse: 62%.

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