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Les cigales de SherbrookeL'énigme Charest a assez duré, au goût même de plusieurs fédéralistes.
J.-Jacques Samson
Des raisons plus profondes toutefois peuvent être cernées pour expliquer cette rentrée ratée que le PLQ présentait pourtant, ne l'oublions pas, comme leur lancement d'une « course effrénée vers la victoire aux prochaines élections. » D'abord la mollesse des propositions qui y ont été apportées en vue de débats entre les délégués. Les jeunes libéraux ont à maintes reprises au cours de leur histoire été de véritables et sympathiques agitateurs au sein de cette formation très pragmatique, obsédée par l'exercice du pouvoir. Qu'on se rappelle les prises de positions radicales sur l'aide sociale, les affrontements avec Claude Ryan sur les frais de scolarité ou plus récemment leur projet de révision du Code du travail. La naïveté rafraîchissante des résolutions suscitait un courant d'intérêt et forçait de saines remises en question dans le parti qui devait toujours composer avec une aile jeunesse qui détient 30 % des votes dans les congrès. Le dynamisme de celle-ci, son acharnement à défendre ses positions, ont toujours bien servi l'image du PLQ au niveau de la vitalité intellectuelle. Le tamisage préparatoire au congrès de cette année a cependant été si serré qu'il a totalement aseptisé le cahier des résolutions. Si les jeunes libéraux sont maintenant tous aussi modérés, prudents et patients que ce que révélaient leurs propositions sur les préoccupations des étudiants, aussi bien tous les intégrer immédiatement et dissoudre la commission jeunesse. De toute façon, dans pareil cas, elle ne serait plus aucunement représentative de l'ensemble des étudiants québécois. Des questions majeures ont par ailleurs été totalement esquivées, dont les orientations constitutionnelles de leur parti, les questions linguistiques, les relations avec les autochtones, l'environnement, les politiques énergétiques, les politiques sociales, etc. Comme si les jeunes au Québec n'étaient intéressés que par le régime des prêts et bourses. L'attrayante piscine à vagues qu'a toujours été un congrès de jeunes libéraux a été changée en eaux mortes dans lesquelles ne poussaient en fin de semaine dernière que les algues d'un électoralisme primaire. La Commission jeunesse du Parti libéral semble ne plus être qu'un rouage d'une machine électorale très traditionnelle. Les assises de Sherbrooke devaient en plus relancer Jean Charest. Or ce dernier, telle la cigale, n'a pas répondu aux attentes. Son discours politique n'était toujours pas plus étoffé qu'au printemps sur les politiques qu'il préconiserait pour l'emploi, les finances publiques de l'après-déficit, les relations fédérales-provinciales ou même... les relations avec les autochtones. L'attitude de Lucien Bouchard à Saskatoon appelait une prise de position claire et étayée de sa part sur le pouvoir de dépenser d'Ottawa. On l'attend encore. Il blâme ensuite le gouvernement Bouchard pour sa conduite du dossier des Micmacs, pour 24 heures plus tard endosser l'accord qu'il a conclu avec le conseil de bande et appeler lui aussi à la patience pendant le déroulement des discussions avec les élus de Listuguj. Même sur la politique jeunesse qu'il a promise, en réponse aux attentes de ses jeunes militants, il n'a pas su développer un contenu précis et original.
Comme Lucky Luke, Jean Charest peut tirer plus vite que son ombre comme
chef de l'opposition. Mais il rate la cible encore trop souvent et il chevauche
toujours en sifflotant avec insouciance dans l'Estrie, assuré que son charisme
légendaire lui procurera une victoire sur un plateau. L'énigme Charest a assez
duré, au goût même de plusieurs fédéralistes.
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