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Une recette pour Charest
J.-Jacques Samson
Jean Charest a peut-être évité la débandade annoncée par certains, mais il n'a pu, en quelques mois, réimplanter les libéraux auprès des populations francophones des régions, un préalable indispensable pour conquérir le pouvoir, avec le présent système électoral. Les libéraux fédéraux sont aussi coupés de cet électorat francophone, au Québec, qui se range massivement derrière le Bloc québécois depuis 1992. La nécessaire identification de l'électorat dans le programme d'un parti et dans ses principaux porte-étendards, pour obtenir son appui le jour d'un scrutin, n'a jamais pu être recréée. C'est dire comme le mal est profond. La première obligation des libéraux de Jean Charest est de savoir s'imposer comme de solides défenseurs des intérêts des Québécois. Il s'agit d'une notion difficilement palpable, qui relève pour beaucoup du champ du subjectif et des impressions, pour une majorité dans la population. Elle exige des ajustements clairs, au programme du PLQ et, du chef, des déclarations régulières à saveur nationaliste. Son attachement au Canada est déjà bien connu. Jean Charest devra aussi sillonner le Québec dans chacun de ses plis et replis, comme Robert Bourassa l'a fait entre 1982 et 1985. Pour se faire mieux connaître personnellement, exposer les orientations de son parti, mais surtout pour écouter. Tendre l'oreille aux ouvriers, producteurs forestiers, agriculteurs, groupes communautaires, associations étudiantes, et non seulement aux clientèles déjà gagnées des chambres de commerce locales. Il devra imposer à ses députés de faire de même, systématiquement, comme Gérard-D. Levesque l'avait exigé lorsqu'il a assuré l'intérim après la démission de Claude Ryan et entrepris la reconstruction de son parti. Donner par la suite beaucoup de temps de glace, à l'Assemblée nationale, aux francophones de son équipe, en qui la population se reconnaîtra par le choix des préoccupations qu'ils véhiculeront. À combien de reprises, ces quatre dernières années, les députés libéraux ont-ils eu l'air complètement déconnectés, à la période des questions à l'Assemblée ? Le PLQ s'est souvent présenté comme une formation montréalaise obsédée par la défense des droits des minorités qu'elle représente. Les services des communications et de recherche du PLQ sont à rebâtir, sur les bases des mêmes préoccupations. Les médias régionaux doivent être alimentés de façon soutenue, mais aussi lus et écoutés avec attention. Le chef doit, en plus, recruter pour chaque région des directeurs de l'organisation politique expérimentés, qui mettront en place une structure pyramidale efficace et maintiendront une animation politique dynamique. Ils en profiteront pour stimuler des candidatures de personnes qui auront quelques années devant elles pour préparer le terrain et semer. Les militants convaincus doivent investir les directions de réseaux ou d'établissements où les usagers ont des sièges réservés.
La recette a déjà été vérifiée. Il s'agit d'un travail ingrat, très exigeant, qui
demande une grande disponibilité et beaucoup de détermination. Dilettante,
prière de s'abstenir. Le véritable test commence, pour Jean Charest.
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