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La Charte de la langue française était et est toujours l'expression de la ferme volonté des citoyens du Québec et du gouvernement d'affirmer que le peuple québécois est et demeurera un peuple de langue française et de garantir l'usage et l'avenir de la langue française dans tous les domaines de la vie publique et privée. La Charte affirmait et affirme toujours que le fait de donner à la langue française le statut de langue officielle unique n'exclut pas le maintien des langues autochtones et de la langue anglaise, soit comme langue de la minorité anglophone, soit comme langue de grande diffusion. L'adoption de la Charte de la langue française était l'aboutissement d'un long processus de mise au point de chacun de ses chapitres et articles. La loi avait été préparée avec un grand souci de réalisme et adoptée dans le plus strict respect de la démocratie: dépôt d'un livre blanc où les grandes lignes de la future politique étaient clairement exposées, large consultation, commentaires et analyses par tous les médias, tenue d'une commission parlementaire où tous les intéressés avaient pu exprimer en toute liberté leurs opinions, débat entre les députés à l'Assemblée nationale et vote. Aujourd'hui, c'est avec le même respect de la démocratie et à la suite d'une évaluation de la situation actuelle de la langue française que le gouvernement du Part québécois, dirigé par le premier ministre Lucien Bouchard, a apporté certaines modifications à la Charte de la langue française, notamment le rétablissement de la Commission de protection de la langue française, moyen le plus efficace et le plus normal de voir à ce que la loi soit respectée, et de nouvelles dispositions relatives au commerce des produits informatiques, dont on ne parlait guère il y a vingt ans. Ainsi, la Charte de la langue française se modifie au fil de l'évolution de la société ambiante, québécoise et mondiale. L'essentiel est que demeure ferme et constante la volonté d'inscrire dans les faits que le français est la langue officielle du Québec. La Charte de la langue française a profondément modifié la société québécoise. La langue française y a repris ses droits et sa place dans le monde des affaires et de la finance, dans les activités industrielles et commerciales, dans l'affichage public. Personne aujourd'hui, à la manière d'autrefois, ne peut soutenir que la langue française est une langue de seconde zone, peu apte aux choses sérieuses. Grâce à la Charte de la langue française, les Québécoises et les Québécois sont présents à tous les échelons de la hiérarchie dans les grandes entreprises et les écarts de revenus entre francophones et anglophones, autrefois favorables aux anglophones, ont pour l'essentiel disparu. La langue française peut maintenant assurer le succès économique de ses locuteurs, à la différence de naguère. Les enfants d'immigrants vont à l'école française depuis vingt ans. Ils sont ainsi plus enclins à s'intégrer à la majorité francophone et contrebalancent la plus difficile insertion linguistique des adultes. Surtout, l'état d'esprit des Québécois s'est transformé. Ils ont aujourd'hui pleine confiance en la langue française, parce qu'elle est devenue utile, performante, moderne. Ils peuvent et veulent l'utiliser dans toutes leurs activités personnelles et professionnelles. Cette assurance les incite davantage à l'étude et à l'usage de la langue anglaise. Pour eux, ces langues leur ouvrent l'accès à deux grands univers culturels et scientifiques, de même qu'à tous les grands marchés d'affaires. La Charte de la langue française n'a laissé et ne laisse personne indifférent, et de grands courants d'opinion ont sillonné et sillonnent toujours la société québécoise à son sujet. La majorité des Québécois demeurent profondément attachés à la Charte, qui leur apparaît comme la meilleure garantie de leur avenir au sein d'un Québec de langue française. Ils sont, en conséquence, attentifs à toute tentative d'y porter atteinte. Autant ils sont favorables au bilinguisme et même au plurilinguisme individuel, autant ils sont réfractaires à toute forme de bilinguisme institutionnel. Les Québécois de langue anglaise, de manière générale, n'acceptent pas sans réserves les transformations de la société québécoise provoquées par la Charte de la langue française. Une minorité des leurs, petite mais très visible et très agissante, nourrit ici et à l'étranger une propagande hostile, parfois haineuse, contre le Québec. Personne n'en tire profit, ni les francophones, ni les anglophones. La Charte de la langue française n'est pas une loi de transition, mais au contraire une loi à portée constitutionnelle, qui a pour objet de définir le Québec comme une société de langue française. Elle a largement corrigé les effets de la prédominance de l'anglais due à des raisons historiques évidentes et à la façon dont s'est réalisée l'industrialisation du Québec au siècle dernier. Aujourd'hui, la Charte de la langue française permet d'intervenir dans le monde des nouvelles technologies de la communication pour y assurer l'usage de la langue française comme dans tous les autres domaines, et ce, afin que le Québec puisse entrer de plain-pied en français dans une nouvelle ère dominée par l'économie du savoir. Longue vie à la Charte de la langue française! La vingtaine atteinte, qu'elle demeure rayonnante, dynamique, présente dans notre vie quotidienne, bénéfique à tous les citoyens du Québec.
Au rappel de sa courte et tumultueuse existence et à l'occasion de son vingtième anniversaire, je formule le voeu que se maintienne constante et vigilante une opinion publique favorable aux objectifs et aux dispositions de la Charte de la langue française, parce que je suis profondément convaincue que c'est là la meilleure garantie de son intégrité et de l'existence d'un Québec de langue française, comme je suis convaincue aussi que c'est sur la qualité de cette langue que doit porter l'essentiel de notre engagement collectif.
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