En français, c'est normal
«La langue est au coeur de l'identité d'un peuple»
(Camille Laurin).
Le mouvement Partenaires pour la souveraineté m'a fait l'honneur de m'inviter, comme l'un des «101», au lancement de la campagne de sensibilisation à l'occasion du 20e anniversaire de l'adoption de la Charte de la langue française. Le thème de la campagne: «Au Québec, en français, c'est normal».
Le père de la loi 101 n'était pas invité «afin de préserver le caractère apolitique de l'organisme» (Le Devoir, 25 août).
Si c'est ce qu'on voulait, c'est réussi! Des 12 orateurs pressentis, seul Guy Bouthillier a souligné l'absolue nécessité d'un «Socle politique» pour la sauvegarde de la langue, et parmi la trentaine d'interventions spontanées qui ont suivi, seules celles de la veuve du regretté Gaston Miron et la mienne ont tenté de politiser le débat en soulignant la nécessité pour le peuple québécois de se donner un pays s'il veut assurer la survie et l'épanouissement de sa langue.
Quoi de plus «normal», en effet, que de décider que nous voulons vivre en français dans «notre» pays? Mais aussi, quoi de plus «normal» que ce soit l'anglais qui prenne graduellement le dessus dans un pays, le Canada, où le français, jadis «toléré» comme élément folklorique «very interesting», est maintenant haï, ne nous y trompons pas, comme un mal à abattre.
Demandez aux francophones de l'Ontario qui viennent de perdre la bataille pour le maintien d'un seul hôpital francophone dans cette province.
En serions-nous au point où nous aurions peur d'associer la lutte pour la souveraineté à la lutte pour la survie et l'épanouissement du français au pays du Québec? Y aurait-il eu divorce, quelque part?
Emile Boudreau
Montréal, 25 août 1997
Le Devoir du 30 août 1997

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