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La situation du français au QuébecJean Charest tire la langue à la loi 101Le candidat à la chefferie du PLQ épouse exactement les positions des dénigreurs traditionnels de la Charte de la langue française. Se préoccupe-t-il de la survie du français en Amérique du Nord? Ex-président de l'Office de la langue française, ex-président de la Commission de protection de la langue française et auteur des ouvrages L'Office de la langue française de 1961 à 1974 et L'Action internationale du Québec en matière linguistique - Coopération avec la France et la Francophonie de 1961 à 1995
LeDevoir 8 avril 1998 Dès le lendemain de son acte de candidature à la direction du Parti libéral du Québec, Jean Charest s'interroge sur le cas du «bureau de surveillance» (sic) et se demande si nous en avons besoin. Il ajoute, selon Le Devoir des 28 et 29 mars 1998: «Je ne suis pas très enthousiaste à l'idée que des gens se promènent avec leur règle à mesurer pour essayer de déterminer la grandeur des lettres sur les affiches. C'est là l'une des choses sur lesquelles je me pencherais. Je crois qu'il faut faire preuve d'une grande sensibilité lorsqu'il est question de droits des minorités. C'est un test pour une société moderne que de se montrer respectueuse de ces droits. Il y a des irritants en ce qui concerne l'application de la loi.» Voilà comment Jean Charest affiche ses couleurs au sujet de la question linguistique au Québec. On voit tout de suite de quel côté il penche spontanément. On ne trouve dans cette déclaration aucune préoccupation, aucune sensibilité au sujet de la position précaire du Québec et de la langue française en Amérique du Nord, au sujet de la condition de minorité du peuple québécois au sein de ce vaste ensemble à prédominance anglo-saxonne que constituent les Etats-Unis et le Canada, Jean Charest épouse exactement les positions des dénigreurs traditionnels de la Charte de la langue française. Il ne semble pas du tout habité par le souci de renforcer le moindrement cette loi et les organismes chargés de son application, afin d'assurer une meilleure protection à la seule langue menacée au Canada.
L'idée selon laquelle les Québécois francophones souffrent depuis toujours, dans le domaine linguistique, de conditions qui sont beaucoup plus que des irritants ne l'effleure même pas. Est-il au courant des problèmes auxquels sont confrontés les travailleurs qui ne sont pas embauchés, qui ne sont pas promus ou qui sont congédiés du seul fait qu'ils ne savent pas l'anglais, même lorsque la connaissance de cette langue n'est pas nécessaire à l'exercice de leur fonction? Se fait-il du souci au sujet de l'absence trop fréquente de français dans l'étiquetage des produits et dans le monde de l'informatique? Considère-t-il que les droits linguistiques fondamentaux énumérés au chapitre II de la Charte de la langue française (notamment celui d'être informé et servi en français et celui de travailler en français) sont moins importants que celui de faire de la publicité commerciale en anglais? Accepte-t-il que le droit pour une multinationale de faire de la publicité commerciale en anglais soit mis sur le même pied que la liberté d'expression dans les domaines politique et religieux, soit traité à l'égal du droit d'association et de la liberté de conscience, qui, eux, sont de véritables droits et libertés fondamentaux reconnus universellement aux individus, aux personnes physiques? Sait-il que, près d'un quart de siècle après l'adoption de la Loi sur la langue officielle, beaucoup d'entreprises qui devraient en avoir depuis de très nombreuses années n'ont pas encore de programme de francisation? Lui est-il venu à l'esprit que dans beaucoup de domaines, on n'utilise pas encore la terminologie française? A-t-il l'intention d'accorder des moyens additionnels à l'Office de la langue française pour que celui-ci puisse, de concert avec les entreprises et d'autres acteurs, créer les néologismes qui font cruellement défaut dans plusieurs secteurs de pointe? Jean Charest devrait savoir que c'est le Parti libéral du Québec, s'inspirant en cela d'un jugement de la Cour suprême, qui a fait voter par l'Assemblée nationale l'abolition de la règle générale (comportant beaucoup d'exceptions) de l'unilinguisme français pour la remplacer par celle du bilinguisme dans l'affichage public et la publicité commerciale, en y superposant celle de la prépondérance du français. Est-il pour ou contre le maintien de cette règle? S'il est d'accord avec son nouveau parti sur la pertinence de cette règle, comment s'y prendrait-il pour la faire appliquer? Il arrive trop souvent - c'est un phénomène bien connu - que des personnalités politiques, après avoir voté une loi qui leur crée ensuite des problèmes, essaient de faire retomber le blâme sur les fonctionnaires (qui de toute façon travaillent sous leur contrôle) au lieu d'assumer eux-mêmes la responsabilité de leurs erreurs. L'application de la Charte de la langue française, même si elle est faite de la meilleure façon imaginable, soulèvera toujours des critiques, car la plupart de ses dénigreurs traditionnels n'ont jamais accepté et n'accepteront jamais le principe même d'une législation linguistique. Une politique linguistique doit, dans certains domaines comme celui de la francisation des entreprises, faire une large place à la négociation, mais elle ne peut pas se passer d'une législation qui - comme toutes les lois - prévoit des sanctions. Même si la situation a changé considérablement depuis une vingtaine d'années, il reste tellement de choses à faire qu'il ne faut pas s'endormir. On doit sanctionner ceux qui s'obstinent à ne pas respecter la loi.
L'essentiel des améliorations considérables qui se sont produites au cours des dernières années n'auraient pas vu le jour s'il n'y avait pas eu au Québec une loi linguistique énergique et des organismes publics chargés d'en encadrer sérieusement l'application. N'oublions pas par exemple qu'avant l'entrée en vigueur de l'article 58 de la Charte de la langue française, le 11 septembre 1981, il y avait à peine 5% de français dans l'affichage public et la publicité commerciale à Montréal. Le rôle de la Commission de protection de la langue française dans les changements qui se sont produits par la suite dans ce domaine a été déterminant.
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