Bouchard en assez des excès
de la «police de la langue»

Charles Côté

26 mai 1998



QUÉBEC, Reuters - Le Premier ministre du Québec Lucien Bouchard veut que la Charte de la langue française soit appliquée dans son intégrité, mais sans excès de zèle dommageable selon lui pour les relations communautaires et l'image du Québec à l'étranger.

«On ne changera pas la loi ni la réglementation. Mais il ne faut pas l'appliquer plus durement qu'elle ne l'est», a indiqué mardi M. Bouchard lors d'un point de presse.

Les propos de M. Bouchard surviennent quelques jours après son retour des États-Unis, où il s'est employé à dépeindre le Québec, et en particulier Montréal, comme une terre bilingue.

M. Bouchard s'est défendu de tenir aux Américains des propos qu'il ne pourrait défendre devant ses militants.

«Le territoire québécois est une région très bilingue. Ceci étant dit, la langue officielle du Québec c'est le français. Les institutions sont francophones», a-t-il dit.

Lundi, le chef libéral Jean Charest a demandé à M. Bouchard de s'expliquer à ce sujet. Dans un discours prononcé aux États-Unis, M. Bouchard se félicitait de ce que 50% des Québécois 60% des Montréalais et 80% des cadres et ingénieurs de la métropole étaient bilingues.

«On pratique ce qu'on dit et on dit ce qu'on fait. C'est nous qui avons modifié le curriculum scolaire pour que l'apprentissage de la langue seconde commence dès la troisieme année du primaire», a-t-il souligné.

Quant au français langue officielle, M. Bouchard s'est montré agacé par deux incidents récents implicant la Commission de protection de la langue francaise, chargée de l'application de la Charte.

«Prenez dans le cas des logiciels. Les premières informations étaient erronées, elles allaient plus loin que la loi. Apres ça a été rectifié, mais le mal était fait dans l'opinion publique», a-t-il déploré.

Les employés d'une entreprise de l'ouest de Montréal ont engagé l'avocat Julius Grey pour se plaindre du fait de devoir travailler avec les versions françaises de logiciels.

En fait, la loi oblige les employeurs à mettre la version française à la disposition de leurs employés, lorsqu'elle existe, parallèlement à la version anglaise. L'affaire n'a finalement pas eu de suite.

Un autre cas semble avoir irrité M. Bouchard est celui de l'affichage dans le quartier chinois de Montréal.

«Il n'a jamais été question d'enlever le chinois des affiches. Il a été question du français prépondérant, mais la communauté chinoise est très particulière.... L'office a arrêté le dossier et a entrepris des discussions avec des représentants de la communauté. On devrait trouver une solution à l'intérieur de la loi», estime M. Bouchard.

M. Bouchard a lancé un appel à la modération aux responsables de la CPLF.

«Ils appliquent une loi qui est délicate. Chaque geste a des répercussions. Les répercussions font mal, surtout du point de vue des perceptions», a-t-il dit.