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Dear George
Michel David
LeSoleil 26 février 1998
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Mr. George McEvoy
Columnist
The Palm Beach Post
Florida, USA
Dear George, c'est sans grande surprise que j'ai pris connaissance de la chronique que vous avez
publiée dans le Palm Beach Post, le 11 février dernier, sous le titre " In Montreal, please excuse my English ".
Depuis le temps que je suis dans le métier, j'ai appris que certains journalistes jugent inutile de
s'informer avant d'écrire. On ne sait jamais, les faits pourraient nous donner tort.
Je peux me tromper, mais la lecture de votre chronique me donne l'impression que vous n'avez
pas passé beaucoup de temps au Québec, si jamais vous y avez mis les pieds.
Rassurez-vous, vous n'y mourrez pas de faim parce vous êtes incapable de lire le menu dans les
restaurants. Ils sont généralement bilingues. Et contrairement à ce que vous croyez, la " gestapo
gauloise ", comme vous appelez la Commission de protection de la langue française, autorise
l'utilisation du mot "ravioli ".
Je sais que nos amis américains ont parfois avoir de la difficulté à concevoir qu'il puisse y avoir
en Amérique du nord des gens qui tiennent à parler autre chose que l'anglais.
Vous-même semblez surpris qu'en France, les chauffeurs de taxi et les concierges ne parlent pas
l'anglais. Non, George, ils ne refusent pas de vous répondre dans votre langue, ils ne la parlent
pas. Incroyable, n'est-ce pas ?
Ça ne vous viendrait pas à l'idée qu'en France, c'est peut-être vous qui devriez faire un petit
effort pour parler français ? Vous savez, un peu de gymnastique intellectuelle n'a jamais tué
personne.
Au Québec, il y a environ 6 millions de francophones, qui sont entourés de 300 millions
d'anglophones, dont la culture domine la planète. Avec ces chiffres et un peu d'imagination,
vous devriez comprendre qu'une certaine protection est nécessaire. Dire que dans certains États
américains, on s'inquiète de la progression de l'espagnol...
Il est vrai que la loi 101, telle qu'adoptée en 1977, interdisait l'affichage commercial dans une
langue autre que le français. Si vous aviez pris la peine de vérifier, vous auriez cependant
découvert que cette loi a été considérablement adoucie depuis. L'affichage bilingue est
parfaitement légal, pour autant que le français soit " nettement prédominant ".
Vous avez raison, George, le Canada possède depuis 1982 une Charte des droits qui garantit la
liberté d'expression au même titre que votre Bill of Rights. Sans doute ignorez-vous que le
Québec a aussi sa Charte des droits, qui est même antérieure à celle du Canada.
Là où vous faites erreur, c'est quand vous écrivez que la loi québécoise sur la langue viole la
Charte. C'est précisément pour respecter la Charte que la loi a été modifiée. C'est même la Cour
suprême du Canada - oui, nous avons aussi une Cour suprême - qui a suggéré le principe de la "
nette prédominance " du français dans l'affichage.
Avant d'aborder le cas du quartier chinois de Montréal, qui semble être à l'origine de votre
chronique, je voudrais vous soumettre quelques considérations d'ordre général sur les supposés
malheurs de la communauté anglophone du Québec.
Mon cher George, je vous défie de trouver, n'importe où dans le monde, une minorité qui
possède un réseau aussi développé d'hôpitaux, d'écoles, d'universités, subventionné par l'État.
Sans parler des stations de radio, de télévision, etc.
Vous l'ignorez peut-être, mais il y a autant de francophones dans le reste du Canada qu'il y a
d'anglophones au Québec. Et savez-vous quoi ? On a décidé de fermer leur seul hôpital
universitaire. Leurs enfants s'assimilent à un rythme affolant parce qu'ils ne peuvent pas étudier
en français. De toute façon, ils ne trouveront pas de travail en français. Bref, ils vont disparaître.
Vous ne trouvez pas ça terrible, George ?
Venons-en maintenant au quartier chinois. Je ne sais vraiment pas où vous êtes allé chercher que
nous voulions effacer toute présence du chinois dans l'affichage ou les menus. Rassurez-vous,
personne ici ne croit le français menacé par le chinois.
Il est vrai que les caractères chinois posent certaines difficultés dans l'application de la " nette
prédominance " du français. C'est pourquoi le gouvernement " séparatiste " au pouvoir à Québec
envisage d'en exempter les commerces chinois.
N'en prenez pas ombrage, mon cher George, mais j'ai toujours du mal à m'empêcher de sourire
quand un Américain prétend se faire le défenseur de la diversité culturelle.
Ne vous inquiétez surtout pas, les restaurants thaïlandais pourront continuer eux aussi à servir les
délicieux yum woon sen, nam sod et autres tom ka goong que vous affectionnez, sans être
inquiétés par la " police de la langue ".
Pendant que nous y sommes, il n'y a pas de " police de la langue ". La loi est administrée par un
petit nombre de fonctionnaires, dont l'efficacité est d'ailleurs assez relative.
Comme plusieurs de vos compatriotes, vous semblez croire que les francophones d'ici et
d'ailleurs ne rêvent que de cuisses de grenouilles. Si vous nous faites un jour l'honneur de votre
présence, vous pourrez constater qu'elles sont beaucoup plus difficiles à trouver que les
McDonald's. De toute façon, vous serez mon invité.
Veuillez agréer, mon cher George, l'expression de mes sentiments les meilleurs.

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