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À n'en pas douter, la proportion des francophones dans l'île de Montréal diminue depuis le milieu des années 1980. Malgré une stabilité autour de 60% aux recensements de 1976, 1981 et 1986, nous avons prévu en 1989 une baisse de la proportion des Montréalais de langue maternelle française jusqu'à 56,5% en 1996. Confirmée aux recensements de 1991 et de 1996, cette diminution fut plus rapide que ce que l'on pouvait entrevoir. En effet, elle amenait les francophones à 56,8% dès 1991. En 1996, la population de langue maternelle française de l'île de Montréal ne comptait que pour 53,4% des résidants. Par contre, selon la langue d'usage à la maison, on obtenait une majorité de francophones un peu plus élevée, soit 55,6% de la population. Les facteurs en cause sont nombreux: hausse de l'immigration internationale, forte concentration de celle-ci dans l'île de Montréal, faiblesse de l'immigration francophone, étalement urbain des Montréalais francophones vers la couronne, supériorité de la fécondité des allophones, etc. L'immigration internationaleA la fin des années 1980, le Canada a opté pour une forte hausse de l'immigration internationale, politique que le Québec a suivie sans toutefois atteindre sa quote-part. Entre 1986 et 1995, l'immigration internationale au Québec a augmenté de 79% par rapport à la période décennale précédente, dépassant en nombre absolu (346 000) le sommet des années 1950 (330 000). Toujours fortement concentrée dans la région métropolitaine de Montréal, surtout dans l'île, l'immigration ne compte généralement que quelques milliers de personnes de langue maternelle française. Composée à plus de 90% de non-francophones - dont moins de 40% connaissent le français -, l'immigration internationale assure, pour une large part, une rapide croissance démographique des langues tierces (les allophones). L'étalement urbainDans une étude que le Conseil de la langue française publiera bientôt, nous décrivons les migrations des groupes linguistiques entre les régions du Québec. La période quinquennale 1991 a été, pour les francophones de l'île de Montréal, un point tournant dans l'accélération de leur déplacement vers la périphérie. Tandis qu'au début des années 1980, la population francophone de l'île de Montréal compensait ses pertes (101 400) avec le reste du Québec, elle accusait, entre 1986 et 1991, un déficit de plus de 68 000 personnes. Manifestement, l'étalement urbain a affaibli les francophones dans l'île de Montréal à partir du milieu des années 1980. Dans les milieux scolaires de l'île de Montréal, on observe les conséquences de ces migrations en faveur des banlieues, surtout dans les écoles à très forte concentration d'immigrants ou d'enfants de familles immigrantes. Le dénombrement des écoliers est l'équivalent, à peu de choses près, d'un recensement annuel portant sur la tranche d'âge 5-17 ans. Les écoliers francophones de l'île de Montréal perdent du terrain au sein de l'ensemble de la population scolaire, toutes langues d'enseignement confondues. En 1971-72, 63,8% des écoliers de l'île étaient de langue maternelle française. Quinze ans plus tard (année scolaire 1986-87), ils glissaient à 54,2%. Cette année (1998-99), les écoliers de langue maternelle française de l'île de Montréal ne forment plus la majorité absolue puisque les inscriptions donnent une proportion de 47,7% seulement. Toutefois, les données scolaires portant sur la langue parlée à la maison montrent une diminution plus lente de la proportion des jeunes francophones dans l'île de Montréal. De 55,8% qu'ils étaient en 1986-87, ils ont perdu quelques points pour atteindre cette année 52,2% des effectifs. Avec l'apport de transferts linguistiques précoces qui ne seront pas nécessairement maintenus aux âges adultes, ils forment une majorité absolue. Cependant, les projections de Marc Termote (1994 et 1996) indiquent, elles aussi, une tendance à la baisse de la proportion des personnes qui parlent français au foyer, tant dans l'île de Montréal que dans la région métropolitaine. Les transferts linguistiquesCertains s'étonnent que la baisse de la proportion des francophones dans l'île de Montréal se soit produite «malgré la loi 101». On cherche alors du côté des transferts linguistiques un facteur suffisamment favorable aux francophones de l'île pour neutraliser les effets négatifs de la plupart des phénomènes démographiques, en particulier ceux décrits plus haut. Comme l'a montré Charles Castonguay, l'adoption du français comme langue d'usage à la maison est en progression. Elle est surtout le fait d'immigrants accueillis au Québec après la loi 101, dont la langue maternelle est proche du français et qui sont arrivés au Québec en bas âge, profitant ainsi d'une scolarisation en français. Dans la région métropolitaine de Montréal, les allophones avaient choisi, en 1971, l'anglais dans une proportion de 74%, contre 26% pour le français; en 1996, ce rapport était réduit à 60% contre 40%. C'est une nette amélioration de l'attraction du français. Mais la loi 101 étant encore très jeune, ses effets indirects sur la langue d'usage à la maison dans l'ensemble des foyers allophones ne peuvent pas avoir déjà renversé le poids de l'histoire. Dans son ouvrage sur La Reconquête de Montréal (1997), le professeur Levine, de l'université du Wisconsin, se demande «si la tendance à la baisse du nombre de résidants de langue française est un signe avant-coureur de la "défrancisation" de l'île et de la région» (page 357). Bien que Levine reconnaisse le succès global de la loi 101 dans la vie publique (milieux du travail, des affaires, des services, des loisirs, etc.), il ne peut par ailleurs écarter la nécessité d'une masse critique suffisante de personnes ne faisant usage que du français à la fois dans leur vie publique et dans leur vie privée. Se refusant à donner une réponse définitive, il conclut tout de même, à l'instar du bilan gouvernemental de mars 1996, que la reconquête du français à Montréal demeure fragile.
En somme, la pérennité du français dans la vie publique de l'île de Montréal ne peut pas être assurée que par la loi 101. Elle dépend aussi de diverses autres politiques (notamment l'immigration et la lutte à l'étalement urbain) qui renforceraient le noyau de francophones qui demeurent dans l'île. Car autrement, l'usage du français dans l'espace public de l'île de Montréal dépendrait de plus en plus de personnes pour qui le français est une langue seconde et d'un important afflux quotidien de francophones en provenance de la couronne métropolitaine.
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