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Hommage à Gaston Cholette, un homme de mémoire
Ancien président de l'Office de la langue française et de la Commission de protection de la langue française
Nicole Roy
LeDevoir
28 juillet 1998 |
Alors que la classe politique prenait congé de la capitale nationale et que le Québec vivait entre parenthèses, passant d'un festival à l'autre, est parti tout doucement, entouré des siens, un homme de mémoire qui a pris congé définitivement de ce lieu terrestre qu'il a aimé et défendu jusqu'à la fin.
Nul mieux que Gaston Cholette qui, après une carrière comme témoin privilégié et acteur de premier plan au sein du gouvernement du Québec, ensuite comme simple citoyen à sa retraite, n'a participé au développement du Québec et de sa place dans le monde de la francophonie.
C'est après sa retraite que nos routes se sont croisées, plus précisément lors de la campagne référendaire de 1995. En effet, j'ai eu l'occasion à ce moment-là de faire avec lui plusieurs fois du «porte à porte», une tâche parfois bien ingrate mais qui se transformait en sa compagnie en un véritable plaisir. Cet homme qui avait exercé d'importantes fonctions (président de l'Office de la langue française de 1971 à 1974 et de la Commission de protection de la langue française de 198l à l986) expliquait humblement à ses compatriotes tout le parcours fait par le Québec depuis les années 1960 pour les convaincre que nous avions la capacité de gérer nos propres affaires.
Que de fois lors de ces rencontres l'ai-je entendu raconter le début des premières négociations avec les employés de l'État, non syndiqués l'époque, alors que le premier ministre Jean Lesage affirmait du haut de sa superbe: «La reine ne négocie pas avec ses sujets». A chaque fois, je l'écoutais sans me lasser et avec un plaisir renouvelé, car il était l'exemple même d'un homme de mémoire qui pouvait transmettre à ses concitoyens non seulement les connaissances sur son histoire, mais également la fierté de ce pays dont il avait vu l'évolution et à laquelle il avait participé de près. Cet homme se souvenait et la devise du Québec, «Je me souviens», était inscrite en lui.
Ce que cet homme de mémoire m'a appris également est de résister au plus grand danger qui guette les militants, soit la lassitude; après tant d'années d'engagement envers une cause qui nous tient à coeur, nous avons tous envie à un moment donné de décrocher et de passer à autre chose. Lui qui aurait pourtant bien mérité de rentrer dans ses terres et de profiter de la vie tout simplement avec sa famille, a continué avec détermination et sans relâche l'engagement fondamental qui a marqué sa vie.
Merci Gaston Cholette et reposez en paix à Saint-Joseph-de-la-Rive. Un jour, lorsqu'ils auront pris la décision d'assumer l'entière responsabilité de leur développement, les sujets québécois négocieront avec la Reine. Ce jour-là, tous ceux et celles qui vous auront connu se souviendront de vous qui avez, par votre profonde conviction et votre inlassable engagement, contribué à ce que le Québec prenne sa place sur l'échiquier mondial des nations.

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