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LA DÉRACINATION° Ou de la défrancisation des mots, des idées et des peuples °
Le Soleil " Tribune libre "
« La perte de l'âme est indolore » Ce ne sont pas d'abord les Étatsuniens qui occupent linguistiquement tout l'espace. Ce sont avant tout les Franciens - ou francophones : terme neutre jusqu'à l'asepsie - qui répugnent à leur propre idiome. Un Francien qui s'exprime essentiellement ou exclusivement en anglais sur inforoute, ou ailleurs, étale et déverse sur la Planète entière la volonté de sa propre dilution. Il dit haut, fort et loin - aux six milliards de Terriens - que sa langue est inutile, superflue, encombrante. Il invite tous ses congénères à ignorer celle-ci, et à ne surtout pas la connaître ou l'apprivoiser. L'aimer, moins encore. À quoi bon la francité, en concluront indubitablement tous les allophones, si dès labord cette francité se renie elle-même de son propre fond ? Nul nest dupe d'un pareil mépris. De soi. Il n'y a pire et plus tragique génocide d'une langue que celui qui se tentacule jusque dans le refus même de ses locuteurs de la parler. La strangulation de soi par la langue de l'« autre » : forme onanismique, pseudo-moderne et puissamment servile du baiser de Judas. Comme quoi la parole ne constitue pas toujours l'instrument de la Liberté. Elle en est parfois - tel laiguillon du scorpion se retournant contre lui-même - la ferme négation. Les assassins du français, ce sont les Français et nul autres. D'où qu'ils se licencent. D'où qu'ils se silencent. Avant qu'ils ne se signassent, enfin. Soulagés d'existence.
DaliéNation en DéraciNation RatiociNation sans DestiNation Non! La menace ne réside pas Dans la main ou la bouche de lAutre Ni dans sa volonté de mon trépas La mort est dans l'esprit qui est nôtre Car l'ennemi n'est pas tant qui écrase Que celui qui racinément s'écrase. Jean-Luc Gouin Ce 8 mars 1998 ![]() |