Canadian Dictatorship over Québec

Ou le Supplice de la Goutte d'encre

Jean-Luc Gouin

28.11.98

Publié simultanément dans Le Devoir et Impact-Campus (Univ. Laval) le 8 décembre 1998





À l'occasion des Élections du 30 novembre dernier, toutes les pages éditoriales des journaux québécois - de La Tribune de Sherbrooke à La Presse de Montréal, du Nouvelliste de Trois-Rivières à La Voix de l'Est de Granby, du Soleil de Québec à The Gazette of Mount Tréal, en n'excluant pas même Le Quotidien de Chicoutimi [!] ni d'ailleurs Le Droit à cheval sur la frontière outaouaise - ont invité leur lectorat, et l'ensemble des citoyens, à appuyer Jean Charest et son parti en vue de la constitution d'une nouvelle Assemblée nationale à Québec.

Tous sauf Le Devoir, avec ses maigres 30,000 copies journalièrement sur un total de plusieurs centaines de milliers chez ses concurrents - incidemment, le seul quotidien totalement indépendant et non inféodé à quelque individu ou fortune privée que ce soit.

Une pareille dictature de la presse écrite * révèle à l'envi une fois de plus, comme s'il en était nécessaire, combien la nation québécoise se voit encore et toujours 'saisie' comme une vulgaire masse informe, irréfléchie et, pour tout dire, parfaitement colonisée et malléable à souhait. Cette uniformisation laminante de l'opinion sous le diktat de deux richissimes magnats de la presse - les Canadians Paul Desmarais et Conrad Black (le pouvoir non élu, non imputable et strictement ploutocratique de quatre pieds fouleurs, non Québécois au surplus, sur une collectivité de plus de 7 millions de citoyens) - démontre tragiquement que le Québec ne vit toujours pas dans un régime authentiquement démocratique (lequel déborde le politique stricto sensu ). Ajoutons-y la très CiBiCienne Société Radio-Canada et L'actualité de Maclean Hunter (from Toronto too ), et nous avons sous les yeux, dans les oreilles et sur l'esprit une véritable chape de plomb asphyxiant la réflexion, la pensée critique, la liberté d'opinion.

Le Québec en Canada, manifestement, c'est un détenu en pénitencier. Aussi, avant d'être un mouvement du coeur l'Indépendance sera-t-elle d'abord - car elle sera - un acte d'intelligence et de libération. Et d'humaine raison bien simplement plus encore que de raison d'État.

Concitoyens, sommes-nous un peuple ou un vulgaire sac de billes ???

* Tout de même moins outrancière et ridicule, faut-il nuancer, que celle qui prévaut en Canada anglais - où le souverainiste québécois type (moi-même par exemple) est présenté, jour après jour, page après page, comme un «demeuré» complètement désinformé et endoctriné par nos Lucien Bouchard et autres Pierre Bourgault bouffant de l’anglais au p’tit déjeuner. De fait, la Canadian Press constitue déjà en elle-même pour les Québécois un solide motif d’Indépendance politique... Comme quoi l’intolérantisme offre toujours quelque arme précieuse à l’adversaire. Ou ce qu’il croit être tel.

Jean-Luc Gouin