Hegel ou de la raison intégrale
Jean-Luc Gouin
1999

En complément: des commentaires

Un livre que je recommande
René DesGroseillers, psychanalyste

«Aimer Penser Mourir : Hegel, Nietzsche, Freud en miroirs»

«Être ou Peut-Être. Penser a(u)près (de) Hegel»

Montréal, Bellarmin, 1999, 2-89007-883-3, 232 p.

Cet ouvrage est une solide introduction à la pensée de Hegel. Il cherche en outre à ouvrir la chasse gardée de l'hégélianisme, véritable rocher de Sisyphe longtemps réservé à quelques rares et courageux guerriers du Grand Concept. Son pari : l'Idéalisme absolu constitue une ambroisie que tout «honnête homme» est en mesure, pour l'essentiel, de bien goûter.

«Le Commissaire et le Détective»
(recension de biographies sur Hegel par Jean-Luc Gouin)

«Un Hegel en 'Dialogue'»
(Courte recension, automne 2001)



  1. De quoi convaincre qu’il y a un plaisir de penser avec Hegel

    par Hubert FAES
    Revue philosophique de la France et de l’Étranger
    # 1148, Janvier 2003, p. 113

    Jean-Luc Gouin, Hegel ou De la raison intégrale, suivi de « Aimer Penser Mourir. Hegel, Nietzsche, Freud en miroirs », Préface de Jacques Dufresne, Montréal (Québec), Bellarmin, 1999.

    Voici un essai d’introduction à Hegel qui mérite de retenir l’attention et qui a des chances d’être fort utile à ceux qui ont besoin d’être stimulés en même temps qu’efficacement éclairés dans leur approche de la pensée de Hegel. L’A. se montre très humble et très reconnaissant à l’égard des grands traducteurs et commentateurs de Hegel; et, sans doute, n’aurait-il pas pu écrire l’essai qu’il propose sans eux.

    Mais il est aussi lecteur assidu et de longue date de Hegel et grand connaisseur de la littérature hégélienne et hégéliologique. Et il prétend introduire à Hegel d’une manière nouvelle, sans se contenter de le paraphraser ou de le présenter à la manière traditionnelle, c’est-à-dire comme un saucisson en lamelles. Il veut tenter ce que Hegel lui-même ne fait jamais, à savoir thématiser la matrice du penser hégélien, « cette matrice partout présente et préhensile sans jamais se rendre par elle-même totalement préhensible » (p.27). Après avoir présenté la raison comme totalité de sens à laquelle rien n’échappe, l’A. consacre son deuxième chapitre, le plus important du livre, à la structuralité de la raison, ce qu’il appelle le complexe sujet-négativité-résultat-réconciliation. Il expose en quelques pages l’articulation de ces notions avec un minimum de formalisme, mais en faisant comprendre leur sens.

    Le chapitre suivant donne quelque idée du déploiement de la raison et de la mise en œuvre de la matrice exposant la façon dont l’Être se déploie et revient à lui-même par et comme Esprit, et celle dont l’Esprit et sa liberté font de même par et comme État.

    Le chapitre 4 concerne la manière dont la pensée hégélienne a été accueillie et surtout critiquée sur des points importants comme le système, l’État ou Dieu, en faisant à chaque fois d’éclairantes mises au point. L’Appendice est un essai plus personnel, mais qui reste d’inspiration hégélienne, sur aimer, penser et mourir, où il apparaît que chacun de ces actes contient les deux autres et, par suite, leur ressemble.

    L’A. ne cache pas son enthousiasme pour ce qu’il a découvert chez Hegel; il ne dédaigne pas de faire entendre les échos des idées les plus profondes dans les chansons de ses poètes préférés et d’y ajouter le jeu de sa propre langue, de quoi convaincre qu’il y a un plaisir de penser avec Hegel.


  2. Un philosophe québécois

    […] On notera qu’un autre grand penseur allemand, Hegel, a été relativement peu fréquenté par les chercheurs québécois. Certes, il y a le volumineux Hegel de Charles Taylor publié en 1975, ouvrage [en partie] récemment traduit en français en 1998 aux PUL. Mis à part, cependant, quelques thèses de doctorat portant partiellement sur le difficile penseur, des chapitres d’ouvrages, comme ceux de Jean Theau, des articles ici et là dont le texte remarquable du père Garceau, paru, il y a 25 ans, dans le premier numéro de Philosophiques, on ne peut compter au Québec francophone qu’avec un très petit nombre de publications consacrées entièrement à l’œuvre hégélienne. Signalons la réflexion patiente, et solitaire, de Laurent-Paul Luc sur la philosophie de la religion et celle de Pierre Gravel*, déjà ancienne, sur l’Esthétique, et, parmi les jeunes chercheurs, le travail poursuivi depuis une dizaine d’années par Jean-Luc Gouin, philosophe exigeant, dont le fort et original ouvrage qui étudie la pensée spéculative de Hegel dans toute son ampleur [Hegel ou De la Raison intégrale], vient de paraître […].

    Extrait de : Josiane Boulad-Ayoub et Georges Leroux (UQÀM), « La Philosophie au Québec. De la discipline à la culture », in : Robert Lahaise (dir.), Québec 2000. Multiples visages d'une culture, lettre liminaire de Lucien Bouchard (Premier ministre du Québec), préface de Guy Rocher, en collaboration avec 22 spécialistes. Montréal, Les Cahiers du Québec, Hurtubise HMH, 1999, p. 246-247.

    * Pierre Gravel est décédé récemment des suites d’une longue et terrible maladie [NdJLG, printemps 2003].


  3. La Raison et la Liberté
    dans leur procès d’autodétermination

    par André Lécrivain Archives de Philosophie
    (http://www.ac-toulouse.fr/philosophie/revphi/adp.htm)
    (« Bulletin de littérature hégélienne XIII »), Paris, Vol. 65, Oct.-déc. 2002, p.705

    Jean-Luc Gouin, Hegel ou De la raison intégrale, suivi de « Aimer Penser Mourir : Hegel, Nietzsche, Freud en miroirs », Préface de Jacques Dufresne, Bellarmin, 1999.

    L’auteur, un chercheur québécois, nous propose ici un « essai d’introduction » à la globalité de la pensée hégélienne, en usant des propres instruments de celle-ci, c’est-à-dire des ressources de sa dialectique.

    Comme l’indique le titre, il convient d’abord d’exprimer la rationalité du réel, autrement dit de ressaisir la raison dans son procès d’autodétermination et d’autojustification. Cette structure de la rationalité peut être caractérisée par le cercle de notions que constituent le sujet, la négativité, l’absolu comme résultat et enfin la réconciliation, en tant que composantes fondamentales, selon l’auteur, de l’œuvre hégélienne. Ainsi, la raison ne serait autre que la « circulation du sens entre les choses » (p.79). Mais c’est dans le chapitre III que l’on trouvera les analyses les plus pertinentes, lorsque l’auteur s’attache à expliciter les catégories de liberté et d’État. On regrettera cependant qu’il ait reporté à plus tard un exposé sur l’Esprit absolu […].

    En revanche, dans la réflexion sur ce que J.L. Gouin nomme « l’hégélianité », ou encore l’héritage hégélien, on retrouve l’expression d’une compréhension lucide et valorisante de l’œuvre de Hegel, écartant la réduction au Même, en tant que l’Autre en est constitutif, revendiquant l’idée d’un système ouvert et affirmant la liberté comme procès de libération.

    Cet ouvrage comporte également un Appendice dans lequel l’auteur confronte les conceptions respectives de Hegel, de Nietzsche et de Freud à propos des notions d’AIMER, de PENSER et de MOURIR, en proposant au lecteur des remarques souvent originales et suggestives.

    ••• Autre notice bibliographique dans la Revue philosophique de Louvain (http://www.rfil.ucl.ac.be/) (Belgique) – Vol. 100, Novembre 2002, p. 849-850 – rédigée par Jean-Pierre Deschepper à la lumière de la présentation de l’éditeur Bellarmin en plat verso de l’ouvrage.


  4. Une singulière odyssée de l’Esprit.
    Hegel revisité.

    À propos de : Jean-Luc Gouin, Hegel ou de la Raison intégrale
    (Montréal, Bellarmin, 1999).

    Par Francine Gagnon

    Toute notre époque, que ce soit par la logique
    ou par l’épistémologie,
    que ce soit par Marx ou par Nietzsche,
    essaie d’échapper à Hegel.
    Michel Foucault

    D’entrée de jeu, le livre de Jean-Luc Gouin ne démentira pas ses prétentions: il s’agit bel et bien d’un essai d’introduction à la pensée de Hegel. Mais s’y ajoute aussi une rare enquête menée au coeur même de la logique dialectique hégélienne «depuis le vide de l’Être jusqu’aux formes les plus spiritualisées», tout en se tenant loin des interprétations hâtives qui ont plongé le philosophe «dans l’océan ténébreux de la pensée abstraite». On ne peut pas dire que ce type d’ouvrage ait inondé le paysage philosophique québécois. Il faut dire que la rumeur qui entoure le colosse penseur allemand a tôt fait de le disqualifier en raison du caractère labyrinthique, pour ne pas dire ésotérique, de ses écrits.

    Or, Gouin évite deux écueils qui ont pour effet de maintenir la barre haut lorsqu’il s’agit de pénétrer le Grand Oeuvre. Non seulement cheminerons-nous loin du ton grand seigneur de la monographie spécialisée mais nous esquiverons également les lourds exposés de la somme, laquelle juxtapose les idées sans faire comprendre le sens global de la pensée à l’étude.

    Au préalable, procédons à l’anatomie des quatre chapitres qui constituent les points de mire de l’auteur. Celui-ci entreprend son odyssée du comprendre à travers les oeuvres majeures de Hegel - mentionnons l’Encyclopédie, la Phénoménologie, la Philosophie du Droit et la Philosophie de l’Histoire*-, et ce qui singularise son approche, c’est justement la médiation à laquelle il soumet ces textes afin qu’ils dévoilent leur(s) essence(s).

    Il aborde le premier chapitre en situant le contexte philosophico-culturel auquel fut confronté Hegel et qui le conduira à opter résolument pour la raison, au lieu de céder à l’appel du «Sturm und Drang» tel que lancé par Schiller, Schlegel, Jacobi, Schelling etc., refusant ainsi de consentir à une forme d’irrationalisme romantique. Le second chapitre nous offre des clés pour mieux saisir les thèses du philosophe de la raison intégrale. Un quatuor de concepts: Sujet / Négativité / Résultat / Réconciliation servira à rendre cette pensée moins déconcertante, plus concevable. Par la suite, il montrera en quoi la réflexion de l’Être conduit à l’Esprit. L’Esprit ainsi défini présuppose que la raison s’ouvre et se fait dans le tissu du monde, d’où l’importance de la liberté qui est indissociable des conditions de réalisation de l’Esprit: «Le meilleur État est celui dans lequel règne le plus de liberté». Nous nous situerons d’emblée aux antipodes d’un Hegel considéré comme apologiste du totalitarisme. Le dernier chapitre clôt le bec aux nombreux détracteurs du philosophe qui ont voulu l’enfermer dans un système sans portes ni fenêtres: «telle une ombre, ce devenir ne saurait être capté ou emprisonné», la totalité n’étant jamais donnée ou reçue. À la toute fin, Gouin nous réserve un texte à la fois exigeant et émouvant: Aimer / Penser / Mourir. Il s’agit là de l’apport le plus personnel de l’auteur porté par un souffle lyrique peu commun, sans jamais altérer la rigueur qui sous-tend son propos.

    L’auteur me permettra d’emprunter sa propre grille d’analyse pour l’appliquer à son ouvrage, même s’il s’agit d’un détournement majeur. [...]

    * [Sans oublier, bien sûr, La Science de la Logique (Nd JLG)]

    Lecture à poursuivre dans la version imprimée
    de la vénérable revue québécoise Liberté, N° 250, Nov. 2000, p. 124-131.


  5. Commentaire de livre - Essai

    Commentaire de Laurent Laplante

    JEAN-LUC GOUIN, Hegel ou de la raison intégrale, Bellarmin, Montréal, 1999, 225 p.

    Liquidons les clichés : non, le livre ne doit rien à Harlequin ; oui, le livre est exigeant. On rougit de dire d'un livre qu'il doit, dirait Alberto Manguel, autant à son lecteur qu'à l'auteur, mais disons, s'il le faut, que le lecteur de Jean-Luc Gouin ne sera pas déçu.

    Hegel ? Il ne propose pas un système, affirme Jean-Luc Gouin avec force. Hegel démolit les systèmes, les épure au feu de la critique, les nie, puis reconstruit ce qui doit l'être. Hegel, dit Jean-Luc Gouin, ne pontifie pas. Il écoute. Il ne soumet pas l'univers à sa théorie, mais prête l'oreille. La philosophie ? Elle combat la certitude, l'immédiat, l'assuré. Avec elle, on doute, on se voit fragile.

    Comment cet Hegel a-t-il généré, selon l'opinion de la critique, le créateur rouleau compresseur marxiste ? Jean-Luc Gouin ose deux hypothèses. Beaucoup n'ont jamais lu Hegel. D'autres l'aiment ou le vilipendent parce qu'ils lisent Hegel sans l'accompagner vraiment. Jean-Luc Gouin, lui, écoute Hegel dire Hegel. Travail éclairant, chaleureux, humblement titanesque. Hegel fait place au sujet (S), nie (N) la frontière entre le sujet et l'autre, note le résultat (R), puis réconcilie les éléments séparés (R). Ce processus, Jean-Luc Gouin le décode. Grâce à sa connaissance d'Hegel, certes, mais aussi grâce à la poésie, à la chanson, aux lettres. À l'arrivée, on dit merci.


  6. Critique

    de Louis Cornellier, dans LeDevoir du 20 février 1999

    HEGEL ou DE LA RAISON INTÉGRALE
    Jean-Luc Gouin
    Préface de Jacques Dufresne
    Bellarmin
    Montréal, 1999, 232 pages

    Styliste plus costaud, maître de prose luxuriante et rigoureuse, le philosophe Jean-Luc Gouin s'attaque pour sa part à un monument: l'oeuvre hégélienne, avec l'intention de «présenter dialectiquement le dialectique. Mieux. Hégéliennement l'hégélianisme».

    Je l'avoue: j'ai abordé ce travail avec appréhension. Ayant déjà peiné, à l'UQAM, sous les auspices de l'excellent prof Jacques Aumètre, sur à peine 100 pages du texte hégélien que j'ai dû relire attentivement cinq fois avant de pouvoir prétendre à une compréhension même minimale, j'entretenais une propension à abonder dans le sens de ce Britannique que cite Gouin: «Lire Hegel jusqu'à ce qu'on le comprenne est une discipline qui équivaut à se flageller jusqu'à ce qu'on devienne possédé par le Saint-Esprit.»

    Quiconque s'y est frotté le sait: la bonne volonté ne suffit pas à percer le mystère de cette oeuvre «qui, de l'extérieur, écrit Gouin, se présente comme une masse opaque extrêmement dense, massive, rébarbative même».

    Courageux, mais surtout soucieux de partager cet «éden de la capacité de la raison humaine» que ses travaux lui ont fait découvrir, le philosophe de Lac-Beauport (un habitué des pages Idées de plusieurs périodiques québécois, dont Le Devoir) a plongé. Aussi, ne serait-ce que par respect pour semblable audace, il ne me restait plus qu'à suivre le guide en direction de ce «véritable rocher de Sisyphe».

    Jean-Luc Gouin procède avec toutes les précautions qui s'imposent Hegel, dit-il, n'est pas ce penseur abstrait tout juste bon à satisfaire les appétits des amateurs de formalisme pur. Bien au contraire, sa pensée serait plutôt obsédée par la «concrétude». En développant sa thèse de la rationalité du réel, le penseur ne chercherait en fait qu'à en finir avec les illusions qui barrent l'accès à «la vérité des choses»: «Hegel n'a pas "choisi" la rationalité comme d'autres philosophes "optent" pour la vertu, la substance ou la matière. Comme nous tous, il est choisi par elle. Pour avoir pris conscience de cette Raison et avoir puissamment désiré la comprendre, il récupère déjà pour ainsi dire tout discours de sens.»

    Dialectique

    Sa volonté d'expliquer comment la Raison gouverne le monde l'amène à développer cette fameuse dialectique dans laquelle Gouin situe la matrice du projet hégélien et qu'il systématise dans le complexe Sujet-Négativité-Résultat-Réconciliation: «La dialectique exprime en quelque sorte le surgissement du réel (comme on dirait le vagissement de la vie) qui affirme de son propre fond, par le cri continu de son étantité, la vérité qui est la sienne. La dialectique ne va donc pas à la rencontre de la raison des choses - c'est la raison qui se manifeste comme dialectique.»

    Par la suite, Gouin se livre à de fort complexes explicitations sur les aboutissants (conceptions de l'Etat, de la liberté) d'une telle philosophie pour en arriver à une conclusion où l'admiration devant ce «sculpteur de l'absolu» que fut Hegel s'enracine dans le constat que cette oeuvre constitue la quintessence d'une pensée ouverte et généreuse, loin de l'esprit totalitaire que certains ont cru y trouver: «La réconciliation ne consiste pas en une homogénéisation de la réalité sous le couvert de la raison. Il s'agit d'une coprésence qui voit le jour par le délestage des abstractions que représentent l'universel et le particulier lorsque pris isolement. Point de domination, mais rencontre.»

    Cet ouvrage, je ne vous le cacherai pas, est difficile parce que les catégories et les concepts, chez Hegel, se chargent de sens qu'on ne leur connaît pas habituellement. Ainsi en va-t-il de I'Etre, de l'Esprit de la Raison, du Sujet («un concept fort délicat à manipuler»), de l'Idée, de la Chose, qui se renvoient les uns aux autres dans des circonvolutions pour le moins déroutantes. Que les non-spécialistes en soient avisés: ce monument est une épreuve.

    Jean-Luc Gouin le sait et il ne cherche pas à en rajouter. Ainsi, jetant sur l'oeuvre hégélienne un regard admiratif, amoureux même, il parvient à créer une oeuvre au sens fort du terme qui, si elle nous entraîne parfois dans des dédales exigés par la profondeur de son engagement, s'achève néanmoins en une épiphanie aux contours obscurs mais très beaux dans laquelle le philosophe d'léna, grâce à la plume sensible de son commentateur, dépose l'amour au sommet du monde, pour un moment réconcilié.



  7. Jean-Luc Gouin,
    Hegel ou de la Raison intégrale

    Par Didier Debaise (Cambridge University, England)

    HEGEL ou DE LA RAISON INTÉGRALE
    Jean-Luc Gouin
    Préface de Jacques Dufresne
    Bellarmin
    Montréal, 1999, 232 pages

    [...] C’est dans la relation entre la structure dialectique, qui explique le mouvement, le devenir des choses, et l’importance de la raison, son omniprésence dans la philosophie hégélienne, que réside le point central de J.-L. Gouin. Il montre, dans ces enchaînements logiques, comment la raison en est l’horizon, ce qui relie toutes les parties du système.

    La structure Sujet-Négativité-Résultat-Réconciliation, qu’il contracte en ce qu’il appelle la structure SNRR, exprime la modalité par laquelle une chose, quelle qu’elle soit, se transforme, se développe et retourne en soi, enrichie de sa vérité: «[...] la structure logique SNRR devrait se révéler valable dans l’appréhension de tout objet, du plus abstrait au plus concret, dont on vise la vérité» (p.88). C’est pourquoi de la «philosophie de l’esprit» à la «philosophie du droit» ou la «science de la logique», quel que soit le domaine – politique, religieux, philosophique ou esthétique –, la structure SNRR est le principe dynamique. La raison comme mouvement ou devenir est en toute chose quel que soit son mode d’existence, de la connaissance au politique.

    [...] La raison, puisqu’elle s’exprime ou se manifeste comme passage, médiation, permet de déconstruire les fausses oppositions comme celle de l’en soi et du phénomène ou de l’individu et de la Société pour retrouver une dynamique réelle ou un véritable passage, mouvement; c’est tout le sens de la dialectique. Dès lors deux fonctions attribuées à cette structure parcourent le livre: une déconstruction de la métaphysique d’entendement, celle des oppositions statiques; et l’exploration de la raison en tant que telle [...].

    Lecture à poursuivre dans la version imprimée de la revue trimestrielle Dialogue (Vol. 39, N° 4, Automne 2000, p. 826-829), organe officiel de l’Association canadienne de Philosophie.