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La Liberté de ses Chaînes ?
My friend, [J'ai d'abord proposé ce texte au toileur de l'«Hebdo» Le Québécois libre), M. Martin Masse. Trop long, semble-t-il...] Je trouverais votre site intéressant - tout à fait! - s'il n'était d'office si biaisé. Je dirais même: tendancieux. Il est étonnant, en effet, que vous considériez vos lieux comme étant ceux du «Québécois libre», alors que le 'souverainisme' y est mis à mal d'une part, et que son "correspondant symétrique" s'y voit doucereusement... épargné d'autre part. Bien sûr: libre à vous de 'choisir le Canada' (Canada Choice, comme on l'écrit sur les conserves de tomates). Mais pourquoi retenir cette option sous le couvert d'une présumée «Liberté» qui est celle en l'occurrence d'un seul des deux camps? Car camps [et carcans] il y a dans vos propos: nettement. Et ce même si le site ne porte pas exclusivement sur ladite question nationale. Rien à faire! Je suis incapable - indépendantiste ou pas - d'associer l'idée du «Québécois libre» à ce silence complice vis-à-vis des pouvoirs "canadians". Voilà au premier chef pourquoi votre site est tendancieux. À vrai dire, il serait plus exact de parler ici de malhonnêteté. De maladresse intellectuelle au mieux (je veux bien, par effort soutenu, croire en votre bonne foi). On tape joyeusement sur Québec en se gardant d'égratigner Ottawa. N'y aurait-il que des anges là-bas? Quelques Angles aussi, faut dire. Bien carrés. La division du monde en "bons" et "méchants" ne relève pas de la Liberté, mais de la doctrine sinon de la cécité, volontaire ou non. Et si vous êtes assurément 'libre' d'adopter la doctrine qui vous plaît, vous ne l'êtes certainement pas (rigoureusement et/ou philosophiquement parlant) d'y réduire la Liberté même. A fortiori celle... du Québécois. Comme dirait Pierrot, la Liberté n'est pas une marque de yogourt. Visiblement, vous ne semblez pas comprendre que l'«hystérie nationaliste» (QL, p. 7) ne constitue pas une cause mais un effet (pour ce qui me concerne je signifie: le nationalisme, tout simplement; car l'hystérie je la constate plutôt au sud de l'Outaouais en prolongement fourbe et courbe vers le Pacifique, par détours ô sinueux sur les côtes de l'Atlantique). Si le Canada n'était si préoccupé d'étouffer la moindre velléité de distinction du Québec, depuis toujours l'idée d'Indépendance (hélas! quant à moi) serait demeurée aux 6% de l'époque du RIN... De ces chiffres initiaux à 40% en 1980, puis 50% en 1995, vous ne semblez tirer vraiment aucun enseignement. Et le ROC, par son 'Canada arm[e]' que déploie le parlement fédéral, s'entête, contre tout bon sens et la plus élémentaire logique politique, à continuer d'empiéter sur les pouvoirs des États constituants du pays. Le nationalisme québécois, mon cher Martin, loin de l'hystérie à laquelle vous le réduisez *, se dit au contraire très concisément dans la jolie formule de Jean Bouthillette in son Canadien Français et son double : «Volonté de puissance chez les grands peuples, le nationalisme, chez les petits, est une volonté d'être.» Souvenez-vous de... vous-même, des idées de vos «hier encore» aznavouriens dans les pages du Devoir, quand vous portiez veston moins étriqué. «États constituants, ou constitutifs, du pays», disais-je. Là réside l'essentiel - dans cet acte-fondement et renié illico par l'un des conjoints, infidèle avant même que d'avoir aimé. Le Canada est depuis lors en sursis parce que en porte-à-faux avec lui-même. Il éclatera de n'avoir jamais existé, existé en conformité à sa propre essence. Le Québec, faut-il le rappeler ad nauseam, est un «père» de la Confédération, non son fils, sa progéniture ou sa création. Et moins encore son serviteur. Le Canada détient ses pouvoirs par délégation des États fondateurs et de nulle autre source. C'est ce qui en fait très précisément une Confédération. Le Québec est une entité temporellement, historiquement, juridiquement, constitutionnellement et politiquement antérieure à cette création, seconde et imputable par définition. La préséance du Québec lui est impartie de droit et de fait, fondamentalement. Aussi, la désormais et insidieuse suprématie de l'"enfant" sur le géniteur constitue-t-elle en soi l'une des plus formidables arnaques et usurpations de l'Histoire contemporaine. Le pays des JiCi - des Jean Chrétien et des Jean Charest - est une monumentale mystification. Et on pousse l'inintelligence (ou la fraude, déterminités d'ailleurs nullement exclusives l'une de l'autre) jusqu'à prétendre que le Québec n'aurait pas le droit, ou très malaisément, de quitter... le fils. En termes concis: le peuple québécois a construit, avec un partenaire d'ascendance britannique, une maison qu'il croyait et espérait sincèrement conviviale. Or on l'a progressivement confiné à un petit studio au sous-sol sans fenêtres en divisant la propriété - outre les deux territoires et un pouvoir central tutélaire maintenant au service de... lui-même - en dix provinces... égales. Égales! Ce qui implique de facto la plus puissante des inégalités entre les deux peuples. L'assujettissement au nom même de l'égalité. That's canadian Democracy ! Tartuffe et Machiavel tout en un. Un autre élément de vos terres cybernéennes me turlupine: vos 'arguments'. Quand je vous lis, il me semble re-lire les lieux communs sur le Québec de tous les «Sun» et les «Herald Daily» du Canada (par des journalistes qui au demeurant ne parlent ni ne comprennent le français la plupart du temps). Or quant à moi, propagande, langue de bois (mou forcément, comme celui d'un sapin...) et «Québécois libre» vont difficilement de pair. Vous n'aidez pas votre propre cause en procédant de la sorte. Bref, je trouve vos manières opaques et douteuses. Il serait plus aisé d'accorder crédibilité à votre démarche si elle était vraiment transparente, directe, limpide. Libre...! en un mot. Vous êtes 'Canadian first'? Bien vous fasse! Je le respecte sincèrement (les Guy Bertrand, après tout, ont certes le droit de se reproduire: on ne les promet pas encore à la stérilisation). Reste que je me retire en haussant les épaules quand vous tentez de défendre cette position par la couleuvre d'un... «Québécois libre» doublé d'un fidèle - acritique (sinon inconditionnel?) - du système politique canadien.
Vous parlez de Liberté. C'est bien. C'est le pouvoir des mots.
Sans hargne mais avec un petit doigt d'amertume.
Jean-Luc Gouin
* Incidemment, il m'arrive moi-même d'être fort rude pour mes 'compatriotes'. En guise d'illustrations: idees/polgouinpays.html , ![]() |