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«Le Soleil»
ou le détournement de l'intérêt public
Jean-Luc Gouin
26.11.98 
26 Nov 1998
De: Jean-Luc Gouin
A: GLacasse@LeSoleil.com
Copies à:
Opinion@LeSoleil.com,
Redaction@LeSoleil.com,
JJSamson@LeSoleil.com,
RGiroux@LeSoleil.com
M. Gilbert Lacasse,
Éditeur,
Journal Le Soleil
Québec, Québec
Objet => Votre éditorial du 26 novembre 1998 : «Nous n'avons pas confiance»,
accordant officiellement appui au Parti libéral quant à l'élection au Québec d'un nouveau Gouvernement le 30 courant.
Vous reprochez à M. Lucien Bouchard de ne pas tenir compte des sondages
selon lesquels, vraisemblablement, la population ne désirerait pas
devoir faire face, à court ou moyen terme, à un nouveau référendum
proposant la Souveraineté du Québec. Pourtant, son discours est
extrêmement clair: vous en convenez vous-même sans détour. Et
l'électorat - en désaccord - s'apprête tout de même et massivement à le
réélire, à lui faire confiance, lui, sa députation et son franc-parler.
Le Premier ministre met cartes sur table en indiquant clairement ce
qu'il compte faire au lendemain de son report au pouvoir et, sauf
revirement hautement improbable, la population lui confiera un mandat
ferme pour mettre ses projets à exécution. Or vous préférez pour votre
part semer la suspicion quant à son sens démocratique... On croit rêver!
Visiblement, M. Lacasse, la franchise et la transparence ne sont pas de
mise dans votre calepin personnel des engagements politiques. Un
véritable chef d'État doit, semble-t-il, à vos yeux, gérer à la petite
semaine à vue de nez des plus récents sondages - même ambigus.* A
fortiori si ceux-ci confortent votre patron bien emmitouflé dans son
Genuine Leather Chairà la torontoise.
Vos textes, monsieur, ainsi que la plupart de ceux publiés en page
éditoriale de ce french Calgary Sundont vous êtes manifestement le
nègre blanc - sans compter les lettres et réflexions de lecteurs que
vous sélectionnez comme si votre propre lectorat n'était pas
majoritairement souverainiste (ainsi que le démontrent continuellement
et vos propres études internes, et le résultat référendaire du 30
octobre 1995) -, montrent à l'envi, et ce depuis des années, que les
intérêts supérieurs du Québec ne font pas le poids face à ceux
particuliers de votre maître ainsi qu'à l'égard de ceux, j'imagine (mais
je voudrais avoir tort), qui relèvent de la préservation de votre propre
job...
Je ne vous connais pas personnellement, M. Lacasse. Le cas échéant, il
ne serait pas forcément de l'ordre de l'impossible que je pusse voir en
vous un homme sympathique, voire estimable. Mais le rôle que vous
acceptez sciemment de jouer ressortit définitivement au lamentable. Une
Capitale nécessite (au moins) un crédible et solide quotidien: qui
achemine informations sur l'actualité, apporte intelligence aux débats
d'idées et promet honnêteté intellectuelle dans les grands enjeux de la
société. Mais vous vous entêtez tout de même, vous et votre équipe, à
maintenir loxodromiquement le cap de la priorité des intérêts
spécifiques d'un groupe financier, sinon d'un seul homme, aux dépens de
ceux de la population: aux dépens de vos propres lecteurs d'abord, des
citoyens de la Capitale nationale ensuite, de la collectivité québécoise
toute entière enfin.
Le Soleil, comme du reste La Presse à Montréal, n'est pas un journal.
C'est une feuille de propagande. Quelque contournée, doucereuse,
manipulante, subtile ou insidieuse qu'elle soit. Et qui a par surcroît
désormais l'extrême culot d'ajouter l'insulte à l'injure en mettant en
doute la vertu démocratique du Premier ministre du Québec.
M. Lacasse, vous avez tout à fait raison : au Soleil, «Nous n'avons pas
confiance».
Jean-Luc Gouin,
Lac-Beauport, Québec
Ce 26 nov. 1998
* Au reste, il n'est pas certain que j'eusse moi-même répondu par
l'affirmative, si on m'avait formellement interrogé sur ladite question
dans les dernières semaines. Et ce parce que, à l'instar de mes
compatriotes, je redoute un référendum à nouveau perdant presque
autant... que je désire par ailleurs le pays qu'il promettrait. À
question brouillonne, réponse nébuleuse. Ou louvoyante. En tous les cas:
sujette à fine interprétation.

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