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Dumont entend rester neutrePar «souci de cohérence » l'Action démocratique du Québec s'abstiendra de participer au prochain référendumPIERRE O'NEILLLeDevoir 5.1.98
Lors du prochain référendum, l'Action démocratique du Québec ne participera pas à la campagne du OUI, non plus qu'à celle du NON. Le parti s'abstiendra. Comme chef d'un parti qui préconise un moratoire de dix ans sur le débat référendaire, Mario Dumont estime que c'est la cohérence qui impose cette ligne de conduite, cette façon d'entrevoir l'avenir. «Pour des gens qui souhaitent que l'on sorte de l'obsession constitutionnelle, nous serions mal venus d'avoir les manches retroussées jusqu'aux biceps et d'oeuvrer à plein temps dans une organisation référendaire», a-t-il fait valoir au cours de l'entrevue qu'il accordait ces jours-ci au Devoir. Mais ce serait une erreur d'en conclure que le jeune député de Rivière-du-Loup regrette de s'être associé en octobre 1995 à la campagne référendaire du OUI. Il en est même fier, en ce qu'il s'attribue la paternité de l'offre de partenariat et de la condition de négociations avec le Canada. Ce qui, croit-il, a eu pour effet d'éviter la catastrophe. «Si on ne s'était pas mêlés de ça et que le PQ avait fait un référendum sans offre de partenariat, ça se serait terminé avec 38% pour le OUI et ç'aurait été catastrophique.» Ces derniers temps, la rumeur s'est faite plus persistante, celle qui prête à Mario Dumont l'intention de retourner chez les libéraux. Ce qu'il réfute avec énergie. Il n'est pas plus proche du PLQ qu'il ne l'était en 1995 et il n'est pas moins souverainiste. Pourtant, une impression de clair-obscur se dégage de sa position constitutionnelle. Il plaide en faveur d'une authentique confédération calquée sur le modèle de l'Union européenne mais il ne souscrit pas à la thèse souverainiste du PQ. Il ne renie pas non plus le rapport Allaire, auquel il a largement contribué et qui réclamait le rapatriement de 22 champs de compétences. Il y souscrit toujours, parce que ce document, de par son contenu et son esprit, de par son projet de répartition des pouvoirs, reprenait «toutes les clés d'une véritable confédération». Mais il ne croit pas au fédéralisme renouvelé. Et il n'y a pas que sa position constitutionnelle qui confond les sceptiques. Il y a son attitude à l'Assemblée nationale, ses interventions bien aiguisées, une langue de bois qui a maintes fois réussi à écorcher les plus redoutables ténors du pouvoir. Il ose, il ne ménage personne, et le gouvernement le trouve de plus en plus embarrassant. Ni souverainiste ni fédéraliste, le chef de l'ADQ se décrit comme un «nationaliste pratique». Quant on lui souligne qu'il a lui aussi fait son virage, qu'il a renié les théories progressistes qu'il avait longtemps défendues sous le leadership libéral de Robert Bourassa, il convient que son parti fait dorénavant dans la «droite économique» mais que ses orientations sociales se situent bien davantage au centre de l'éventail idéologique. Coincé entre les deux vieux partis, l'ADQ est à l'étroit et doit souvent subir les affres d'un système parlementaire poussiéreux et d'un système électoral inéquitable. Mario Dumont en fait sa cause, il mène le combat en faveur de la refonte de nos institutions politiques. Il s'inquiète d'ailleurs des odeurs despotiques qui se dégagent du comportement du gouvernement quand celui-ci tente de réduire les pouvoirs du Directeur général des élections, de saboter le travail du Vérificateur général et d'intimider le Protecteur du citoyen. Dans ce contexte, il lui paraît essentiel de rétablir la confiance entre les électeurs et leurs députés. Il propose d'y parvenir notamment en revalorisant le rôle des parlementaires, en abolissant la ligne de parti pour favoriser le vote libre. Il voudrait qu'on accorde aux représentants du pouvoir et de l'opposition une véritable marge de manoeuvre, qu'il leur soit permis d'interroger les ministériels en toute liberté, de s'opposer à un projet de loi du gouvernement et même de s'informer de l'évolution des programmes mis en place, comme c'est le cas au Parlement britannique. Il y a aussi la loi électorale qui ne fait pas l'affaire de l'ADQ, qui a d'ailleurs déposé en Cour supérieure une requête pour obtenir un jugement déclaratoire et faire en sorte que soient invalidées toutes les dispositions qui accordent des avantages indus au PQ et au PLQ, notamment: le paiement du salaire des représentants de ces deux partis; le remboursement des dépenses électorales, sans égard aux résultats de l'élection en cours; l'avance de fonds par l'Etat aux libéraux et aux péquistes; la nomination d'officiers électoraux et de représentants rémunérés. Enfin, Mario Dumont soutient que la seule façon d'en arriver à une représentation équitable à l'Assemblée nationale, c'est de modifier le mode de scrutin pour introduire le principe de la proportionnelle. Ainsi, sur la base des suffrages recueillis aux élections de 1994, soit 6,5% du vote, l'ADQ aurait droit à huit députés à l'Assemblée nationale. Le chef de l'ADQ se sent d'autant plus à l'aise de préconiser un mode de scrutin à la proportionnelle que le Parti québécois le proposait lui-même dans son programme électoral de 1994. |