Raymond Villeneuve frappe encore

L'ex-felquiste vient de publier un guide à l'intention du terroriste débutant

PIERRE O'NEILL

LeDevoir 29 octobre 1997



L'ex-felquiste Raymond Villeneuve récidive. Dans ce qui ressemble à de l'incitation à la violence, il vient de publier un manuel d'instructions, le guide du terroriste novice. On y enseigne notamment comment se servir d'un marteau pour assommer ou paralyser un ennemi.

Sous le titre «Le Che est mort, vive le Che», c'est la tête du révolutionnaire Ernesto Guevara qui illustre ce mois-ci la page frontispice de La Tempête, le bulletin de liaison du Mouvement de libération nationale du Québec, que préside Raymond Villeneuve.

La publication d'une dizaine de pages comporte par ailleurs un mode d'emploi pour «concrétiser la tâche des militants qui songent à s'entraîner dans l'éventualité de coups durs pour la défense de l'intégrité du territoire québécois». Intitulé «La meilleure arme n'est pas celle que l'on croit», on y explique que les fusils comme le M-16 et le AK-47 ne sont pas recommandables parce qu'ils sont trop complexes d'utilisation et d'entretien. L'auteur de l'article, qui s'identifie comme «militaire indépendantiste», explique que l'arme la plus efficace est le marteau, qui est à la portée de tous, peut servir à arracher des fils de téléphone et couper les communications, saboter un moteur de véhicule, briser les délicats empennages des appareils électroniques, démanteler les câbles et poteaux de barricades. Une énumération qu'il conclut en ces termes: «Un marteau assomme très efficacement une sentinelle ennemie si un la frappe à la tête, et la paralyse par un bon coup dans les omoplates.»

Un second texte signé par «un militaire conscientisé» fournit les trois ingrédients d'une manifestation à succès:

  • apprendre à marcher au pas. «Marcher au pas frappe l'esprit des observateurs et des ennemis. Inconnue dans la nature, cette forme de mouvement transmet l'image d'un groupe discipliné et cohérent»;

  • créer l'uniformité et l'anonymat. «Pour frapper les esprits des inquiets, le port d'une sorte d'uniforme est très efficace, sans oublier qu'il favorise l'esprit de corps. De plus, il est difficile pour les adversaires d'identifier un individu parmi un groupe anonyme. Il suffit de s'entendre pour porter des vêtements de même couleur, du moins Ion d'une manifestation»;

  • renseignements et contrôle du terrain. «Des éclaireurs doivent toujours bien identifier le terrain où se déroulera l'action. Les voies d'accès, les entrées et sorties, la disposition des bâtiments, les angles morts et le couvert doivent être connus des responsables et si possible de tous. On doit toujours, si possible, occuper les hauteurs, surtout les toits en milieu urbain.»

Sous le titre «L'Internet, instrument de combat», Martin Lamontagne écrit que les formes du terrorisme numérique sont à l'image de l'imagination fébrile de leurs auteurs: «Détournements de données confidentielles, espionnage industriel, violation de la correspondance privée, dissémination de virus sur le réseau. Voici quelques exemples des possibilités du Net pour le militant indépendantiste québécois avisé.»

Le bulletin du MLNQ est également farci de menaces contre les adversaires de la cause indépendantiste. «Les partitionnistes ont peur du MLNQ et ils ont bien raison. Ce n'est pas à un FLQ qu'ils auront affaire, mais à une levée en masse des citoyens. Déjà, en silence, calmement, sobrement et avec discipline, dans plusieurs régions du Québec, des groupes de Québécois se rassemblent et se préparent pour toutes les issues possibles, y compris les solutions pacifiques. Et ce n'est pas seulement de patience qu'ils ont choisi de s'armer. Comme nous le savons, le MLNQ est un mouvement pacifique qui préconise la paix et la bonne entente. Mais il n'y a pas que le MLNQ. Au fond, le MLNQ est rien du tout. Tout au plus la pointe de l'iceberg des Québécois en colère. Il y a aussi des organisations et des groupes beaucoup moins gentils et surtout moins patients que le MLNQ.»

L'avocat Guy Bertrand y recueille sa part d'hommages. «Je connais bien des gens, amateur d'antiquités qui se feraient une joie de le décaper pour exposer sa momie dans une vitrine du musée de l'indépendance.»

«Fini de tendre l'autre joue» est le titre qui coiffe le texte le plus costaud de cette publication dirigée par Raymond Villeneuve: «Les bornes sont dépassées. Tendre l'autre joue, encore et toujours, serait manquer de respect à tous les combattants historiques de la cause nationale et à tous nos descendants. L'heure de la contre-attaque a sonné et c'est dans la rue que ça doit se passer. Pas la peine de regarder du côté du PQ. L'instrument politique du projet de l'indépendance du Québec doit à tout prix rester propre. Car la riposte, elle, ne l'est pas toujours.»

Le Mouvement de libération nationale du Québec, une excroissance du défunt FLQ, compte quelques centaines de membres, dont les contributions assurent le financement des activités ainsi que la publication de La Tempête. Dans un passé pas si lointain, Raymond Villeneuve a fait l'objet de plaintes de la part de fédéralistes qui, alléguaient avoir été menacés. Mais un porte-parole du Service de police de la Communauté urbaine de Montréal a indiqué hier au Devoir que le dossier de M. Villeneuve n'a pas été réanimé et que l'ex-felquiste n'est pas sous enquête.