Le leader du MLNQ aurait «aimé tuer plus d'Anglais»

MARC THIBODEAU

La Presse 12 juillet 1997



Le leader du Mouvement de libération nationale du Québec (MLNQ), Raymond Villeneuve, déjà accusé à plusieurs reprises par le passé d'encourager l'anglophobie, en remet.

Dans la plus récente livraison de Vice, un hebdomadaire anglophone distribué gratuitement à 60 000 exemplaires à l'échelle du Canada, l'ex-felquiste multiplie les commentaires-chocs dans un long article relatant sa carrière de «révolutionnaire».

Sur la mort de Wilfrid O'Neil, ce gardien de sécurité de 65 ans tué en 1963 par une bombe que M. Villeneuve avait fabriquée.- « Je m'en fous, dit-il. Si vous me demandez mon avis, je n'ai pas tué assez d'Anglais. J'aurais aimé en tuer plus...»

Sur le mouvement partitionniste: «Les partitionnistes vont tous mourir.»

Son principal regret « après 37 ans en marge de la société » : « Les bombes n'étaient pas suffisamment grosses, dit-il, en riant. Si elles l'avaient été, peut-être que nous aurions pu inciter encore plus d'Anglais à partir. »

Des déclarations étonnantes aux yeux du journaliste de Vice, Robert Dillon, qui a soumis les citations utilisées dans l'article par écrit à M. Villeneuve avant de les publier. « Je ne fais pas ça habituellement. Mais là, je voulais être certain qu'il n'y aurait pas d'erreur », a-t-il expliqué hier.

Joint à son domicile par La Presse, M. Villeneuve a indiqué qu'il croyait avoir été correctement cité par Vice.

Même s'il reconnaît que ses propos sont empreints d'agressivité, il se défend de vouloir encourager la violence. « On ne favorise pas l'usage de la violence », soutient le leader du MLNQ, qui précise que la citation où il se dit déçu de ne pas avoir tué plus d'Anglais « fait référence au passé, et non au présent ».

Quant aux partitionnistes, il affirme qu'il importe que quelqu'un « du côté francophone » lève le ton afin de les prévenir des conséquences que pourraient avoir leurs prétentions contre l'intégrité territoriale d'un Québec indépendant.

M. Villeneuve se défend finalement de jouer la carte de la provocation. « Ce n'est pas de la provocation, répète-t-il. J'exprime le ras-le-bol des Québécois face aux perpétuels chantages auxquels nous soumettent les fédéralistes. »

Le numéro de décembre 1996 de La Tempête, bulletin de liaison du MLNQ, jette un nouvel éclairage sur ses déclarations fracassantes.

L'éditorial du bulletin, coiffé du titre : «L'exode des anglophones reprend... un mouvement à encourager», fait état de la hausse de l'émigration au Québec, en s'inspirant du contenu d'articles parus dans quelques quotidiens de la métropole en octobre.

Après avoir noté avec satisfaction que bon nombre de ces émigrants sont issus de la communauté anglophone, le ou les auteurs de l'éditorial invoquent, pour expliquer le phénomène, «le choc référendaire, amplifié par une paranoïa certaine » qu'on s'est « évertués au MLNQ à entretenir ».

« Ainsi, poursuivent-ils, l'impact de notre groupe, répercuté par plusieurs dizaines d'articles de journaux, au moins une cinquantaine, a compté pour quelque chose. »

Et de conclure : « Les articles de journaux sur le MLNQ... et diverses activités fracassantes, menaçantes ou graffitantes ( sic ) de nos lecteurs présumés, tout cela a créé un climat propice au départ d'au moins une partie de ces hordes d'envahisseurs qui ont déferlé sur nos terres depuis 1759. »