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Les Anglo-Québécois font bel et bien partie de la nation québécoise
Michel Seymour LaPresse 9 septembre 1997
Pour parler de «nation», on doit enfin aussi supposer l'existence d'une conscience nationale et d'une volonté de vivre en commun partagée par la majorité des individus au sein de la communauté politique. Selon cette conception de la nation, il existe une nation québécoise composée de la majorité nationale francophone, d'une minorité nationale anglophone et d'individus ayant des origines nationales italienne, hellénique, portugaise, latino-américaine, haïtienne, etc. Même si le Québec n'est pas encore souverain, la communauté politique québécoise existe déjà et les Anglo-Québécois existent déjà au sein de cette communauté politique. Ainsi, ils ne peuvent pas refuser de devenir québécois, car ils le sont déjà. Ils ont joué un rôle fondamental dans la constitution du Québec moderne et ils font partie intégrante du tissu social québécois. Ils partagent avec la majorité francophone les mêmes institutions communes et sont soumis aux mêmes lois. Ils sont donc des Québécois à part entière. Telle est, du moins, la conception inclusive partagée par la vaste majorité des Québécois. Mais qu'arriverait-il si plusieurs Anglo-Québécois étaient enclins à s'exclure de la nation québécoise ? Nous serions alors sans doute en présence d'un débat entre deux points de vue diamétralement opposés. Devrions-nous alors trancher en faveur de la position qu'ils défendent ? Je crois que non. Nous avons d'excellents motifs à invoquer pour résister à cette idée. Car suffit-il de vouloir s'exclure pour être exclu ? Quand on l'examine de près, on se rend vite compte du caractère problématique de cette idée. Si certains Anglo-Québécois ne veulent pas faire partie de la nation québécoise, c'est qu'ils s'en font une conception ethniciste. Accepter de les exclure, c'est donc risquer de leur donner en partie raison. Par conséquent, il ne faut pas que nous changions d'attitude. Nous devons d'emblée les inclure dans la nation québécoise. Mais on dit parfois: est québécois qui veut l'être. Cette affirmation peut sembler généreuse, mais elle comporte un dangereux corollaire: celui qui ne veut pas être québécois ne l'est pas. On néglige alors la différence fondamentale entre une communauté politique et une association. On peut en principe s'extraire de toute association, mais on ne peut s'extraire de toute communauté politique. Dès qu'on choisit de s'établir sur un territoire donné, on appartient alors à la communauté politique vivant sur ce territoire. On peut sans doute en sortir, mais cela exige que l'on quitte le territoire. Les Anglo-Québécois n'ont donc pas le choix. S'ils décident de rester au Québec, ils appartiennent à la communauté politique québécoise. Puisque la communauté politique québécoise est une nation, ils appartiennent donc à la nation québécoise. Mais si on admet les Anglo-Québécois dans la nation québécoise, celle-ci devient pluriculturelle, par l'inclusion d'une minorité nationale ayant des institutions spécifiques à côté de celles de la majorité nationale. Cela ne revient-il pas à nier le caractère français de la société québécoise ? Cette inquiétude n'est pas fondée. Le caractère pluriculturel de la nation québécoise est compatible avec l'existence d'une seule langue officielle et une seule culture publique commune. il n'y aurait pas de nation québécoise s'il n'y avait pas de majorité nationale francophone, et celle-ci est à l'origine des institutions communes auxquelles tous les autres groupes participent. Or cela est tout à fait compatible avec l'existence d'une minorité nationale anglo-québécoise ayant ses propres institutions. D'autres ont des réticences à inclure les Anglo-Québécois au sein de la nation québécoise parce que cela revient à leur conférer le statut de minorité au même titre que les francophones hors Québec, et à conférer aux francophones québécois le statut de majorité, alors que ceux-ci sont minoritaires au Canada. Mais s'il y a bel et bien une nation québécoise, il faut que les Québécois francophones se sentent majoritaires sur leur propre territoire. La conscience d'être une majorité nationale sur son propre territoire est un préalable à la conscience nationale. ( ... ) Par ailleurs, l'attachement des Anglo-Québécois à la langue et à la culture anglo-canadienne ne suffit pas à les déclarer membres de la « nation » canadienne anglaise. On peut tenir compte de cet attachement linguistique et culturel tout en les considérant comme des Québécois à part entière. il suffit de leur conférer le statut de minorité nationale dans la constitution du Québec souverain. Toutefois, ils veulent également faire partie du Canada en tant que pays et cela veut dire qu'ils veulent rester membres de la « nation » canadienne, au sens purement civique de l'expression. Mais même si l'on admettait une telle conception de la nation pour se conformer à la représentation que les Canadiens se font d'eux-mêmes, il faudrait également reconnaître la conception qui correspond à la représentation que les Québécois se font d'eux-mêmes. Les Anglo-Québécois feraient donc partie d'une « nation » québécoise, entendue au sens sociopolitique, et seraient en même temps membres de la «nation » canadienne, entendue au sens purement civique. Ils feraient en somme partie d'une « nation dans la nation ». Or les souverainistes peuvent satisfaire en partie ce désir en faisant une proposition de partenariat politique qui permettrait à tous les Anglo-Québécois de conserver un lien avec le Canada.
En somme, les anglophones québécois font partie de la nation québécoise. Et ce, d'autant plus qu'ils ne se sont jamais représentés comme formant à eux seuls une nation. Ils ne peuvent par conséquent exercer un droit plein et entier à l'autodétermination. Les velléités partitionnistes entretenues par certains Anglo-Québécois, et encouragées de manière irresponsable par Stéphane Dion, sont non seulement anti-démocratiques; elles sont en plus dénuées de tout fondement social et politique.
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