Cela dit, Lise Bissonnette avait bien raison, dans son éditorial du 27 août dernier, de parler de «semence de la colère» en évoquant le travail de discrédit qui mine le projet souverainiste depuis des années au sein de la communauté canado-francophobe. Même après son pertinent diagnostic, même après l'excellent bilan de Josée Legault (28 août) en ce qui a trait au «Quebec bashing» qui sévit au Canada francophobe depuis que les Québécois expriment leur désir d'indépendance au delà du chuchotement, je sens le besoin d'en remettre car je suis, effectivement, très en colère. De la semence de cette colère voici quelques raisins bien juteux comme on les aime dans la profonde Ontario viticole.
Selon ce «docteur» Rakoff (le capitaine Haddock dirait «cornichon diplômé»), les Québécois seraient attachés à un thème allemand appelé Volkgeist. «Esprit de peuple», dans la grosse tête de Freudolin, ça équivaudrait non pas à vouloir simplement être maître chez soi, mais à un «manque de générosité» menant tout droit à la xénophobie. «Nationalisme», chez le père Rakoff, ça correspond non pas à un simple besoin d'avoir un pays à soi, de «décorer sa maison à sa guise», comme le tournaient si gentiment René Lévesque et Gilles Vigneault, mais bien à un fascisme néo-nazillard menant à l'exclusion des autres peuples, à une «sombre irrationalité». Rakoff oublie peut-être qu'à Montréal comme à Québec, depuis qu'on s'est élu un gouvernement québécois, en 1976, on a tellement peur de passer pour xénophobes qu'on n'ose jamais plus organiser un quelconque festival (et Dieu sait qu'on a la festivalite aiguë par les temps qui courent) sans l'étiqueter d'international. Pour plaire à tout le monde. Pour inclure tout le monde. Pour s'ouvrir sur le monde. Plus on est fins et plus on est «international», plus on se fait traiter de xénophobes par les Rakoff et Cie. Hé, quand Memmi parlait (en termes plus gentils) de l'indécrottable outrecuidance du colonisateur, il faut croire que ce n'était pas de la blague. Par ailleurs, je ne sais pas ce que les gens des pays qui ont acquis leur indépendance dans le sang, les larmes et la poussière diraient à Rakoff si celui-ci les taxait de racisme envers le colonisateur juste parce qu'ils ont voulu s'en affranchir. Du jamais vu, dans l'histoire de l'humanité, un colonisé traité de xénophobe parce qu'il veut tout bonnement se défaire de l'emprise du colonisateur. Pour le moins quinzewattien, ce raisonnement inspiré des Lumières. On ne voit ça qu'au Canada, ce genre d'histoire de fous (salut Mme Legault). Si au moins nos fous du Haut-Canada étaient des fous alliés, on pourrait peut-être un jour en arriver à une relation de voisinage civilisé, comme il en est question, depuis toujours, dans le projet souverainiste? Et la folie rakoffiarde continue: «La Francophonie n'a pas de racines historiques [salut Durham]. Le Commonwealth partage au moins le langage des Lumière.» (Salut Voltaire, et excusez-la! La neige de nos trente arpents a tellement feutré nos paroles que nous n'avons droit qu'à dialogue de sourds avec les voisins depuis 237 ans). Si n'est pas de l'ignorance crasse, ça; si ces propos ne sont pas d'une «sombre irrationalité» et s'ils n'empestent pas Volkgeist (le vrai), je veux bien qu'on me tranche la tête. Monsieur Bouchard, on le comprend, se doit d'y aller avec doigté dans ses commentaires, même à l'égard de vieux schnooks racoleurs comme Rakoff. Il dit «mépriser» les tactiques de salissage de ce genre d'anthropopithèque et il s'en tient à ce mépris. Pour moi, ce n'est pas assez. La semence des Godfrey, Francis, Martin, Simpson, Galganov et Cie a porté ses tristes fruits. Mon ras-le-bol de leur mauvaise foi a atteint le stade de la colère bleu fleurdelisé. Certains journalistes québécois ont largement contribué de leur plume à dénoncer les nombreux assauts anti-souverainistes de ces bachi-bouzouks. A nous, simples gens, d'en faire autant. Je revendique maintenant une colère collective, un Québec en beau joual vert. Me semble qu'on est trop polis, trop gentils, trop discrets dans nos ripostes aux emmerdeurs chroniques de la Gazette, du Globe and Mail et de tous les Sun canado-francophobes. A vos plumes, donc, compatriotes assez fiers pour vouloir être enfin maîtres chez vous, que vous parliez français, anglais, ou ostiak; que vous soyez de peau blanche, de couleur, pâle ou foncée; que vous mangiez kascher ou porc frais; que vous portiez turban ou ti-cass de poil; que vous vénériez Allah ou Jésus-Christ. A coups d'articles bien envoyés, nous arriverons peut-être à faire rentrer chez eux ces vendeurs de salades pourries et à nettoyer la tribune pour les interlocuteurs valables?
Aux aurores d'un troisième référendum sur la souveraineté québécoise, il me semble qu'un sain débat serait plutôt bienvenu.
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