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Michel Paillé, démographe au Conseil de la langue française, évoque les causes connues du phénomène: hausse de l'immigration internationale; forte concentration des immigrants récents dans l'île, fécondité plus grande chez les allophones, étalement urbain des Montréalais de langue française vers la couronne nord et sud. Cependant, le Québec demeure le seul territoire du Canada où la langue française se maintient comme langue maternelle et progresse comme langue d'usage chez les immigrants. Depuis l'adoption de la Charte de la langue français, le français y a gagné 89 000 locuteurs. Partout ailleurs au Canada, le nombre de francophones a tendance à diminuer. Ainsi, au Manitoba, le taux d'assimilation à la langue anglaise est de 53,8%, en Saskatchewan, 72%, en Ontario, 40% et au Nouveau-Brunswick, 8,5%. La situation relatée par Michel Paillé interpelle plusieurs ministères dont ceux des Relations avec les citoyens et de la Métropole, ainsi que moi-même à titre de ministre responsable de la Charte de la langue française. Elle nécessite aussi des réponses multiples, la meilleure demeurant l'accession du Québec à la souveraineté, puisque les immigrants sont aujourd'hui soumis à un double discours: deux langues officielles et multiculturalisme au Canada, une seule langue officielle et intégration à une culture commune au Québec. Ces chiffres rappellent aux uns et aux autres que les forces dominantes du marché linguistique en Amérique du Nord jouent toutes en faveur de la langue anglaise: force démographique (les locuteurs du français y représentent à peine 2% de la population globale); force économique des Etats-Unis, notre voisin immédiat, avec lequel s'effectue l'essentiel de nos échanges économiques et touristiques et qui a imposé l'usage de l'anglais dans le commerce international; force scientifique et technologique (prédominance de l'anglais dans les activités scientifiques, dans les technologies de l'uniformisation); force politique (puissance des Etats-Unis et initiative internationale du Québec restreinte par son statut constitutionnel). La politique linguistique québécoise a pour objectif de faire contrepoids à ces tendances lourdes. Si le sort de la langue française s'est amélioré au Québec, c'est justement parce que la Charte de la langue française est efficace. Mais la charte n'atténue pas la vigueur et la constance des forces dominantes, elle les contient. La Charte de la langue française contestéeDepuis le référendum de 1995, un petit groupe de nostalgiques mènent activement une lutte ouverte afin d'établir une société québécoise bilingue, article premier du programme d'Alliance Québec. Des commerçants poursuivis pour avoir contrevenu aux articles de la Charte de la lange française en matière d'affichage commercial, notamment à la règle de la nette prédominance du français, contestent maintenant ces dispositions devant les tribunaux le concours de Me Brent Tyler. L'obligation, pour tous les enfants, de fréquenter l'école de langue française, sauf pour ceux qui sont admissibles à l'école anglaise en vertu de la Charte de la langue française, est également contestée devant les tribunaux par les partisans du libre choix en matière de langue d'enseignement. Au total, plus d'une dizaine de causes sont déposées, toutes par le même avocat Me Brent Tyler, parfois assisté de Me Guy Bertrand. Maintenir fermement la politique linguistiquePlus que jamais, il apparaît essentiel au gouvernement de maintenir fermement les grands axes de sa politique linguistique. Mais il faut savoir que la Charte de la langue française ne peut pas assurer à elle seule l'usage de la langue française parce qu'elle ne peut agir sur tous les facteurs qui l'affectent. Dans le contexte démolinguistique du Québec, il n'est pas question de revenir au libre choix de la langue d'enseignement, encore moins aujourd'hui qu'en 1974 (alors que 90% des enfants d'allophones de la région de Montréal fréquentaient l'école anglaise), maintenant que, grâce à la charte, les enfants d'immigrants s'intègrent de mieux en mieux à la société québécoise et le feront encore plus grâce à l'instauration des commissions scolaires linguistiques. A l'école, non seulement ils apprennent le français, mais surtout, ils tissent des liens de connivence et d'amitié avec des francophones. Par ailleurs, le gouvernement a la ferme conviction qu'il est possible de bien apprendre l'anglais en fréquentant l'école française et c'est en ce sens qu'il procède à une réforme de l'enseignement de l'anglais langue seconde. Que le français soit et devienne de plus en plus la langue de travail est probablement l'incitatif le plus puissant pour généraliser la connaissance et l'usage du français chez tous nos concitoyens, dans tous les domaines. Bien gagner sa vie en français est le meilleur argument en sa faveur. L'Office de la langue française stimule donc, en conséquence, l'application des programmes de francisation dans les entreprises et les suit de très près. Et comme le plus grand nombre d'immigrants récents se retrouvent dans les PME comme lieu de travail, l'OLF a mis sur pied un programme incitatif l'intention de cette catégorie d'entreprises qui n'entrent pas dans celles touchées par la Charte de la langue française. Enfin, la politique d'immigration du gouvernement favorise la venue de personnes ayant une connaissance de la langue française, du moins pour la part de l'immigration que le Québec sélectionne lui-même (soit moins de 40% des immigrants que le Québec a accueillis au cours de la décennie 1985-94). En 1971, nous indiquait Miche Paillé, les allophones chosissaient l'anglais dans une proportion de 74% lors de leur «transfert linguistique» contre 26% pour le français. En 1996, 40% des allophones ont choisi 1e français, ce qui n'est toujours pas suffisant. Le soutien de l'opinion publiqueLes Québécois sont condamnés, par leur situation géographique, à «vivre dangereusement». La meilleure défense d'un Québec ayant le français comme langue commune reste la volonté populaire clairement manifestée et affirmée de vivre dans un environnement de langue française.
La Charte de la langue française a contribué, en favorisant l'emploi du français dans tous les domaines de l'activité économique, à corriger la situation défavorable aux francophones qui prévalait jusqu'alors. Le gouvernement l'a défendue, la défend et la défendra parce qu'elle est l'indispensable sauvegarde du français en Amérique du Nord.
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