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Dynamique linguistique dans l'ouest de MontréalJeux de languesLa place de l'anglais comme langue d'usage dans l'Ouest-de-l'île se confirmeCharles CastonguayProfesseur de mathématiques, Université d'Ottawa LeDevoir 19 mars 1997
L'intérêt suscité par ce premier regard nous a conduit à approfondir notre analyse du secteur appelé l'Ouest-de-l'île. Ce territoire comprend une partie nord à majorité francophone, formée des six municipalités de Pierrefonds à Sainte-Anne-de-Bellevue, et une partie sud composée de six municipalités à majorité anglophone, soit Dorval, Dollard-des-Ormeaux, Kirkland, Pointe-Claire, Beaconsfield et Baie-d'Urfé. En 1991, ces douze municipalités comptaient au total quelque 205 000 habitants dont 99 000 anglophones, 67 000 francophones et 39 000 allophones (ces vocables renvoient toujours à la langue maternelle). Les francophones se répartissent de façon égale entre les parties nord et sud. La population anglophone du secteur est demeurée à peu près stable depuis 1971. De toute évidence, l'«exode» s'est trouvé entièrement compensé dans l'Ouest-de-l'île par l'arrivée d'anglophones en provenance du reste de l'île de Montréal, et par l'anglicisation d'un nombre important de francophones et d'allophones. En fait, la population qui déclare l'anglais comme langue d'usage à la maison a progressé de 109 000 en 1971 à 124 000 en 1991. Ce dernier chiffre représente un gain très confortable de 25 000 ou de 25% par rapport aux 99 000 anglophones (langue maternelle) énumérés en 1991. Ce gain net de 25 000 personnes pour l'anglais par voie d'assimilation provient pour un tiers d'une anglicisation nette de la population francophone et pour deux tiers de l'anglicisation des allophones. Plus précisément l'anglicisation nette des francophones s'élevait en 1991 à 7900 personnes (en chiffres bruts, 9900 francophones anglicisés moins 2000 anglophones francisés), ce qui représente un taux net d'anglicisation de 12% des francophones. Au même recensement 17300 allophones parlaient l'anglais comme langue d'usage à la maison alors que seulement 2600 avaient opté pour le français. Autrement dit, dans l'Ouest-de- l'île, on compte près de sept allophones anglicisés pour un francisé. La figure permet de bien saisir la dynamique d'ensemble de l'assimilation. La dominance de l'anglais dans l'assimilation des allophones s'est maintenue au même niveau tout au long des années 1980, malgré la loi 101. En même temps, l'anglicisation des francophones semble avoir progressé. Leur taux net d'anglicisation était en effet de 9% en 1981. Qu'il en soit ainsi alors que le secteur comptait deux fois plus d'anglophones bilingues en 1991 qu'en 1971 met bien en relief le peu d'emprise de la connaissance ou de l'usage du français comme langue seconde sur la dynamique profonde des langues. Encore est-il heureux que le poids relatif des francophones dans l'Ouest-de-l'île se soit quelque peu accru grâce à de nouveaux arrivants, sans quoi la dominance de l'anglais y serait sans doute encore plus massive. Par ailleurs, en 1991, l'anglicisation nette des francophones n'est que de 6% en moyenne dans la partie nord, à majorité francophone, mais atteint 18% en moyenne dans les municipalités à majorité anglophone de la partie sud. Cela signifie que de Dorval à Baie-d'Urfé en passant par Pointe-Claire, dans Galganov City comme on serait tenté de le dire, le taux net d'anglicisation des jeunes adultes francophones est de l'ordre de 25% puisque l'assimilation est toujours plus faible chez les moins de 15 ans. Dans la partie sud aussi, la part de l'anglais dans l'assimilation des allophones s'élève à 90%, c'est-à-dire à neuf anglicisés pour un francisé. L'anglicisation des francophones s'avère ainsi plus forte dans l'ensemble de l'Ouest-de-l'île, et beaucoup plus forte parmi les francophones qui habitent sa partie sud, que dans n'importe quel secteur à majorité anglophone de l'Outaouais. Même dans Pontiac, le taux net d'anglicisation des francophones est inférieur à 11%. Il faut aller en Ontario pour trouver des francophones qui vivent une situation comparable. Dans la banlieue est d'Ottawa, la municipalité de Gloucester, qui englobe les quartiers de Cyrville et d'Orléans, compte quelque 100 000 habitants dont une nette majorité d'anglophones et un bon quart de francophones, comme dans la partie sud du West Island. Le taux net d'anglicisation de sa population francophone est de 20% et la part de l'anglais dans l'assimilation des allophones y est de 95%, soit des taux semblables à ceux qui sévissent de Dorval à Baie-d'Urfé. C'est donc à plus d'un titre que cette partie du Québec se rapproche de l'Ontario. A en juger par le Bilan de la situation linguistique que le gouvernement a publié l'an dernier, qui n'offrait pas la moindre observation spécifique à l'Ouest-de-l'île, personne à Québec ne semble s'émouvoir de cette situation désespérée. Plus particulièrement, le directeur de la recherche au Conseil de la langue française ne vibre que pour son indicateur français langue d'usage public. D'autres fumistes, fussent-ils universitaires, mettent à profit ce silence officiel pour semer la confusion, voire alimenter les jérémiades des anglophones jusque sur leur sort dans le West Island. Dans une plaquette sur la situation de l'anglais à Montréal, parue peu avant Noël, Jack Jedwab, directeur du Congrès juif du Canada, section Québec, prétend ainsi que le pouvoir d'assimilation de l'anglais est plus faible dans le West Island que dans les municipalités à majorité francophone à l'est de la ville de Montréal, dont Saint-Léonard et Montréal-Nord. Il serait futile de relever ici tous les raccourcis ineptes de ce lobbyiste. Il suffit d'observer que dans l'est, l'anglais ne l'emporte sur le français dans l'assimilation des allophones que par une marge de deux anglicisés pour un francisé, et qu'on n'y trouve aucune anglicisation nette des francophones. Tant que les leaders politiques québécois craindront de faire largement état de l'assimilation linguistique et de ses conséquences à Montréal et ailleurs au Canada, les fanatiques du fédéralisme à la Trudeau auront le champ fibre pour dire n'importe quoi sur la langue. C'est le manque de courage des uns qui donne de la crédibilité aux autres. Tant pis pour les francophones du Québec qui vivent ou qui vivront en situation de minoritaires.
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