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Recensement fédéral de 1996 Un immigrant a deux fois plus de chances d'adopter l'anglais s'il habite en dehors de la ville de Montréal, constate le démographeJean ChartierLeDevoir 30 mars 1999
par les immigrants *
Le français n'est plus parlé à la maison que par 44,8% de la population dans les 28 villes de la CUM, hormis Montréal. C'est la nouvelle tendance que révèle le recensement de 1996. Dans la ville même de Montréal, 60,7% des citoyens disent qu'ils parlent le français à la maison. Mais l'avantage du français s'amenuise. Et globalement sur l'île de Montréal, 53,8% des citoyens à peine disent qu'ils parlent le français à la maison. Telle est la nouvelle donne que décrit le professeur Marc Termote, démographe à l'INRS-Urbanisation. «Je ne m'étais pas rendu compte jusqu'à ce jour qu'il y avait si peu de francophones en dehors de la ville. Déjà, la perspective d'une minoration des francophones sur l'île, cela avait fait un esclandre. Mais là, on y est dans la CUM, hors Montréal. Il n'y a que la ville qui tienne le coup si j'ose dire.» Le démographe a fait une autre découverte en examinant les statistiques. Le recensement de 1996 permet de déceler que 22 000 francophones de souche ont cessé de parler français à la maison sur l'île de Montréal. Cela représente 2,5 citoyens sur cent qui ont pourtant le français comme langue maternelle mais qui ne le parlent plus à la maison. Le phénomène est trois fois plus important dans les 28 villes de la CUM, souligne Marc Termote. Sur 309 000 citoyens qui déclarent le français comme langue maternelle, 14 000 ne parlent plus français à la maison, ce qui représente un transfert linguistique de 4,4% des citoyens de langue maternelle française vers l'anglais dans la CUM. Le taux équivalent est de 1,5% pour la ville. Par conséquent, la chance de passer à l'anglais est trois fois moindre à Montréal que dans les autres villes. L'institut universitaire a déboursé 10 000 $ pour obtenir cette banque de données qui lui permet de mener des recherches car les copies sur papier ne sont plus disponibles. Il faut dorénavant acheter une disquette par variable. On doit débourser 1500 $ pour les statistiques de chaque groupe d'immigrants sur l'île. La population de l'île était de 1 749 510 personnes au dernier recensement. De ce total, 942 050 citoyens parlent français à la maison tandis que 421 375 parlent l'anglais. 93 950 transferts à l'anglaisLe nombre des immigrants représentait 462 910 citoyens sur l'île, soit 26,45% de la population, ce à quoi il faut ajouter 40 000 immigrants non permanents, pour inclure les réfugiés en attente de citoyenneté et les étudiants étrangers disposant d'un visa d'étudiant. Les uns et les autres obtiennent la carte d'assurance-maladie mais n'ont pas le droit de vote.De cette population, le démographe évalue à 48 000 les transferts linguistiques au français et à 93 950 les transferts à l'anglais. Au recensement, 282 420 immigrants ont déclaré qu'ils parlent leur langue maternelle à la maison. Statistique Canada a introduit une catégorie qui ne facilite pas la vie aux démographes, 87 280 individus parlant plusieurs langues à la maison. Le professeur dit que cette catégorie concerne les immigrants en voie d'adopter une autre langue, les citoyens de langue maternelle française en voie de passer à l'anglais et vice-versa. Méthodologiquement, les statisticiens répartissent en trois catégories ces réponses multiples mais ils n'aiment pas cette initiative de Statistique Canada qui recouvre des réalités fort distinctes. Au total, 60% des immigrants gardent leur langue à la maison, 10% passent au français, 20% passent à l'anglais tandis que 9% parlent plusieurs langues. Pour les immigrants débarqués après 1982, le transfert au français ne devient pas plus important dans les villes de la CUM, hormis Montréal. Les transferts récentsPour la période la plus récente, du 1er janvier 1992 au 1er juin 1996, le démographe dit que 70 015 immigrants se sont établis sur l'île. Parmi eux, 74% ont gardé leur langue tandis que 10% sont passés au français et 6% ont choisi l'anglais; 10% parlent plusieurs langues chez eux.Par conséquent, on constate que le groupe français n'a gagné que 7000 personnes sur l'île grâce à l'immigration des six années récentes. C'est une confirmation de l'attraction plus forte du français pour les immigrants récents mais que le transfert linguistique ne concerne qu'une minorité des immigrants. Strictement, dans la ville de Montréal, le démographe note qu'au total 606 060 citoyens parlent le français à la maison, 153 045 utilisent l'anglais, 189 580 emploient une autre langue et 50 090 citoyens en choisissent plusieurs. Le poids de l'immigration joue différemment dans la ville. Parmi les immigrants de la ville, 23, 535 sont passés au français et 20 975 à l'anglais. Dans les villes de la CUM, le phénomène est différent; il n'y a en effet que 13 130 transferts au français contre 26 560 transferts à l'anglais, ce qui indique une très nette perte d'influence du français. Marc Termote en conclut: «Si vous habitez la ville, vous avez autant de chances de passer à l'anglais qu'au français; si vous habitez en dehors de la ville de Montréal, vous avec deux chances sur trois de parler l'anglais.» Les statisticiens ne peuvent rien dire de la langue au travail, ni de la langue dans la rue à partir du recensement de 1996. Mais le spécialiste de l'INRS précise que Montréal est la seule ville du Canada qui ait une telle problématique. Dans ce contexte, le gouvernement fédéral refuse depuis des années de poser des questions à. ce sujet et de s'aventurer dans une avenue qui montre l'évolution de la langue des Montréalais dans la vie de tous les jours.
Le chercheur signale qu'en Suisse, le recensement demande à chaque citoyen la langue parlée au travail, la langue parlée avec les amis prioritairement, la langue parlée à l'école et enfin cette question: «Dans quelle langue, pensez-vous ?» Il signale: «C'est le vrai critère d'intégration, la question déterminante.» Il dit «Personne ne s'en offusque», avant de confier: «Moi, j'ajouterais volontiers: "Dans quelle langue rêvez-vous ?"»
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