Verdict du démographe Marc Termote Le français a chuté partout
La glissade des anglophones n'est pas très forte
Les allophones progressent dans les autres villes de la CUM
Jean Chartier
LeDevoir 3-4 avril 1999
Depuis une génération, les allophones ont progressé de 14 à 21% à Montréal et de 7 à 17% dans les autres villes de la CUM. Trois évolutions fort inégales sur l'île de Montréal depuis 25 ans: l'anglais parlé à la maison a régressé de 1971 à 1981 mais a regagné du terrain de 1981 à 1996; le français a chuté partout de 1981 à 1996 et d'une façon très rapide; les autres langues ont progressé plus rapidement à Montréal de 1971 à 1981, et dans les autres villes de la CUM de 1981 à 1996.
La situation linguistique sur l'île de Montréal n'a pas changé autant de 1971 à 1981 que de 1981 à 1996, malgré la prise de pouvoir par le Parti québécois en 1976, malgré la loi 101 et malgré le référendum; les anglophones ont perdu 4 points durant cette décennie mouvementée mais ils en ont regagné deux depuis 15 ans; il y a surtout une forte régression du français partout sur l'île depuis 15 ans, en dépit de l'adoption de la loi 101.
Tel est le verdict que porte le démographe Marc Termote après un examen des recensements de 1971, de 1981 et de 1996.
Globalement, la population de l'île a glissé de 1 959 170 à 1 760 122
durant les dix premières années, soit 199 048 personnes de moins au
recensement de 1981, et pourtant une population qui n'a pratiquement pas bougé durant les 15 années suivantes.
La chute dramatique n'avait presque pas touché au pourcentage
de francophones entre 1971 et 1981. Mais par la suite, on a assisté à une évolution bien différente, comme s'il n'y avait pas eu de loi 101, signale le démographe de l'INRS.
On avait recensé 1 199 235 citoyens qui parlaient le français à la maison sur l'île de Montréal au départ, soit 61,2% de la population. On restait à un pourcentage voisin en 198l, soit 60,0%.
A Montréal, il y avait même 67,5% de citoyens qui parlaient français à la maison en 1971; au delà des deux tiers de la population était francophone. C'était il y a une génération. Ce pourcentage n'avait guère bougé en 1981, s'établissant à 66,2%. C'est ensuite qu'est survenu le changement draconien.
Dans les villes de la CUM, hors de Montréal, les francophones étaient nettement majoritaires au début de la période. 379 480 citoyens parlaient français à la maison tandis que 311 605 parlaient l'anglais, ce qui représentait 51,0% de francophones par rapport à 41,8% d'anglophones dans la CUM, hors Montréal.
Seulement 53 705 citoyens parlaient une autre langue dans les 28 villes de la CUM, soit 7,2% de la population. La progression se fit doucement en dix ans pour atteindre 10,5%. A Montréal, les allophones étaient nettement plus nombreux, 168 785 au départ, ou 13,9%, soit deux fois plus que dans les villes de banlieue.
Et les anglophones n'étaient majoritaires ni au sein de la CUM ni à Montréal. Marc Termote insiste sur deux phénomènes. «La baisse des anglophones hors de la ville s'est faite entre 1971 et 1981; après ils se sont stabilisés.» Le deuxième phénomène, c'est que «les allophones, en vingt-cinq ans, sont passés de 7% à 17% de la population hors de la ville de Montréal.»
Cela l'amène à conclure: «En distinguant la ville du reste de l'île, la situation est très différente de ce qu'elle était. C'est surtout depuis 1981 que ça se passe, malgré la loi 101. De 1971 à 1981, les allophones n'avaient presque pas augmenté sur IIIe et même dans la ville de Montréal »
En dernière instance, les changements de chaque groupe ne suivent pas les mêmes courbes depuis 25 ans. Marc Termote constate que le pourcentage des anglophones n'a pas bougé de façon significative de 1971 à 1996, malgré les hauts cris, ne régressant que de 27,4 à 25,3% sur l'île, soit de 2,1 points.
Même à Montréal
Même dans la ville de Montréal, la glissade des anglophones n'est pas très forte; ils ont baissé de 18,6 à 16,6% sur une génération, ce qui l'étonne étant donné tout le branle-bas de combat. Dans les autres municipalités, ils ont gardé leur force, à 37%.
Bref, les changements les plus importants ne se sont pas faits dans les foyers où on parle l'anglais mais dans les foyers où on parle le français. C'est là qu'il y a eu une baisse dramatique.
En deuxième lieu, un phénomène plus important encore est la montée de ceux qui parlent d'autres langues que le français et l'anglais à la maison. Et il n'est pas clair du tout à ce stade-ci de quel côté ceux-ci pencheront quand ils parleront une autre langue.
La baisse de popularité du français atteint 5,6 points à Montréal, comparativement à 2 points pour l'anglais, ce qui va à l'encontre de toutes les idées reçues. Dans les autres villes, cette baisse atteint les 5 points, contre 2 points toujours pour l'anglais.
Sur l'île, les foyers où on parle le français ont diminué de 61,2% à 55,l%, la chute de 5,9 points se comparant à la diminution de 27,4% à 25,3% des foyers où on parle l'anglais. Voilà pour la mesure la plus globale de toutes.
Cela survient même si le démographe Marc Termote a réparti les réponses multiples du recensement de 1996 de façon égale entre les foyers français et les foyers anglais de la CUM, ce qui n'est pas évident dans la réalité. Cela reste une hypothèse fort prudente.
Marc Termote conclut: «La situation linguistique n'a presque pas changé entre 1971 et 1981, puis après 1981 les anglophones se sont stabilisés.»

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