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Lettre de Roosevelt à Mackenzie King sur l'assimilation des Canadiens françaisJean-François Lisée savaitUn conseiller de Lucien Bouchard sait depuis 1990 que le président américain Franklin D. Roosevelt, dont le premier ministre vient d'inaugurer la statue de bronze dans le Vieux-Québec, prônait l'assimilation des Canadiens français.Marco FortierLe Droit 12 mai 1998
«Voilà qui est ironique: le gouvernement du Québec élève un monument à l'homme qui veut assimiler les Canadiens français», a déclaré hier l'auteur Lawrence Martin, d'Ottawa. M. Martin, qui décrivait Lucien Bouchard comme un être instable dans une biographie controversée publiée l'an dernier, a ressorti hier des boules à mites une lettre de Roosevelt à Mackenzie King, datée de 1942. Le président américain écrivait à son «ami» canadien que le Canada et les États-Unis ont les mêmes intérêts à assimiler ces «gens du Québec (qui) ne veulent même pas parler anglais».
Lawrence Martin cite cette lettre dans son livre The Presidents and The Prime Ministers, publié en 1981. L'auteur a fait parvenir une copie de la lettre aux médias d'Ottawa, hier, pour mettre en lumière ce qu'il appelle la «contradiction» du gouvernement péquiste à Québec. Lucien Bouchard a inauguré jeudi dernier les bustes en bronze et en granit de Roosevelt et du premier ministre britannique, Winston Churchill, pour souligner leur présence dans la Vieille Capitale lors des conférences de Québec, en 1943 et 1944. L'absence de statue du premier ministre canadien William Lyon Mackenzie King, hôte des conférences, a provoqué la colère des fédéralistes. «C'est dégueulasse!» a même déclaré Jean Chrétien, qui a boudé le dévoilement des statues. Un pavé dans la mareEn rendant publique la missive de Roosevelt, Lawrence Martin souhaitait lancer un pavé dans la mare souverainiste. Mais il ne se doutait pas qu'un des plus proches conseillers de Lucien Bouchard citait la même lettre dans un de ses livres.Avec Dans l'oeil de l'aigle, Jean-François Lisée livrait en 1990 ce qui a été décrit comme une des enquêtes les plus fouillées jamais réalisées par un Québécois sur la façon dont Washington perçoit les souverainistes. Aux pages 22 et 23 de son livre, Lisée écrit comment, près de 40 ans avant le référendum de 1980 sur la souveraineté, Roosevelt souhaitait anéantir le fait français en Amérique.
Le premier ministre canadien n'avait pas donné suite au souhait de son homologue américain, selon Jean-François Lisée et Lawrence Martin.
Jean-François Lisée a refusé de parler au Droit hier. À 17 h, sa secrétaire indiquait qu'il était en réunion et qu'il allait rappeler. Quinze minutes plus tard, il avait «quitté pour la journée». Le cabinet de Lucien Bouchard n'a pas non plus donné suite aux appels du Droit. L'attitude de Roosevelt «dénote une pensée, une logique américaine auquel le projet nationaliste québécois n'a pas fini de se heurter», écrivait Lisée dans son livre.
Un fédéraliste engagé et bien connu à Québec, Pierre Roy, a poussé un grand soupir lorsque Le Droit l'a informé que Mackenzie King avait refusé de jouer le jeu du président Roosevelt. «Je vais dormir mieux ce soir, monsieur, a-t-il dit. Vous me faites tellement une grande surprise que je ne sais à peu près pas quoi dire.» Ça ne l'a pas empêché de parler durant plus de 20 minutes et de dénoncer «ceux qui essaient
de réécrire l'histoire». Il entend continuer de se battre pour faire ériger un buste de Mackenzie King aux côtés de ceux de Churchill et de Roosevelt.
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