Le français attire les allophones


Gérald Leblanc

La Presse 24 janvier 1998



Au recensement de 1996, 598 000 habitants de la grande région de Montréal ont indiqué avoir une langue maternelle autre que le français ou l'anglais. Donc près de 600 000 allophones sur une population de près de 3,3 millions d'habitants.

De ce nombre, 372 000 parlaient toujours leur langue maternelle à la maison tandis que 136 000 y avaient substitué l'anglais et 76 000 le français, comme principale langue d'usage au foyer. Donc 60 % pour l'anglais et 40 % pour le français.

Parti de loin, seulement 20 % avant 1961, le français a effectué un imposant rattrapage depuis 25 ans. De 1971 à 1996, on assiste en effet à un quasi-match nul entre le français et l'anglais, qui ont chacun attiré quelque 60 000 allophones. Ce qui a porté à 40 % la part du français dans l'assimilation linguistique des allophones de la région de Montréal.

C'est ce qui se dégage d'une compilation spéciale de Statistique Canada, obtenue par La Presse et analysée par Charles Castonguay, professeur de mathématiques à l'Université d'Ottawa et expert de la substitution linguistique, dont nous présentons les analyses aujourd'hui, en page B 7, et demain.

Il s'agit d'une question névralgique pour l'avenir du français dans la région de Montréal, dont l'unité de recensement analysée ici compte près de la moitié du Québec.

L'analyse du professeur Castonguay, qui intègre les données exclusives obtenues par La Presse, fait ressortir deux facteurs clefs dans la francisation des allophones : la provenance des immigrants et la fréquentation de l'école française.

Avant même l'entrée en vigueur des lois 22 et 101, les tendances profondes avaient en effet été infléchies par l'arrivée d'un nouveau type d'immigrants, plus portés vers le français, en raison de leur culture latine (Portugais et Sud-Américains) ou de leur passé colonial (Indochinois, Haïtiens et Arabes).

Cette arrivée des francotropes, comme les nomme le professeur Castonguay, a fait monter le taux de francisation à plus de 50 % durant les années 70.

Ce sont ensuite les enfants de la loi 101, comme on les surnomme, qui ont porté cette part du français autour de 66 %, pourcentage inchangé depuis une quinzaine d'années.

Le professeur Castonguay estime qu'il faudra de nouveaux moyens pour dépasser ce plafond et atteindre les 80 % qu'on pourrait attendre, étant donné les poids relatifs du français et de l'anglais à Montréal et au Québec.

Il faut enfin souligner la réalité complexe, vivante et multiforme de l'intégration linguistique qu'on ne peut mesurer comme les cordes de bois ou les livres de poisson. Notre perception est de surcroît souvent superficielle et presque toujours teintée d'esprit partisan.

La commission Laurendeau-Dunton avait néanmoins souligné l'importance capitale de la langue parlée à la maison pour mesurer la vitalité du français ou de l'anglais dans la société.

C'est sur ce critère, jamais vraiment remis en question, que se fonde le professeur Castonguay, dont on retrouvera en page B 7 du cahier Plus l'analyse des grandes tendances de l'intégration linguistique des allophones de la région de Montréal.