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Les péquistes de Montréal-Centre sonnent l'alarmePierre O'Neill LeDevoir 3-4 avril 1999
Les toutes récentes données dévoilées par le démographe Marc Termote, cette semaine dans Le Devoir, ont troublé les membres de cet exécutif régional, qui ont convenu d'interpeller la ministre responsable de l'application de la Charte de la langue française, Louise Beaudoin. Le président de Montréal-Centre, Mario Beaulieu, a confié hier au Devoir qu'il se propose de soumettre une motion d'urgence à l'occasion du prochain conseil national qui se tiendra les 24 et 25 avril à Trois-Rivières. D'abord fixée aux 27 et 28 mars, cette réunion avait dû être reportée pour permettre au premier ministre Bouchard de se rendre en Californie au chevet de sa belle-mère, décédée depuis. L'analyse que Marc Termote a faite des données du recensement de 1996 l'a amené à conclure que dans les 28 villes de la Communauté urbaine de Montréal, hormis Montréal, le français n'est plus parlé à la maison que par 44,8% de la population. Dans la ville même de Montréal, 60,7% des résidants disent parler le français à la maison, quoique l'avantage du français s'amenuise d'une année à l'autre. Et globalement, sur l'île de Montréal, 53,8% affirment parler le fiançais à la maison. Autre donnée alarmante, de 1981 à 1996, sur l'île de Montréal, la population francophone a diminué trois fois plus que celle des anglophones. Pendant que le nombre des résidants parlant l'anglais a diminué de 31 225, celui de ceux qui parlent le français à la maison a chuté de 91 718 au cours de la même période. En somme, le sort de la langue française se jouera à Montréal, qui accueille la grande majorité des immigrants; les citoyens qui utilisent le français à la maison deviendront minoritaires entre les années 2006 et 2011 sur l'île de Montréal, alors que la proportion de francophones tombera sous les 80% dans l'ensemble du Québec. Dans le texte qu'il a transmis cette semaine au Devoir, le président de Montréal-Centre, Mario Beaulieu, fait valoir que ces données sont d'autant plus significatives qu'elles se fondent sur la norme de la langue d'usage à la maison plutôt que sur celle de la langue maternelle. Et pour l'ensemble des allophones qui changent de langue d'usage à la maison, les données du recensement de 1996 démontrent qu'il y a toujours 60% des transferts linguistiques qui se font vers l'anglais. De l'avis de Montréal-Centre, les auteurs du bilan gouvernemental de 1996 ont minimisé l'importance des données sur la langue d'usage à la maison, en faisant référence à un indicateur de la langue d'usage public. Or, les dirigeants péquistes de cette région, se référant aux avis des plus grands experts en la matière, font valoir que c'est la langue d'usage à la maison qui est l'indicateur privilégié pour indiquer le statut réel du français. C'est d'ailleurs la théorie qu'avait défendue l'exécutif national du parti, dans le mémoire présenté en commission parlementaire, lors de l'étude du projet de loi 40 et l'énoncé de politiques linguistiques de 1996: «L'indicateur de la langue d'usage public demeure restreint et sans grande incidence sur les tendances linguistiques [...] La connaissance du français n'empêche pas les allophones nés au Québec et qui font un transfert linguistique, de choisir, dans 75% des cas, l'anglais comme langue d'usage.» Mieux encore, le conseil national de février 1998 a adopté une proposition mise de l'avant par Montréal-Centre et demandant à la ministre responsable de la Charte de la langue française d'évaluer le statut réel du français dans la société québécoise «en se basant principalement sur le taux de transfert de la langue parlée à la maison vers le français et vers l'anglais».
Le président de Montréal-Centre est conscient que bien des péquistes ne sont pas à l'aise avec la question linguistique, à cause des connotations ethnocentriques que lui attribuent les fédéralistes. Mario Beaulieu demeure néanmoins convaincu qu'il faut résister à la tentation de se prémunir des accusations de nationalisme ethnique en soumettant le discours souverainiste aux diktats de la rectitude politique et en se cachant une partie de la réalité. «Il faut oser faire le vrai débat de fond.»
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