L'Ontario et le Nouveau-Brunswick font exception
L'assimilation guette les écoliers francophones en milieu minoritaire
HUGUETTE YOUNG
PC 17 octobre 1997
A l'exception de l'Ontario et du Nouveau-Brunswick, les écoles françaises en milieu minoritaire n'arrivent pas à retenir leurs élèves, constate la Commission nationale des parents francophones.
Ce qui arrive trop fréquemment, c'est qu'il y a des transferts vers les écoles anglaises, ont déploré hier Normand Frenette et Saeed Quazi, auteurs d'une étude sur les effectifs scolaires en milieu minoritaire. Si les francophones en milieu minoritaire ont obtenu le droit de gérer leurs écoles, la situation ne s'est pas nécessairement améliorée car les écoles françaises demeurent sous-financées, a pour sa part expliqué la présidente de la Commission nationale des parents francophones, Dolorèse Nolette.
Et c'est la qualité de l'éducation qui en souffre.
«Les écoles françaises n'ont pas les moyens d'empêcher l'érosion progressive de leurs effectifs, a-t-elle ajouté au cours d'une conférence de presse, hier. Et on ne parle pas ici de décrochage, ce qui supposerait que les moins doués abandonnent l'école française. Au contraire, ce sont souvent les meilleurs effectifs qui quittent et ils se dirigent vers l'école anglaise.»
L'étude porte sur les effectifs dans les écoles françaises pendant la période de 1980-1994.
L'étude montre que c'est le Nouveau-Brunswick qui réussit à garder sa clientèle scolaire francophone le plus longtemps. Les auteurs voulaient savoir dans quelle proportion les élèves de première fréquentaient encore l'école française en huitième année, puis en douzième année.
Les données sont approximatives. Elles donnent une idée du scénario le plus optimiste car il peut y avoir des départs et des arrivées d'écoliers en cours de route entre la première et la douzième année. L'absence d'écoles secondaires françaises peut expliquer les faibles taux d'inscription. «Dans un contexte donné, le phénomène des transferts peut être plus important que celui qui se voit dans les chiffres», notent les auteurs dans leur analyse.
Au Nouveau-Brunswick, où la population francophone est plus concentrée, les élèves poursuivent leurs études en français en grand nombre jusqu'à la huitième année (97,3%) mais ce chiffre tombe à 87,3% en douzième année. Par contre, le nombre d'élèves qui ont continué leurs études en français jusqu'à la douzième année est en hausse constante depuis 1991.
L'Ontario s'en tire mieux que les provinces de l'Ouest mais dès la 11e année, les écoles françaises ontariennes perdent 20% de leur clientèle initiale. Au début de la neuvième année, il ne reste plus que les quatre cinquièmes du groupe initial de la première année.
A l'élémentaire, les transferts vers les écoles de langue anglaise ont presque triplé en quatre ans en Ontario. Au secondaire, ils ont presque quadruplé pour la même période.
A l'Ile-du-Prince-Edouard, les écoliers restent pour la plupart dans le système français jusqu'à la douzième année (84,8%) mais ce taux est sans doute «gonflé» par l'augmentation des effectifs pendant les années précédentes - une école française a été construite. A Terre-Neuve, les francophones de la première année ne se rendent tout simplement pas à la douzième année en français: le taux de rétention est de zéro pour cent.
C'est en Saskatchewan que le taux de francophones qui terminent leurs études en français, en douzième année est le plus bas: 17,3%. Il est de 23,3% en Colombie-Britannique. En Alberta, 57,2% des écoliers de la première année vont terminer leur douzième année en français. Au Manitoba, ce taux s'établit à 62,2%, et à 52,0% en Nouvelle-Ecosse.
Pour les auteurs de l'étude, ces pertes d'écoliers en cours de route indiquent une «défaillance du système», «car les écoles ont le devoir de soutenir les élèves jusqu'à la conclusion de leurs études et ce, en français».
«Dans certains cas, les résultats frisent le dramatique», regrettent Normand Frenette et Saeed Quazi.

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