Nouvelle approche et confiance modérée, ou mensonges et oubli du passé ?

Gilles Lesage

LeDevoir 23 septembre 1997




Ce que l'on appelle pompeusement la déclaration de Calgary a non seulement fait couler beaucoup coup de salive, depuis une semaine, elle a également soulevé une foule de commentaires discordants d'un océan à l'autre.

Pour des analystes, c'est une bouffée d'air frais; pour d'autres, les premiers ministres s'enfoncent à nouveau, et le Canada avec eux, dans le marécage constitutionnel, sans espoir d'apaiser les insatiables séparatistes québécois. Entre les deux extrêmes, la panoplie habituelle des avis divergents.

Dans l'Est, optimisme modéré...

«La réforme constitutionnelle, c'est comme une visite chez le dentiste, opine The Evening Telegram, de St John's (Terre-Neuve). Vous savez que vous devez y aller, et le plus tôt sera le mieux, mais vous avez quand même peur... Tout en souhaitant bonne chance à tous les participants pour cette nouvelle visite chez le dentiste (qui survient après bien des essais infructueux), notre espoir de réussite est fort modeste. Etant donné les enjeux, toutefois, il faut essayer. Comme pays, le Canada est un trop bon pays pour le laisser tomber en morceaux sans combattre rudement pour le conserver.»

Plusieurs rappellent d'ailleurs les échecs de Meech et de Charlottetown pour insister sur le fait que les Canadiens doivent être mis dans le coup dès maintenant, et non en bout de course. Le scepticisme et la méfiance doivent être surmontés, écrit The Chronicle-Herald, de Halifax. «Ça a du bon sens de se concentrer d'abord sur le problème immédiat du Québec et de le résoudre à l'aide de principes solides qui ont une portée universelle. Mais faire preuve de prudence ne peut empêcher les premier ministres d'assumer le leadership. Ils doivent être plus que de simples consultants.»

Ombre ou substance, bonbon ou repas solide? se demande The Telegraph Journal, de Saint-Jean (Nouveau-Brunswick). Comparée aux tentatives précédentes, celle-ci semble bien faite. «Mais là n'est pas le point principal.- c'est plutôt un retour à la cuisine, un essai pour tenter une nouvelle recette à partir de rien. Ça va prendre du temps avant que nous soyons appelés à la table. Mais nous le serons, un jour. Il ne faut pas abandonner»

Au même journal, le chroniqueur Don Richarson ne partage pas cette confiance mitigée. Pour lui, les premiers ministres oublient leurs erreurs antérieures quant à la reconnaissance du Québec distinct, unique, ou autre mouture. «C'est le temps de dire aux politiciens qu'on aime ce pays tel qu'il est. Si imparfait soit-il sur le plan constitutionnel, le Canada n'en fait pas moins l'envie du monde entier, où plusieurs langues sont utilisées et plusieurs rêves poursuivis. Nous avons plus à perdre qu'à gagner en cherchant à changer notre enviable statu quo. »

(L'espace me manque pour faire état des chefs-d'oeuvre de The Gazette. Un vol direct vers Toronto...)

Trêve dans la guerre froide?

«Les premier ministres l'ont bien fait ressortir en fin de semaine, il n'y a rien de nouveau sous le soleil quand il est question de la place du Québec au Canada, mais il y a une saison pour chaque chose, écrit d'emblée The Globe and Mail, en édito, sous le titre «Le Canada devrait être ce qu'il est». La saison de la raison est peut-être arrivée, après les années flamboyantes de Lac Meech, Charlottetown et le référendum de 1995 au Québec. Après tout, les faits parlent d'eux-mêmes.»

Tout a été dit, discuté, proposé, sauf ce qui relève du symbole, de l'émotion, de l'hypothèse. «De même que les séparatistes doivent se rendre compte que le Québec ne peut se séparer du Canada sans un mandat solide et un risque considérable de conflit et de coûts, les Canadiens de partout doivent admettre que le Québec est égal à, mais différent de toute province du pays. »

Le fantôme de la «société distincte» fait encore résonner ses chaînes, se lamente Jeffrey Simpson dans une chronique au Globe and Mail, accordant bien peu de chance de réussite à ce revenant, à cette tentative de réconciliation entre le Canada anglais et ce qui satisferait le Québec, y compris les libéraux ambigus de Daniel Johnson.

Dans le même quotidien de Toronto, écrivant de Vancouver, Gordon Gibson est plus optimiste. Les «Premiers» ont livré la meilleure nouvelle qui soit, titre-t-il. Mieux encore, il affirme, en exergue, que «le Canada se met en position de redevenir la fédération-phare du 21, siècle».

Cet optimisme est partagé par The Toronto Star, du moins en éditorial: on offre au Canada une nouvelle option. Quels que soient les raccourcis des premiers ministres, cela vaut mieux que de continuer de faire du mieux l'ennemi du bien. C'est un «package» fort modeste, certes, mais il mérite l'appui populaire et il faut y associer toute la population.