![]() |
Il faut cesser de parler "des deux peuples fondateurs"
"Les deux peuples fondateurs" - mon oeil !!! Le jour où les Québécois comprendront qu'ils sont colonisés, et qu'ils doivent se libérer pour apporter enfin au monde la riche contribution de ce qu'ils sont en tant que communauté nationale, ce jour-là constituera l'événement fondateur recherché. |
|
Ce lundi 8 février, André M. Matte écrivait ceci aux membres d'avant-garde_quebec: "En tant que Québécois, j'en ai ras-le bol de me faire dire par les élus fédéraux et ceux des autres provinces que nous jouons à la victime, que nous prenons des airs de martyrs, d'opprimés, d'humiliés, chaque fois que nous revendiquons des droits acquis et garantis par un document constitutionnel. Je fais allusion à la Constitution de 1867 et non à celle qui nous fut imposée en dépit de nos protestations durant la nuit infâme des longs couteaux."Je suis porté à répondre à Matte: "Les deux peuples fondateurs, mon oeil!!! Quand cesserons-nous, en effet, d'idéaliser la constitution de 1867? Quand cesserons-nous de croire que nous sommes un des deux peuples fondateurs de ce Canada oppresseur qui nous a volé notre identité de Canadien, nous a colonisés, tout autant que nos anciens alliés, les autochtones? Suite à un colloque sur l'histoire tenu récemment à McGill, Danièle Fortin écrivait ici: "Nous devons trouver notre point d'encrage. Une référence qui permettrait à tous les Québécois de se reconnaître."Et en réplique le lendemain, Richard Gervais, à son tour, déplorait l'absence de consensus autour d'un événement fondateur. Eh bien, je dis que le Canada anglais devrait honorer le 13 février 1849, plutôt que le 1er juillet 1867, comme événement fondateur du pays qu'il voulait se donner. Samedi prochain, nous devrions tous écrire à Jean Chrétien, pour souhaiter bon cent cinquantième anniversaire à l'empire qu'il dirige. Et que, nous Québécois souhaitons tous, bientôt, nous libérer de cet empire. Le 13 février 1849, Allan Napier MacNab, un député du Haut-Canada, devenu le Canada-Ouest, fit cette envolée en pleine Chambre d'assemblée: "S'il en est ainsi, l'Union a complètement manqué son but. Elle a été faite dans le seul motif de réduire les Canadiens français sous une dominations anglaise. Et l'on obtient le contraire! Ceux qu'on voulait écraser dominent; ceux en faveur de qui l'Union a été faite sont les serfs des autres." (Lacoursière, Jacques, HISTOIRE POPULAIRE DU QUÉBEC 1841 à 1896, page 43)Cela ne vous rappelle-t-il pas notre supposé "French Power" et le danger de la société distincte? Mais revenons à nos moutons. MacNab criait ainsi en pleine Chambre son "ras-le-bol" du Canada à deux que pensaient vouloir créer Lafontaine et Baldwin. Le projet de loi voulant indemniser les victimes des troubles de 1837-38 lui servit de prétexte pour attaquer le gouvernement. Bizarre: quatre ans auparavant, il avait suffi d'un simple décret pour que les victimes du Haut-Canada soient indemnisées.
Le déménagement du Parlement de Montréal à Kingston puis à Toronto a été le symbole même que le discours du 13 février 1849 de MacNab avait vaincu "l'idéalisme et l'humanisme" des Lafontaine et Baldwin (tant louangés par John Saul dans ses RÉFLEXIONS D'UN FRÈRE SIAMOIS, Le Canada de 1998 est le Canada que voulait MacNab dans son discours du 13 février 1849. Et le BNA act de 1867 n'est que le prolongement de ce discours et non la Constitution idéalisée que nous en fait Matte. Si cette Constitution de 1867 avait été le fruit de négociations entre deux peuples fondateurs, on n'y aurait pas inscrit que seule la province de Québec se devait d`être bilingue. Et ce qui était considéré comme les vrais pouvoirs à l'époque n'auraient pas été dévolus au seul gouvernement central. Ce que l'on a appelé "Confédération" n'était même pas une fédération puiqu'on avait accordé au gouvernement central le droit de nommer les lieutenants-gouverneurs de chaque province et le droit de désavouer en tout temps toute loi provinciale qui irait à l'encontre de l'idée qu'il se faisait du bien général. Nous avions en fait une union législative comme l'avaient souhaitée les MacNab, George Brown et Macdonald, mais qui se donnait l'image d'une fédération. Les Canadiens français étaient renfermés dans une grande réserve qui s'appelait la province de Québec. Et s'ils voulaient sortir de la réserve, le prix à payer était de perdre leur identité. Grâce à Riel, par deux fois en 1870 et 1885, l'occasion vint pour les Canadiens français et les autochtones de briser quelque peu cet empire-Canada. Mais le rêve a échoué par l'utilisation de la violence étatique. La pendaison de Riel en 1885 a sensibilisé les Québécois quant à leur isolement dans ce "beau Canada" et les a poussés à se donner un premier gouvernement "autonomiste". Sensible au fait que par leur nombre, les Canadiens francais détenaient un rapport de force au Canada et qu'ils pouvaient s'en sertvir pour changer les choses, le premier ministre Mercier su amener les autres premiers ministres provinciaux à se rallier à lui pour que Londres oblige Ottawa de se restreindre dans son pouvoir de désaveu. devant la francophobie des provinces anglaises Malheureusement, tant qu'un peuple reste colonisé, une maigre victoire ici entraîne souvent une défaite ailleurs. Laurier en 1896 se servit du prétexte de la "volonté d'automie des provinces" pour ne pas agir efficacement et mettre les provinces anglaises au pas quand celles-ci, chacune à leur tour, abolirent le peu de droits que les francophones avaient en dehors du Québec. Mais, dans les années trente, il est advenu que les questions sociales et d'éducation, qui avaient été laissées aux provinces dans le BNA Act , parce que considérées comme peu importantes, le devenaient tout à coup à la faveur de la Grande Crise. Il a suffit au gouvernement libéral de l'époque de constituer une commission (Rowell-Sirois) pour se dédouaner en ne défendant plus l'autonomie des provinces. Et on a trouvé dans le pouvoir de dépenser du BNA Act - n'en déplaise à André M. Matte - tout ce qu'il fallait pour envahir "les champs de juridiction exclusive des provinces." On a bien cru dans les années 60, pendant le gouvernement Pearson, que le Canada avait enfin compris que le Canada était constitué de deux nations. Nous le faisait espérer l'acceptation de l'opting-out dans le cas du régime publique de rentes accordé au Gouvernement Lesage ainsi que la reconnaissance des deux peuples dans le Rapport préléminaire de la Commission Laurendeau-Dunton... Mais c'était trop demandé au Canada anglais. Avec l'arrivée des trois colombes à Ottawa, la pensée de MacNab reprenait toute sa vigueur. La pensée de MacNab n'a jamais cessé de hanter le Canada anglais depuis. Elle nous a donné la loi des mesures de guerre et les quatre cents innocents arrêtés sans fondement et emprisonnés en 1970. La pensée de MacNab est à la source du rapatriement unilatéral et de la charte de 1981, comme elle est à la source des subventions accordées à Alliance Québec. Il faut cesser de parler "des deux peuples fondateurs". Le jour où les Québécois comprendront qu'ils sont colonisés, et qu'ils doivent se libérer pour apporter enfin au monde la riche contribution de ce qu'ils sont en tant que communauté nationale, ce jour-là constituera l'événement fondateur recherché par Danièle Fortin et Richard Gervais.
Claude G. Charron |