CANADIANS ET CANADIENS

Tiré de "Canadians et Canadiens", Michel Brunet, Ed. Fides, 1979

Voici, en complément du texte du 6 janvier, une autre référence au site de l'historien Bruno Deshaies. rond-point/histoire/brunet/visions_quebec-02.html

Cette page contient une note du Chanoine Groulx provenant de son compte-rendu du livre de Michel Brunet, Canadians et Canadiens, paru dans la Revue d'Histoire de l'Amérique française, 9 (juin 1955), 1 : 123.). Cette note porte sur la couverture toute symbolique de ce livre que Bruno Deshaies a eu l'initiative de reproduire.




Les mots Canadian et Canadien ont une longue histoire. Impossible de comprendre les réalités complexes qu'ils représentent et de mettre fin aux malentendus qu'ils entretiennent sans un retour au passé.

Deux grandes nations européennes ont colonisé la partie du Nouveau-Monde située au nord des colonies espagnoles. Au milieu du XVIIIe siècle, les Anglais avaient étendu leurs colonies depuis la Georgie jusqu'à la Nouvelle-Ecosse. Les Français étaient établis dans la vallée du Saint-Laurent et du Mississipi. La colonie française de la vallée du Saint-Laurent se nommait le Canada. Ses habitants s'appelaient Canadiens et désignaient leurs voisins et ennemis sous le nom de Bostonais ou Bostoniens.

Normalement, ces deux colonisations d'origine européenne, la française et l'anglaise, auraient dû donner naissance à deux grandes Nations-Etats: une nation anglaise et une nation française d'Amérique. L'histoire en a décidé autrement.

La guerre de Sept Ans chassa définitivement la France du Nouveau-Monde. Celle-ci s'était révélée impuissante à fonder, comme l'avait proposé l'intendant Talon, un « grand Royaume » capable de résister à l'expansion de la colonisation anglaise.

L'ancien Empire français fut partagé entre l'Espagne et l'Angleterre. C'était une reddition sans condition. La Proclamation de George III, publiée quelques mois après le traité de Paris, supprima d'un trait de plume l'ancien Canada. On dépeça à même son territoire une étroite bande de terre à laquelle on donna le nom de « Province de Québec ». Celle-ci constituait la quinzième colonie de l'Empire anglais situé sur les côtes de l'Atlantique. Toute l'Amérique du Nord, à l'est du Mississipi, était devenue anglaise. Une lutte de 75 ans avait pris fin. L'avenir s'annonçait prospère pour les Anglais du Nouveau-Monde.

Si le Canada n'existait plus, il y avait encore des Canadiens. En quittant la vallée du Saint-Laurent, la France avait laissé derrière elle une population de quelque 65,000 âmes. Ce petit peuple avait vaillamment combattu pour maintenir l'Empire auquel il devait la vie et dont son avenir et sa prospérité dépendaient. Son courage et son énergie avaient dû céder devant le nombre. Il avait vu partir ses principaux dirigeants. Incapable de les suivre, il était demeuré sur ses terres, dans ses villages et dans ses villes. Ces soixante-cinq mille colons - paysans, artisans, marchands et prêtres - avaient été séparés brutalement et trop tôt de leur métropole. Néanmoins, ils gardaient, jusqu'à un certain point, l'illusion de continuer l'oeuvre de la France en Amérique. Pour eux, le Canada n'était pas disparu. C'était le pays qu'ils avaient toujours connu, le royaume que leurs ancêtres avaient fondé, la terre natale qu'ils avaient défendue contre l'envahisseur. Le Canada, en un mot, c'était leur patrie.

Le Conquérant lui-même les encouragea dans cette croyance en leur réservant le nom de Canadiens. C'est ainsi que les documents officiels de l'époque désignent les « nouveaux sujets de Sa Majesté Britannique ». Les vaincus de 1760 avaient encore conscience de former une nation distincte: la « nation canadienne ».

Cette « nation canadienne », malheureusement, habitait un pays qui ne lui appartenait plus. La Conquête avait amené une nouvelle colonisation dans la quinzième colonie anglaise d'Amérique. Au début, les immigrants anglais ne vinrent pas en très grand nombre. Quelques centaines de 1760 à 1775. Cette minorité infime disposait, néanmoins, d'une influence bien supérieure à celle des Canadiens qui n'avaient que le nombre. L'Angleterre confia naturellement l'administration de sa nouvelle colonie à ses anciens sujets. Lorsque les Canadiens obtiendront le droit d'occuper des emplois publics, ils devront se contenter des postes subalternes. En moins de quinze ans, tout le commerce extérieur et une bonne partie du commerce intérieur passèrent aux mains des commerçants anglais. Ceux-ci, grâce à leurs relations avec le marché londonien, avaient vite supplanté les marchands canadiens privés de l'appui d'une métropole. Le contrôle de la vie politique et économique de la colonie conquise appartenait à ceux que les Canadiens appelaient maintenant les Londoniens ou les Anglais.

Les conquis de 1760 ne s'alarmèrent pas outre mesure devant une telle situation. Parce qu'ils ne pouvaient pas prévoir quelles seraient les conséquences ultimes de la Conquête, ils demeuraient optimistes. Les marques de sympathie des deux premiers gouverneurs anglais et les concessions généreuses accordées par le gouvernement impérial entretinrent leurs illusions. La colonie était relativement prospère. En quelques années, les ruines laissées par la guerre n'y paraissaient plus. Les Canadiens se savaient l'immense majorité de la population et tout indiquait qu'il en serait toujours ainsi. Carleton lui-même en était convaincu. Les Canadiens ne doutaient pas que, tôt ou tard, ils reprendraient le contrôle politique et économique du pays qu'ils considéraient toujours comme une patrie leur appartenant en propre. Selon leurs plus secrets calculs, les Londoniens n'auraient pas toujours le dessus. Un jour viendrait où ils seraient encore les maîtres de leurs destinées. Ils caressaient ce fol espoir qu'ils croyaient légitime et réalisable parce qu'ils refusaient de voir, ou n'avaient pas vu, qu'un autre Canada, un Canada anglais cette fois, était en train de se bâtir sur les ruines de l'ancien Canada français.

La révolution américaine accéléra cette évolution historique commencée dès le lendemain de la Conquête. Un schisme profond divisa la famille anglo-saxonne d'Amérique. Les Anglais partisans de la république fondèrent les Etats-Unis. Ce sont les Américains. Les Anglais demeurés fidèles à l'idéal monarchique peuplèrent les colonies restées sous la domination britannique. Ils s'appelèrent longtemps les Américains britanniques, les British Americans. Ce sont aujourd'hui les Canadians.

L'arrivée des loyalistes provoqua une grande inquiétude parmi les Canadiens. Lorsqu'ils les virent s'établir en dehors du territoire qu'ils occupaient, ils reprirent espoir. La constitution de 1791 calma presque complètement leurs alarmes. Ils se convainquirent que le gouvernement impérial leur avait confié en propre le Bas-Canada. Ils n'ignoraient pas que quelques milliers de sujets anglais habitaient au milieu d'eux, mais ils persistaient à les considérer comme des voyageurs établis temporairement dans leur pays. Ils leur niaient le droit de s'appeler Canadiens. Ils se jugeaient les seuls « enfants du sol » et désignaient les autres habitants sous l'expression peu harmonieuse de « co-sujets d'outre-mer ». Papineau et ses lieutenants, déjà maîtres du pouvoir législatif, réclamèrent au nom des électeurs canadiens, qui formaient la majorité, le contrôle du pouvoir exécutif. Cette attitude manquait totalement de réalisme.

La population anglaise du Bas-Canada n'avait jamais approuvé la constitution de 1791. Elle ne pouvait accepter de se mettre à la merci de la majorité canadienne. Les conquérants n'ont pas, généralement, l'habitude de se soumettre aux populations qu'ils ont conquises. Maîtres incontestés de la vie économique de la vallée du Saint-Laurent, les Anglais du Bas-Canada n'étaient pas sans moyens de défense. Ils s'en servirent. La rivalité des deux groupes nationaux conduisit au coup de feu de 1837. Le rapport Durham éclaira enfin le gouvernement impérial. Celui-ci comprit l'erreur qu'il avait commise en créant le Bas-Canada.

L'acte constitutionnel de 1791 avait fait naître chez les Canadiens la dangereuse illusion que le Conquérant leur avait cédé un territoire autonome où rebâtir le Canada français détruit en 1763. Cet Etat canadien, placé dans la vallée du Saint-Laurent, menaçait gravement l'unité des colonies anglaises de l'Amérique du Nord. On s'empressa de réparer, alors qu'il en était encore temps, l'erreur commise un demi-siècle auparavant.

L'Acte d'Union fournit enfin aux descendants des marchands anglais et aux héritiers des loyalistes de la Révolution américaine l'occasion de bâtir le royaume britannique dont ils avaient rêvé en venant s'établir dans la nouvelle colonie. Les chefs politiques anglais, en particulier Hincks, cherchèrent à convaincre les deux principaux porte-parole des Canadiens, La Fontaine et Morin, qu'ils avaient tout intérêt à s'associer à eux dans cette entreprise. Le programme poursuivi par Papineau n'avait jamais été très précis. Toute la pensée politique canadienne édifiée péniblement de 1760 à 1837 demeurait très confuse. C'est pourquoi il fut relativement facile de gagner l'appui des anciens lieutenants de Papineau. D'ailleurs, tout le monde était fatigué des luttes parlementaires stériles conduites à l'Assemblée législative du Bas-Canada pendant plus de trente ans. La révolte avait complètement discrédité les anciens chefs politiques canadiens. Ils furent tout heureux de pouvoir dire à leurs électeurs qu'ils obtiendraient enfin « le gouvernement responsable ». Ils se gardèrent bien de préciser que ce « gouvernement responsable » serait exercé par une majorité non canadienne. Une autre illusion vint remplacer les précédentes: les Canadiens crurent que c'étaient eux qui avaient conquis la responsabilité ministérielle. Ils oublièrent trop facilement les luttes menées en faveur du self-government par les chefs du Canada anglais dans les Maritimes, à Montréal et dans le Haut-Canada.

Après 1840, les Canadiens durent se rendre compte que le vieux rêve de déloger un jour les Londoniens et les « cosujets d'outre-mer » ne se réaliserait jamais. Leur chef La Fontaine les invita à partager avec d'autres le territoire qu'ils avaient longtemps considéré comme leur patrie. Il leur demanda de renoncer à porter seuls le nom de Canadiens. Lisons son manifeste électoral du mois d'août 1840: « Les événements que l'avenir prépare à notre pays seront de la plus haute importance. Le Canada est la terre de nos ancêtres; il est notre patrie, de même qu'il doit être la patrie adoptive des différentes populations qui viennent, des diverses parties du globe, exploiter ses vastes forêts dans la vue de s'y établir et d'y fixer pemanemment leur demeure et leurs intérêts. Comme nous, elles doivent désirer, avant toutes choses, le bonheur et la prospérité du Canada. C'est l'héritage qu'elles doivent s'efforcer de transmettre à leurs descendants sur cette terre jeune et hospitalière. Leurs enfants devront être, comme nous et avant tout, CANADIENS.»

Le canadianisme tout court était né. Les Canadiens, après avoir perdu le contrôle de leurs destinées, s'étaient fait enlever jusqu'à leur nom. Cette évolution historique était la conséquence normale de la Conquête. Le Canada anglais, royaume de l'Empire britannique, avait remplacé le Canada français, royaume de l'Empire des Bourbons. Quelques chefs politiques canadiens, fidèles à l'idéal chimérique poursuivi par les générations précédentes, eurent la velléité de s'opposer à cette évolution. Ils demeurèrent des isolés et des incompris. La prospérité matérielle du pays - c'était l'époque de la construction des canaux et des premiers chemins de fer - acheta les dernières résistances. Bientôt, l'immense majorité se félicita du nouvel ordre de choses. L'alliance du pot de fer et du pot de terre était conclue.

En rédigeant son manifeste, LaFontaine avait fait preuve de réalisme. Les jeux étaient faits. Les Londoniens avaient triomphé et les descendants des vaincus de 1760 se voyaient forcés, bon gré mal gré, de reconnaître que le nouveau Canada n'était plus celui que leurs ancêtres avaient fondé. Ce Canada britannique n'était pas à eux et ne serait jamais à eux. Quelques années plus tard, le Haut-Canada comptera une population supérieure à celle du Bas-Canada. Le sort des Canadiens est définitivement scellé: ils seront une minorité. Un peuple conquis peut conserver l'espoir d'un retour historique aussi longtemps qu'il garde la majorité numérique. Telle avait été la situation des Canadiens de 1760 à 1837. Lorsque le Conquérant est devenu lui-même la majorité, le Conquis n'a plus qu'à compter sur la générosité de celui-ci et sur sa propre habileté. Telle est la situation des Canadiens depuis 1850.

L'évolution historique ne s'arrête pas après l'Union. Le pays se développe rapidement. Une nouvelle constitution devient nécessaire. En 1867, trois colonies britanniques de l'Amérique du Nord, le Canada-Uni, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse, jugent opportun de former une fédération. Celle-ci, calcule-t-on, contribuera à la prospérité de tous et protégera la population britannique contre la menace américaine. La première de ces colonies se divise en deux provinces: Ontario et Québec. Cette dernière province fournit à la minorité française et catholique un point d'appui et un cadre où organiser sa vie nationale. A la condition de s'en servir. Le nouvel Etat fédéral se donne le nom de Canada. Quelqu'un avait proposé de l'appeler Boréalie. Ne venait-on pas de créer l'Australie ? Si cette suggestion avait été acceptée, elle aurait fait disparaître la source de nombreux malentendus qui encombrent la pensée politique canadienne-française. Il aurait été facile d'établir la différence entre un Boréalien et un Canadien, entre une politique boréalienne et une politique canadienne. Le nom Canada rallia les suffrages de la majorité. Même ceux des Canadiens, qui s'imaginèrent participer à la réalisation des projets de La Vérendrye en voyant naître un Canada A mari usque ad mare. Une autre illusion s'ajoutait au folklore canadien-français. Les peuples qui ont perdu la maîtrise de leurs destinées, mais qui survivent encore, semblent condamnés à se nourrir de belles chimères. Celles-ci rendent la réalité moins amère. Malheureusement, elles paralysent leur action. Ce nouveau Canada n'était pas l'oeuvre des Canadiens. C'était un royaume anglais créé par les British Americans. Le nouvel Etat constituait une victoire du nationalisme britannique sur le particularisme provincial des anciennes colonies anglaises de l'Amérique du Nord.

Cette victoire du nationalisme British American ne fut pas complète. Les principaux auteurs de la Confédération n'avaient pas caché leur intention d'organiser un gouvernement central très puissant. La nouvelle constitution prévoyait que toutes les lois provinciales seraient sujettes au veto fédéral. Macdonald et ses collègues rêvaient de donner naissance à une nation British American ou Canadian. Ils avaient voulu établir un Etat-Nation. Leur ambition se heurta, dès la mise en vigueur de la nouvelle constitution, au provincialisme de la majorité de la population. Le Canada de 1867 n'était qu'une colonie anglaise dont les habitants n'avaient pas encore une conscience nationale. Leur première allégeance allait à leur petite patrie provinciale. Leur seconde allégeance - chez la majorité anglo-saxonne - s'adressait à la reine et au gouvernement de la mère-patrie. Quant au gouvernement d'Ottawa, il dut se résigner à jouer un rôle très modeste. Les citoyens des diverses provinces le considéraient tout au plus comme un agent chargé de construire les chemins de fer transcontinentaux, de faciliter les échanges commerciaux, de protéger l'industrie naissante, d'assurer la défense militaire du pays contre les Etats-Unis et de maintenir le lien colonial avec le Royaume-Uni. Les provinces se montrèrent, pendant longtemps, très jalouses de leurs droits et s'opposèrent énergiquement à toute initiative du gouvernement central qui semblait être une menace à leur autonomie. Plusieurs décisions du Conseil privé, particulièrement de 1883 à 1896, limitèrent la juridiction du gouvernement fédéral au profit des gouvernements provinciaux. Ceux-ci en vinrent à se considérer comme les agents libres d'Etats souverains. Les provinces entretinrent l'illusion d'avoir elles-mêmes créé l'Etat central. Le provincialisme avait été plus fort que le nationalisme British American ou Canadian.

La situation changea après 1930. La crise économique de 1929 avait placé plusieurs provinces dans une position financière extrêmement précaire. Les gouvernements provinciaux demandèrent au pouvoir central de venir à leur secours. Le gouvernement d'Ottawa répondit à cet appel et en profita pour étendre sa juridiction. L'enquête Rowell-Dafoe-Sirois sur les relations fédérales-provinciales (1937-1940) traça au gouvernement central un vaste programme destiné à faire de celui-ci un véritable gouvernement national. L'établissement des pensions de vieillesse (1927), la fondation de la Canadian Radio Broadcasting Commission (1932) et la création de la Banque du Canada (1934) avaient déjà annoncé l'intention des dirigeants fédéraux de s'orienter délibérément dans cette voie. L'enquête sur les relations entre le Dominion et les provinces avait eu pour but précis de réexaminer la position du gouvernement central dans la fédération canadienne et de provoquer un mouvement de l'opinion publique en faveur d'une politique vraiment nationale.

La deuxième grande guerre favorisa directement cette évolution constitutionnelle. Le gouvernement central prit l'initiative dans tous les domaines. Il l'a conservée depuis. Il suffit de rappeler certaines étapes: plan national d'assurance-chômage (1941), ententes fiscales de guerre avec les provinces (1942), rapport Marsh sur la sécurité sociale (1943), loi des allocations familiales (1945), conférence fédérale-provinciale sur le rétablissement d'après-guerre (1945-1946), loi de la citoyenneté canadienne (1946), ententes fiscales avec les provinces (1947), admission de Terre-Neuve dans l'union canadienne (1949), création d'une Commission royale d'enquête sur les arts, les lettres et les sciences (1949), abolition des appels au Conseil privé et réorganisation de la Cour suprême du Canada (1949), amendement constitutionnel donnant au Parlement fédéral le droit de modifier seul la constitution canadienne en ce qui concerne les pouvoirs du gouvernement central (1949) - dans tous les autres Etats fédéraux du monde, le Parlement central ne peut pas amender aucune partie de la constitution sans le concours des autres assemblées législatives du pays, conférences fédérales-provinciales sur la réforme constitutionnelle (1950), rapport de la Commission d'enquête sur les arts, les lettres et les sciences (1951), aide fédérale aux universités (1951), visite de la future souveraine de l'Empire (1951), nomination d'un gouverneur Canadian (1952), nouvelles ententes fiscales avec toutes les provinces, sauf Québec (1952).

Une pensée nationaliste anglo-canadienne ou Canadian s'est substituée à l'ancien provincialisme. Le Canada anglais de 1953 forme une véritable Nation-Etat. Son gouvernement national est celui d'Ottawa. Ce gouvernement puissant fournit au Canada anglais les cadres dont toute nation a besoin pour se développer et s'épanouir. Un groupe d'élite formé de penseurs politiques, d'universitaires renommés, d'écrivains, d'historiens, d'économistes, de légistes éminents a renoué, depuis trente ans, la tradition nationaliste et centralisatrice qui avait inspiré les principaux auteurs de la constitution de 1867. Plusieurs de ces hommes ont noyauté les ministères fédéraux. Leurs disciples occupent les principaux postes de l'administration tant à Ottawa que dans les gouvernements provinciaux. On les rencontre dans l'enseignement supérieur du Canada anglais d'Halifax à Vancouver. L'enquête Rowell-Dafoe-Sirois et tout le programme de politique intérieure exécuté depuis une vingtaine d'années ont été leur oeuvre. Celle-ci a reçu l'appui enthousiaste de l'immense majorité de la population anglo-canadienne. Tous les partis politiques fédéraux se sont joints à cette majorité. Personne, au Canada anglais, ne conteste sérieusement la légitimité des buts poursuivis par le gouvernement central.

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