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Bêtise, Mauvaise Foi ou Aveuglement- Le Québec dans l'oeil borgne du Canada - Jean-Luc Gouin Tribune libre 4 septembre 1997
"Démarreur": Le texte d'un 'Wookie' («The Force»)J'avais lu ce texte (anonyme: comme c'est presqu'une tradition dans la courageuse presse anglo-canadienne) de ce 'Wookie'. Par-delà ce qui m'apparaissait être une certaine mièvrerie stratégique bien typique de ce milieu (le soporifique précédant la dague, du type oxymore «ALLIANCE-Québec» pour mieux commettre la Quebec-WAR), j'eus envie de réagir mais estimai en dernière analyse que c'était sûrement inutile, tant ces quelques lignes renferment admirablement les poncifs et de la malhonnêteté intellectuelle et de la formidable fermeture d'esprit qui conduit à ne saisir que ce que l'on veut entendre. Mais après réflexion, je me ravise. Et je relève the glove. Il est assez «impressive », en effet, de voir combien on peut tout confondre, ou bien dénaturer la réalité avec autant d'aisance. Et ce en quelques mots seulement. À ce titre, cette courte lettre constitue en soi un prototype de la pensée complètement tordue qui nous est si fréquemment opposée from the Roc : une amicale poignée de main dont les ongles proprets et bien limés dissimulent les crochets de cinq crotales. L'"interdit" sur le nationalisme («[...] goes without saying as I am both anglo and ethnic ergo view nationalism in all its forms as anathema. ») renvoie en courbe et fourbe ligne à un individu qui lèverait le nez sur le potage du meilleur cru sous prétexte que... c'est liquide comme de la bile, du sang contaminé, de l'urine ou de l'eau lourde. Le mot sur Mme la ministre Beaudoin relève du même stratagème, en associant celle-ci à une personne opposée à ce que l'Inforoute «remain a free and open place for all ». Il faut le faire. Il faut surtout le dire: As is. On comprend mieux que ce 'Wookie' estimât que Vigile «does disregard the "facts" as I see them »... Comment espérer voir et avoir 'à peu près' le même monde "devant" soi - pour notamment en discuter intelligemment, nonobstant les divergences d'opinions - quand on se barricade dans celui qu'on s'invente "derrière" son propre regard (d'où a contrario l'expression fort appropriée de disregard )? Et après avoir tout souillé sur le passage de ses phrases, le même individu vante - bien sûr! - les mérites de la démocratie fondée sur l'échange des idées... Les siennes bien sûr. Le Canada anglais désire le beurre, l'argent du beurre et au surplus ne point partager ses grasseries avec quiconque n'est pas ému in english devant l'unifolié. Ce pays-là aimerait bien s'épargner le French Quebec Problem; il aimerait bien que cet État français épouse sans rechigner la britannicité de toc à laquelle il se raccroche désespérément; il aimerait également que nous demeurions auprès de lui, quoique déglingués et délinguisés, comme pour le protéger des forts vents atlantiques. Il lui est insupportable que nous soyons «là». Il lui est insupportable que nous n'y soyons... plus. Autrefois, je pensais que le Canada avait un sérieux problème de conscience. Mea Culpa, j'étais dans l'erreur: Le Canada a un puissant problème d'équilibre mental. Or la morale ne peut rien contre les obscurités de la pensée. Moins encore contre celles, plus en corps, de l'impensé. Alors, on se donne des médecines (et des médecins) qui corroborent notre propre 'vision' du monde: Un 'vrai' fou est tout le contraire d'un incohérent... Aussi, imaginez un instant combien il serait aisé, pour nous de même, de nous amuser - sérieusement - en commandant une analyse psychiatrique de Jean Chrétien, de Stéphane Dion, de Howard Galganov, de Guy Bertrand, de Diane Francis, de Sheila Copps, de Mordecaï Richler, de William "Bill" Johnson. Ou même de Daniel Johnson, frère spirituel du précédent, lequel défend constamment le Canada 'contre' le Québec [!] qu'il représente pourtant formellement à titre de chef de l'Opposition officielle à l'Assemblée Nationale. Dur, dur de se lyncher soi-même, pour la santé psychique surtout (la crédibilité intellectuelle, on n'en parle même pas). Ça pourrait se terminer par une catatonie schizophrénique cette histoire-là. On se souviendra en outre du Gouvernement du Québec, sous M. Bourassa, qui rémunérait les procureurs d'Alliance-Quebec pour... dénoncer la Charte de la Langue française du même État québécois... Oui, imaginons un petit paquet d'instants toutes les claques sur les cuisses qui se perdent. Mais voilà! Le Québécois est un indéracinable, un indécrotable, "bon joueur". Il est incapable de ne pas adopter un préjugé favorable face à son adversaire. Il conserve les coups au bas de la ceinture exclusivement pour les moments de haute tendresse auprès de son aimée. Chez vous on appelle cela - on appelait cela - le fair play. Et ce qui est devenu précisément insupportable dans la relation que nous avons avec vous, Canadians, ce sont moins les problèmes séculaires et harassants que nous nous opposons mutuellement, mais le fait qu'il ne soit vraiment plus possible de discuter intelligemment avec vous. Vous naviguez allègrement de la bêtise à la mauvaise foi en vociférant sur toutes les tribunes (les Sun, les Gazette et autres Herald ) ce que l'oeil aveugle de votre borgnité construit dans son petit univers carré où le Québec reste in the country mais en y étant parfaitement dissous. Comme sucre en café chaud, comme francité en Toronto, comme Lucien derrière les barreaux. L'Indépendance, la Langue française, le Premier ministre Bouchard lui-même, la Protection légale, ouverte et démocratique d'un petit peuple de Gaulois dans un océan anglophone, tout ça pour vous c'est du fascisme, de la violence, de la xénophobie, de l'insignifiance, de l'inintelligence et de l'aberration mentale sinon de la folie meurtrière. Il y aurait encore une possibilité de se comprendre et de se parler si vous teniez un langage structuré, réfléchi, intelligent. Mais vous parlez une langue inconnue des dieux, sauf peut-être de Mars. Celui de la guerre. Vous ne dites pas que vous n'êtes pas d'accord avec nous en explicitant par le détail le pourquoi et le comment: Vous dites qu'on vote 'idiot' pour un chef souffrant du coco. Vous maintenez que nous sommes des êtres vils et répugnants parce que nous ne voyons pas les choses comme vous. Faute de nous convaincre par l'esprit, vous nous aspergez de vos ignominies. Concitoyens d'hier, vous avez à la vitesse de la lumière franchi le mur de tous les maux. Il est temps que l'on sorte de votre giron avant que l'intolérable dégénère en authentique violence. Car il est vrai, pour rappeler le mot récent de Mme Lise, que vous ignivomissez partout La semence de la colère . Anti-Francité, anti-Québécité, anti-Indépendance. Je veux bien. Ça a le mérite d'être clair. Car on peut discuter ferme et s'entendre avec un ennemi intelligent. Mais on ne peut rien tirer d'un soi-disant ami complètement tordu qui construit illico l'objet de sa haine pour mieux rétrospectivement la justifier à ses propres yeux.
Vous étiez acrimonieux. Vous êtes devenus odieux.
Jean-Luc Gouin ![]() |