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| L'attrait du Québec est plus fort auprès des émigrants d'Amérique latine et des Antilles François Berger La Presse 5 novembre 1997 |
Pendant que le premier ministre Lucien Bouchard tente de faire prendre au Québec le virage asiatique
déjà bien amorcé par le Canada anglais, un tout autre virage - méridional celui-là - est en train de façonner la société québécoise selon Statistique Canada, qui a publié hier les données sur l'immigration tirées du dernier recensement.
Selon l'agence fédérale des statistiques, qui publie au compte-gouttes les résultats du recensement de la population mené en mai 1996, le Québec n'est que mollement engagé dans le «virage asiatique», sur le plan migratoire où il se trouve à la queue du peloton. Les immigrants asiatiques - chinois en particulier - préfèrent massivement Toronto et Vancouver, le Québec attirant moins de 10 % de cette immigration souvent fortunée. Même l'Alberta attire presque autant d'Asiatiques que le Québec.
Par contre, le Québec exerce un attrait beaucoup plus fort sur les immigrants en provenance des
Antilles et de l'Amérique latine. Dans ce cas, un sur quatre choisit le Québec quand il débarque au
Canada (il s'agit d'immigrants acceptés officiellement, ce qui exclut les demandeurs d'asile).
Selon Stat Can, les immigrants en provenance de d'Amérique centrale, par exemple, ont triplé leur
nombre au Québec au cours des dix dernières années (ils étaient plus de 21 000 l'an dernier), tandis que le nombre de ressortissants chinois (de Chine, de Hong Kong et de Taiwan) doublait pour
totaliser 27 000 immigrants.
«L'immigration est souvent induite par les échanges économiques, dit l'analyste Guy Oddo, de
Statistique Canada. Et les données du recensement montrent que le Québec prend davantage le
virage des Amériques, où le libre-échange commercial est à l'ordre du jour, que celui de la Chine.»
En nombre, les Asiatiques sont un peu plus nombreux que les immigrants venus des Antilles et
d'Amérique latine entre 1991 et 1996 au Québec (près de 40 000 contre plus de 32 000), mais il y a une nette préférence de ces derniers pour Montréal et le Québec par rapport au reste du Canada.
La province francophone n'a attiré que 8 % de l'immigration asiatique au pays au cours des cinq
dernières années, mais 24 % de l'immigration antillaise et latino-américaine, dont plus de 10 000
Haïtiens. Dans l'ensemble, le Québec a attiré 15 % de tous les immigrants débarqués au Canada entre 1991 et 1996, soit 151 000 étrangers sur un peu plus d'un million.
Contrairement à ce qu'on pourrait croire de prime abord, l'émergence économique de ce qu'on a
appelé la zone Pacifique n'a pas favorisé que Vancouver dans le domaine de l'immigration chinoise.
En fait, Toronto accueille plus d'immigrants de Hong Kong et de Chine que Vancouver... Stat Can
explique cela par le fait qu'une grande partie des immigrants chinois constituent une «immigration
financière» qui se dirige naturellement vers la «principale place d'affaires» du pays.
Il y a au Canada deux principaux mouvements d'immigration, selon l'agence des statistiques : le
grand mouvement migratoire d'ampleur mondiale provenant d'Asie et un mouvement secondaire qui
prend source en Amérique latine et dans les Antilles. Le Québec tire davantage du second
mouvement, tandis que l'Ontario et la Colombie-Britannique (principales destinations des
immigrants) et même l'Alberta tirent un meilleur parti du mouvement asiatique.
Une autre particularité du Québec est qu'il attire beaucoup d'immigrants parlant français. Il y avait
en 1996 au Québec presque 45 000 ressortissants de France (un immigrant sur 15), autant d'Haïti et
près de 29 000 Libanais.
Le Québec n'a jamais compté autant d'immigrants depuis un siècle, avec une proportion de 9,4 % de sa population ; mais il est encore loin derrière l'Ontario (26 % de sa population) ou la
Colombie-Britannique (24 %). La grande région de Montréal compte 18 % d'immigrants (seulement
2,6 % à Québec), mais la proportion grimpe à 42 % à Toronto et à 35 % à Vancouver.
Le nombre d'immigrants (cinq millions au Canada) a augmenté trois plus vite que la population née
au pays, entre 1991 et 1996. Au Québec, le nombre d'immigrants (665 000) a fait un bond de 12 %
pendant que la population «de souche» augmentait de seulement 3 %.