Des gens d'ailleurs
pour une plus grande richesse ici

Diane Précourt

26 mars 1993

«Il est de plus en plus évident que le développement de toutes les régions urbaines nord-américaines est fortement lié à l'immigration fournissant un stimulant économique important», lit-on dans le rapport de la Commission du développement économique de Montréal.

Publié il y a quelques semaines, ce document résulte d'une consultation auprès d'une quarantaine d'associations de gens d'affaires, de professionnels, de chambres de commerce et d'organismes des communautés culturelles.

Jugeant que ces communautés doivent être considérées comme des partenaires essentiels dans la croissance économique de Montréal, la Commission a proposé aux autorités municipales 54 mesures concrètes pour renforcer ce partenariat, qui seront introduites dans le Plan d'action économique de la Ville de Montréal. Le président, M. Abe Limonchik, précise que «le comité exécutif est actuellement saisi du dossier, notamment pour analyser les possibilités de réalisation et d'arrimage de ces recommandations avec des programmes gouvernementaux, et les coûts inhérents.»

Il y a 600 copies du rapport actuellement en circulation, d'après la Commission. «Les communautés, poursuit-il, attendent les résultats concrets qui en découleront et dont la Commission d'initiative et de développement économique de Montréal (CIDEM) a été désignée comme le maître d'oeuvre. C'est la première fois au Québec qu'une instance gouvernementale souligne clairement, et avec une telle ampleur, l'importante contribution des communautés culturelles à l'économie.»

On estime par exemple que sans l'apport de l'immigration, les 10 principales villes américaines auraient subi une perte de près de 9% de leur population au cours de la décennie 1980 au lieu de connaître une croissance d'environ 5%. Montréal s'inscrit également dans ce courant de changement démographique et de restructuration économique. Et pour cause. La majorité des immigrants (90%) qui arrivent au Québec s'installent dans la région métropolitaine, ce qui représentait 47 000 nouveaux arrivants en 1991. Le gouvernement du Québec prévoit un flux au moins aussi important pour les cinq prochaines années.

Actuellement, plus du tiers des citoyens montréalais sont issus des quelque 80 communautés autres que d'origine française, britannique ou autochtone. Et dans la catégorie des immigrants indépendants (c'est-à-dire ne faisant pas partie de programmes spécifiques tels ceux des réfugiés et de la réunification des familles), la proportion des gens d'affaires va en augmentant.

En 1991, elle représentait 22% de l'immigration à caractère économique et la valeur moyenne personnelle des capitaux détenus par cette population est évaluée à 640 000$. Portés par les possibilités qu'offrait Montréal, les membres des communautés se sont installés partout dans l'île. Mais ils lorgnent de plus en plus les banlieues au nord et au sud.

L'apport des communautés culturelles a été historiquement significatif: mentionnons simplement la contribution des communautés juive, italienne, grecque et chinoise par exemple, dont la présence a bien souvent marqué des quartiers complets.

D'après le recensement de 1986 de Statistique Canada, le tiers des arrondissements montréalais, soit 18 sur 54, comprenaient une population issue d'une communauté culturelle. A lui seul, Côte-des-Neiges/Notre-Dame-de-Grâce accueillait plus de 30% des nouveaux arrivants en 1986. Et dans Montréal-Centre, par exemple, plus de 150 langues maternelles ont été recensées.

Le rapport de la Commission souligne qu'une telle dynamisation du tissu urbain a eu un effet sur la revitalisation d'artères commerciales telles que les rues Jean-Talon et Saint-Laurent, et l'avenue du Parc. Plus récemment, on a constaté un phénomène semblable dans le développement des rues Victoria, Van Horne, Saint-Urbain, Jarry et Beaubien.

«Aujourd'hui, cite le document, les Etats-Unis reconnaissent que les immigrants régénèrent les villes centrales et les banlieues des régions urbaines en créant des entreprises, en achetant des maisons, en payant des taxes et en consommant des biens et services. De surcroît, en soutenant toutes les activités économiques, les populations immigrantes ont un effet multiplicateur sur l'économie en général.» Ainsi, dans les années 1980, les communautés culturelles auraient contribué 90 milliards$ en taxes pour l'ensemble des Etats-Unis.

Selon la Commission, l'immigration augmente également le pourcentage de propriétaires citadins. Les dernières statistiques révèlent que près de la moitié des familles immigrantes associées à l'ancienne vague d'immigration étaient devenues propriétaires de leur logement.

Une étude récente du professeur John Samuel de l'Université Carleton d'Ottawa, mentionnée dans le rapport, évalue que les personnes appartenant à des minorités dites «visibles» constitueront en 2001 environ 18% de la population canadienne - 20% dans le cas de Montréal - et contribueront au moins à 20% du Produit national brut (PNB) canadien. De plus, ce segment connaît la croissance la plus rapide en raison de l'arrivée d'immigrants originaires d'Asie, d'Afrique, d'Amérique du Sud, d'Amérique centrale et des Antilles.

L'administration montréalaise veut intégrer la dimension des communautés culturelles dans toutes ses interventions touchant le domaine économique. Parmi les 54 recommandations formulées par la Commission du développement économique de Montréal, figurent celles du soutien à l'entreprenariat dans les communautés culturelles, dont l'une vise à «appuyer fortement le projet élaboré par le Comité consultatif multiculturel de la Banque fédérale de développement visant à créer un Centre d'aide aux entreprises situé à Montréal, destiné aux immigrants et offrant du capital de risque et des prêts pour le démarrage et le développement de petites et moyennes entreprises».

Sur le plan provincial, le ministère des Communautés culturelles et de l'Immigration, dans son énoncé de politique de 1990, accordait une importance particulière à l'immigration économique: «C'est par une sélection efficace, qui tient compte des besoins sectoriels et régionaux du marché du travail, que le Québec peut faire en sorte de concrétiser la contribution de l'immigration à la prospérité économique.»

Ainsi, «tant par la prise en compte du potentiel d'employabilité et d'entrepreneurship des candidats que par un soutien accru à l'intégration socio-économique des travailleurs et des gens d'affaires, le gouvernement continuera à s'assurer que les personnes sélectionnées jouent un rôle actif et positif dans l'économie québécoise».

Au chapitre des retombées économiques, l'énoncé de politique du ministère soulignait notamment le volet des investisseurs en valeurs mobilières, «qui a permis de transférer plus de 208 millions de dollars en capitaux au Québec depuis trois ans. Outre ses incidences directes sur l'investissement et la création d'entreprises, le mouvement des gens d'affaires apportant souvent avec eux un savoir-faire innovateur et un réseau de contacts international - contribue à dynamiser l'économie québécoise dans un contexte de libéralisation des échanges.»