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| Québec propose une légère hausse de l'immigration
Michel Venne
18 juin 1997 |
Le gouvernement du Québec propose de hausser légèrement, d'à peine 3000 à 5000 nouveaux arrivants par année, le niveau d'immigration au Québec d'ici l'an 2000 et de recruter ces immigrants supplémentaires principalement dans la catégorie des travailleurs indépendants, en particulier ceux qui connaissent le français.
Cet accroissement du nombre d'immigrants indépendants permettrait au Québec d'augmenter son influence sur le choix des néo-Canadiens s'établissant au Québec, estime le ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration, André Boisclair, qui fait de l'augmentation de l'influence du Québec un objectif de la politique de l'immigration au Québec pour les années 1998 à 2000.
Cette politique est décrite dans un document de 69 pages intitulé Prévoir et planifier, rendu public hier, et fera l'objet d'une consultation publique à compter du 9 septembre, en commission parlementaire de la Culture.
Au cours des années 1995 à 1997, le Québec a sélectionné lui-même environ 50% des nouveaux arrivants établis sur son territoire, l'autre moitié étant sélectionnée par Ottawa. M. Boisclair veut que, d'ici l'an 2000, Québec sélectionne 57% des étrangers venant s'établir chez nous.
En vertu de l'entente Canada-Québec de 1991, Québec sélectionne les immigrants indépendants, ce qui inclut les travailleurs et les gens d'affaires, et des réfugiés sélectionnés à l'étranger. Ottawa reste responsable de la reconnaissance des réfugiés qui font leur demande au Canada et de l'admission des immigrants qui viennent au pays en vertu du programme de réunification familiale.
Or, pour les trois prochaines années, Québec prévoit, à partir des données fédérales et de la conjoncture internationale, une certaine stabilisation du nombre de réfugiés qui viendront s'établir au Québec et du nombre de personnes qui viendront rejoindre un membre de leur famille établi ici depuis quelques années. Ces deux catégories devraient représenter entre 15000 et 16000 nouveaux arrivants au tournant du siècle.
Par contre, Québec souhaite passer de quelque 12000 immigrants indépendants en 1997 à entre 15000 et 16000 en l'an 2000.
Au total, dans trois ans, Québec recevrait entre 29000 et 32000 étrangers, contre 27000 cette année et 28000 l'année précédente. Ce
nombre est considérablement inférieur à celui de 52000 atteint en
1991, une année record pour laquelle les chiffres s'expliquent en partie par un déblocage de milliers de dossiers de revendicateurs du statut de réfugié au début de la décennie.
Rappelons qu'à la fin des années 1980, Québec s'était doté d'ambitieux objectifs en matière d'immigration. On espérait pour compenser la chute de la natalité, accueillir chaque année au delà de 40 000 immigrants. En 1992, le gouvernement, alors dirigé par le Libéral Robert Bourassa, faisait marche arrière et, pour tenir compte de la capacité d'accueil de la société québécoise, rajustait cet objectif à la baisse.
Continuité
M. Boisclair propose, en quelque sorte, la continuité. Car bien qu'il suggère une légère hausse du niveau d'immigration, la différence reste mineure et s'accorde bien avec la volonté des Québécois, selon le ministre, de stabiliser relativement le nombre d'immigrants admis au Québec.
Le Québec, qui a fait d'épiques batailles pour obtenir sa quote-part de l'immigration canadienne, autour de 25%, afin de maintenir son poids dans la fédération, ne reçoit que 13% des immigrants au Canada. M. Boisclair ne voit pas dans cette donnée l'expression d'un sentiment de fermeture ou d'intolérance des Québécois à l'égard des immigrants. Des sondages montrent le contraire. Sauf que les objectifs d'immigration doivent respecter la «capacité d'accueil de la société québécoise», dit-il. La capacité d'accueil se mesure à l'aune de trois critères: les emplois disponibles, les services publics requis et l'évolution du consensus social.
La consultation de l'automne ne portera pas précisément, comme ce fut le cas par les années passées, sur les niveaux d'immigration proposés mais sur cinq orientations proposées par le ministre:
Le ministre ne propose aucune modification à l'entente Canada-Québec ou à la grille de sélection qui donne déjà un avantage aux candidats qui connaissent le français. M. Boisclair n'a présenté hier aucun grief majeur à l'encontre du gouvernement fédéral, sinon pour demander, encore une fois, un raccourcissement des délais dans le traitement des demandes des revendicateurs du statut de réfugié et la fin de la double tarification qui pénalise le Québec.