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| ÉDITORIAL Immigration et intérêts
Michel Venne
4 mars 1999
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La refonte de la loi
sur l'immigration et
la protection des
réfugiés, en chantier
à Ottawa, s'inspire
en partie des
pratiques en vigueur
au Québec, où le
gouvernement
provincial dispose
de pouvoirs de
sélection que les
autres provinces
n'ont pas. Pourquoi
ne pas profiter de
l'occasion, donc,
pour étendre un peu
cette prérogative
québécoise?
L'immigration est un
sujet délicat car il touche
la citoyenneté, l'identité,
l'économie, les valeurs et
la culture. Le Canada
reste l'un des rares pays
d'immigration dans le
monde. Il a su adopter
des politiques qui ont
relativement bien servi
ses intérêts économiques
tout en remplissant ses
obligations humanitaires.
Il a su aussi, grâce à des
ententes administratives,
reconnaître la spécificité
du Québec en lui
accordant des pouvoirs
particuliers de sélection.
Il est bon de souligner
que la reconnaissance
d'un statut particulier au
Québec n'a pas entraîné
de problème dans ce
domaine, bien au
contraire. Le Canada ne
s'est pas démantelé. Les
pratiques québécoises
sont d'ailleurs bonnes
puisque plusieurs des
orientations proposées le
6 janvier par la ministre
fédérale de la
Citoyenneté et de
l'Immigration, Lucienne
Robillard, s'en inspirent
passablement.
Les propositions de Mme
Robillard vont dans le
bon sens, tant en ce qui a
trait à la sélection des
immigrants qu'en ce qui
concerne l'accélération
du processus de
reconnaissance du statut
de réfugié, mais certaines
modalités pourraient être
mieux articulées.
Il faut saluer l'intention
du gouvernement fédéral
de modifier la grille de
sélection des immigrants
pour s'éloigner du
modèle actuel fondé sur
la profession du candidat
afin de considérer plutôt
l'ensemble de ses
compétences et de son
niveau de scolarité. Cette
modification rendra la
politique d'immigration
plus conforme aux
exigences actuelles du
marché du travail.
Mme Robillard souhaite
également faciliter
l'entrée aux pays des
travailleurs temporaires
hautement qualifiés.
Nous lui en sommes gré.
Sauf que, selon le
gouvernement du
Québec, la filière de
l'emploi temporaire est
en train de devenir un
raccourci vers la
résidence permanente.
Des personnes qui
croyaient ou qui faisaient
croire qu'elles ne
viendraient au Canada
que pour quelques mois
finissent par s'y installer
pour de bon.
La ministre doit
considérer cette réalité
dans ses calculs. L'un
des effets de la politique
de l'admission
temporaire est que les
personnes qui passent
par cette filière (33 000
au Québec l'an dernier)
échappent au contrôle
effectif des services
d'immigration du
Québec. Pour que
l'esprit et la lettre des
accords Québec-Canada
sur l'immigration soient
respectés, le contrôle des
admissions temporaires
devrait, en effet, être
remis au Québec en
s'ajoutant à ses pouvoirs
actuels de sélection.
Ottawa entend également
modifier ses exigences
pour l'admission des
immigrants
investisseurs. Le Québec
est la province
canadienne qui profite le
plus des retombées du
programme d'immigrants
investisseurs. En 1996,
il bénéficiait de 73 % des
investissements réalisés
au Canada par cette
catégorie de migrants.
Les exigences que Mme
Robillard veut ajouter
(expérience en affaires,
niveau de scolarité,
connaissance de la
langue) ne semblent pas
nécessaires à première
vue et risquent
simplement de réduire le
nombre de ces
investisseurs qui créent
des emplois.
À compter du 1er avril,
le programme serait
modifié également dans
le reste du Canada mais
le Québec pourrait
continuer d'appliquer le
sien propre, qui a
toujours mieux
fonctionné qu'ailleurs au
pays. Ottawa veut
augmenter la valeur des
investissements requis et
de l'avoir net des
candidats. En soit, ce
n'est pas une
catastrophe. Mais pour
que le Québec ne soit pas
pénalisé par les
modifications proposées,
Mme Robillard doit faire
tomber le système à deux
étages en vigueur
actuellement et qui fait
que la valeur des
investissements requis
serait plus élevée au
Québec qu'ailleurs.
Quant aux modalités qui
faciliteront la
réunification des
familles, il faut s'en
réjouir. La réunification
des familles aide
l'installation, la prise en
charge et l'intégration
des nouveaux arrivants.
La reconnaissance des
conjoints de fait et de
même sexe correspond à
l'évolution de nos
mentalités.
L'accélération du
processus de
reconnaissance du statut
de réfugié est une
exigence de longue date.
Enfin, Ottawa s'y
attaque. Mais nous ne
pourrons juger des
intentions fédérales à ce
chapitre que lorsque
nous connaîtrons les
modalités précises
contenues dans la loi,
notamment quant à la
nomination des membres
de la Commission de
l'immigration et du statut
de réfugié, qui a trop
servi jusqu'à présent à
récompenser des amis du
parti au pouvoir.